Teddy (Death Angels t. 3) (French Edition)
Chapitre 21
Quartier d’East Los Angeles, Maison de Sheila, à proximité de chez Cullen
Je suis tiré de mon sommeil, du merveilleux rêve que je faisais, et plonge tout droit dans un cauchemar.
— Teddy !
Je réalise que ce qui m’a réveillé, ce sont les cris que pousse Sheila. Je me redresse rapidement sur le lit et m’empare de mon couteau à cran d’arrêt, que je garde toujours à proximité. La force de l’habitude. Or, il semblerait que cette habitude me sera utile.
Le soleil n’est pas encore levé alors je ne distingue pas très bien ce qui se passe autour de moi. Tout ce que je sais c’est que Sheila ne se trouve pas dans la pièce. Et au vu des cris qu’elle pousse et des bruits de lutte qui résonnent dans la baraque, quelqu’un s’en prend à elle.
Ma formation militaire reprend le dessus. J’enfile mes fringues en quatrième vitesse, ou tout du moins mon froc et mon cuir, laissant mes godasses derrière moi. Je dois faire vite. Chaque minute compte. Alors, pourquoi prendre le temps de m’habiller ? Parce que la vie m’a appris qu’il valait mieux avoir quelque chose sur le dos plutôt que de foncer à l’aveugle étant donné que même le plus mince des tissus peut parfois nous tirer d’affaire.
Une fois que c’est chose faite, je m’agrippe à mon couteau comme s’il fait partie de moi, inspire un bon coup et quitte la chambre. Je ne fonce pas tête baissée pour autant. Je ne suis pas con, je ne sais pas dans quelle posture se trouve actuellement ma nana, et je n’ai pas envie qu’elle se prenne une balle perdue ou un coup de couteau en prenant par surprise son assaillant.
À la place, je hurle :
— Sheila ?!
— Oh mon dieu Teddy…
J’entends le bruit d’une claque me parvenir, et les sanglots étouffés de ma nana. La colère monte en moi.
— Tu vas la fermer, salope !
Je voulais faire les choses proprement et calmement, mais il ne faut pas me chercher. J’entre dans une rage folle. Je ne sais pas qui est l’enfoiré qui ose poser sa main sur celle qui est mienne, toutefois je jure de lui faire regretter sa décision.
Pour une fois, je n’ai même pas peur de percevoir les acouphènes à mes oreilles et mon champ de vision s’obscurcir. Si la brutalité de mon alter ego peut m’aider à sauver la prunelle de mes yeux, je lui cède volontiers la place.
Je me mets à courir comme un dératé, et entre dans le salon, au moment où la porte d’entrée s’ouvre brutalement. Je distingue alors une silhouette d’homme, petit mais costaud, qui tire Sheila au-dehors en la traînant par les cheveux.
Je vois rouge. Je me propulse vers l’avant sans même y réfléchir à deux fois et me jette sur ce fils de pute, lame en avant. La pointe de mon couteau s’enfonce dans son bras. Il relâche Sheila en beuglant mais n’en a pas fini pour autant. Puisqu’il n’a plus aucune emprise sur elle, elle tombe au sol. Et alors que sa tête cogne le bois du porche, il lui assène un violent coup de pied dans le ventre en beuglant :
— Tu crois que parce qu’il te baise il a le pouvoir de te sauver ?!
Il laisse échapper un rire.
— Tu es à moi, pétasse. Tu l’as toujours été. Je te l’avais promis.
Il lui crache dessus.
— Et même si tu t’es souillée en te tapant chaque membre de ce putain de club, je m’en contrefous. Tu es à moi.
Je comprends sans avoir besoin d’explications que devant moi se trouve son ex-mari, le géniteur de mon vice-président. Je repense à ce que Johnny m’a dit à son sujet, aux ecchymoses que j’ai aperçues sur le corps de Sheila quand elle est venue nous demander de la protéger, au bébé qu’elle a perdu sous les coups de ce fils de pute.
Je disjoncte. Purement et simplement.
Je le menace de mon couteau.
— Recule et ôte tes sales pattes d’elle, ou tu vas le regretter.
Il lève la tête dans ma direction.
— Tu crois que tu me fais peur ? Avec la tronche que tu te payes, tu ne dois pas y voir grand-chose !
Je fulmine.
— Je vois suffisamment bien pour faire ça, hurlé-je en jetant mon couteau vers lui.
Comme prévu, il s’enfonce dans sa cuisse, en plein sur l’artère fémorale. Et tandis qu’il beugle comme un porc qu’on conduit à l’abattoir, je me penche vers Sheila, entièrement nue, et figée sur place.
— Ma puce, accroche-toi à moi.
Elle ne semble pas réagir. La pauvre doit être en état de choc. C’est souvent ce qui arrive aux personnes qui se retrouvent face à leur ancien bourreau après des années. Je vais donc devoir prendre les choses en main.
Je glisse mes bras sous ses jambes et la soulève. Je grimace lorsque mes côtes protestent mais ne m’arrête pas pour autant. J’avance vers la maison en lui parlant doucement :
— Sheila, tu ne risques rien. Je suis là. Il ne te fera plus de mal, je te le promets.
Elle secoue la tête contre mon torse, ses larmes humidifiant ma peau. Je serre les dents pour ne pas hurler la douleur que je ressens en la voyant ainsi. Je l’installe précautionneusement sur le canapé et la recouvre de son plaid pour masquer sa nudité, avant de l’embrasser tendrement sur le front.
— Ne bouge pas, je…
Je n’ai pas le temps d’achever ma phrase qu’un coup de feu résonne dans la pièce. Je pivote sur moi-même et laisse échapper un cri lorsque la balle m’effleure pour venir se ficher dans le mur à quelques centimètres à peine de Sheila. Le cuir de mon blouson a amorti plus que sa part de la brûlure.
— Tu crois pouvoir m’échapper, connard ? clame son ex-mari en claudiquant dans ma direction.
Je réalise que mon couteau est toujours enfoncé dans sa cuisse, signe qu’il a assez de jugeote pour savoir que s’il le retire il se videra de son sang.
— Et toi tu crois pouvoir survivre encore combien de temps ?
Sheila sanglote à mes côtés et agrippe mon bras.
— Teddy, non…
Son regard vide en cet instant me hantera pour le reste de mes jours. Je ne peux décemment pas laisser une telle chose être impunie. Je ne peux pas autoriser ce fils de pute à respirer encore au risque qu’il ne retente à nouveau sa chance.
J’effleure la joue de ma nana du bout des doigts, et plonge mon regard dans le sien :
— Il le faut. Je t’aime.
Ses sanglots redoublent alors que je m’écarte d’elle. Nous savons tous les deux que ce que je m’apprête à faire changera la donne. Nous sommes dans un quartier résidentiel, les voisins doivent déjà avoir signalé le coup de feu aux flics, ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’ils ne rappliquent.
Peu importe.
Je m’avance, tel un ange porteur de morts, en direction de l’encadrement de porte, où se tient toujours cet enfoiré. Il est armé, moi, non. Ça n’a pas la moindre importance, puisque plus rien n’a le pouvoir de m’arrêter.
Si c’est la dernière action qu’il m’est donné de faire en ce monde, je partirais le sourire aux lèvres, en sachant que j’aurais fait honneur à mon club en sauvant leur reine, et en emportant ce fils de pute avec moi.
Je fonce sur lui tel un boulet de démolition et lui balance un coup de pied dans la jambe en plein sur ma lame. Il tire à l’aveugle et me rate. Je jubile en voyant que mon couteau s’est davantage enfoncé dans sa cuisse.
Que le spectacle commence.
Je me poste face à lui, à hauteur d’yeux et abat mon front contre le sien.
— Tu rigoles beaucoup moins d’un coup qu’est-ce qui se passe ?
Je lui adresse mon plus beau sourire en glissant ma main entre nous pour agripper mon couteau. Et je laisse échapper un rire quand je le tire de sa plaie en voyant gicler son sang. Il hurle et tente de comprimer sa blessure. Je ne lui en offre pas l’opportunité.
Je suis comme fou à la vue du sang. Je perds tout contrôle. Je me rue sur lui, arme au poing et tranche dans tout ce qui arrive à ma hauteur. Je le découpe partout, sans m’arrêter, appréciant la vue de tout ce liquide écarlate qui le recouvre alors qu’il s’effondre sur le sol, contre le mur du salon de Sheila.
Je suis en pilote automatique. Je ne sais pas combien de temps dure la mise à mort, je ne suis d’ailleurs pas certain de m’arrêter après qu’il ait poussé son dernier soupir.
Je suis inconscient au monde qui m’entoure. À l’exception de cette petite main qui se pose tout à coup sur mon bras et de cette voix qui me murmure :
— Teddy… C’est terminé. Il est mort.
Je lâche mon couteau et réalise que je suis recouvert de sang, et que le plaid de Sheila baigne dedans. Je hurle et la force à reculer, je ne supporte pas la vue du sang sur son corps.
— Teddy, je vais bien. Tu m’as protégée.
Elle lève doucement sa main sur mon visage. Je tente de m’écarter mais elle ne me laisse pas le choix et à l’instant où sa peau entre en contact avec la mienne. Je pousse un soupir et reprends pied avec la réalité.
— Putain de merde qu’est-ce que j’ai fait.
Ses yeux emplis de larmes plongent dans les miens.
— Tu m’as protégée.
— J’ai tué un homme.
— Tu as éliminé un monstre, proteste-t-elle.
— Je…
— Bordel le carnage ! nous interrompt brusquement une voix.
Nous pivotons d’un même ensemble dans cette direction. C’est là que nous nous rendons compte des lumières de police qui éclairent le salon, et la scène de crime, et le visage du Shérif Darren Moore. Nos relations avec lui sont moins tendues depuis que son beau-fils est un des nôtres, mais ça ne l’empêche pas pour autant de rester un mec droit dans ses bottes, du mauvais côté de la loi par rapport au club.
Ce dernier ne perd pas de temps, contourne le cadavre et s’avance vers Sheila.
— Tu vas bien ? lui demande-t-il.
Sheila hoche la tête.
— Oui. Grâce à Teddy.
Darren se passe une main dans les cheveux.
— Merde, mec. C’est un vrai bain de sang.
Je grogne.
— Il mérite ce qui lui est arrivé.
Darren soupire.
— Je sais. Là n’est pas la question. Je suis arrivé au moment où il l’a tiré dehors. J’ai tout vu.
Il se frotte rageusement le menton.
— Merde, c’est dans des cas comme celui-ci que je déteste mon côté de la loi. Je sais que cet enfoiré est connu de nos services pour violences aggravées sur les femmes… Pourtant voilà qu’il errait librement en ville et qu’il aurait récidivé voir pire si…
Sheila tente d’intervenir en ma faveur, en se postant devant moi.
— Tu comprends donc que c’était de la légitime défense. Il nous a tirés dessus le premier.
Darren jette un coup d’œil vers le macchabée.
— Ça aurait pu. Mais vu l’acharnement qui a été fait sur le corps… Je suis désolé, je vais devoir te passer les menottes.
— Oh mon dieu.
Sheila se met à pleurer en s’enroulant de ses bras.
— Tu nous laisses deux minutes ? supplié-je le flic.
Il hoche la tête et sort sur le porche. Je me tourne vers la femme de ma vie, et dépose un baiser sur son front.
— Ne t’inquiète pas pour moi, bébé, ça ira. Et je t’en supplie ne t’en veux pas, tu n’es pas responsable. J’ai agi en connaissance de cause.
— Tu vas aller en taule à cause de moi…
— Les Death Angels sont malins, ils trouveront un moyen de me faire sortir.
Elle déglutit en agrippant ma main.
— Teddy…
Je lui offre mon plus beau sourire alors même que je crève de l’intérieur.
— Tant que je sais que tu resteras là à m’attendre, tout ira bien.
Elle se dresse sur la pointe des pieds.
— Toujours.
— Bien.
Sheila m’embrasse désespérément. Je lui rends son baiser, me préparant à être séparé d’elle pour une durée indéterminée. La vie est vraiment une chienne, me priver de Sheila alors qu’elle était enfin mienne…
— Je vais raconter aux autres ce que tu as fait pour moi. Je le dirai à Cullen.
Je déglutis.
— Prends soin de toi. Je t’aime.
Je me détourne alors, ne pouvant plus supporter de la regarder en sachant que l’on va me conduire loin d’elle. Je sors et tends les mains en direction du Shérif.
— Grouille. Je veux me barrer d’ici.
Darren comprend ce que je ne dis pas. Il hoche la tête et me passe les menottes avant de me conduire rapidement vers son véhicule de patrouille. Avant qu’il ne referme la porte, j’entends Sheila hurler à mon intention :
— Je t’aime, Teddy ! Je t’attendrai, peu importe le temps que ça prendra.
Une unique larme coule sur ma joue en entendant sa promesse.
Putain de merde.
J’espère de tout cœur qu’on se reverra.
Vu le nombre d’ennemis qu’a le club, je doute que mon séjour en taule soit de tout repos…
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Partie 5
La fin de la route
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