Tom, Petit Tom, Tout Petit Homme, Tom
17 - Tom, seul
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Tom, seul
Il n'a pas eu à raconter quoi que ce soit, pour le lièvre. Parce que Joss n'était pas là quand il est arrivé. Elle était passée plus tôt prendre quelques affaires, et avait laissé un mot sur la table. Avec sept fautes d'orthographe. Ça l'a fâché. Dans la marge, il a mis la note qu'il trouvait que ça méritait : 3 sur 10. Et à côté, en gros et souligné, il a marqué : NUL.
Mon Tom,
Je pars à la mer avec des copains. Juste quatre sjours. Ne t'inquiète spas. On rentre dimanche soir. Si tu aun problème, tu peu tprendre un peu de fric o utu sais. Mais seulement si c'est grave, évid amment.
Sois sage. Bisou x, Joss.
Il lui avait pourtant bien fait la leçon sur les sept exceptions des mots en « ou » qui prennent un xau pluriel ! Bijoux, cailloux, choux, genoux, hiboux, joujoux, poux. Mais pas bisous ! Pour s'en rappeler, il lui avait même fait répéter la phrase idiote qu'on lui avait apprise en classe : « Viens mon chou, mon joujou, mon bijou, sur mes genoux, jeter des cailloux à ces vieux hiboux pleins de poux. »
Il est sorti en courant. Il avait besoin de donner des coups de pied partout, de taper dans les béquilles du mobil-home, contre le portail branlant, dans un tronc d'arbre mort… Se défouler, pour ne pas pleurer. À quoi ça servirait, de toute façon. Elle n'entendrait pas. Elle était déjà loin. Et puis, elle s'en foutait qu'il n'aime pas rester tout seul si longtemps. Sinon elle ne serait pas partie, évidemment. Et qu'il ait peur la nuit dans ce mobil-home pourri, ça, ça la faisait bien rigoler. Elle le traitait des fois de chochotte, juste pour l'énerver. Avant, dans l'appartement, il avait moins peur. Mais il y avait une vraie porte. Toute en bois. Pas comme celle-ci. Ça sert presque à rien de la fermer avec le loquet. Un petit coup d'épaule, et crac ! n'importe qui peut entrer. Mais bon, à part la porte… l'appart, il n'avait pas que des bons côtés. Ici, c'est vrai qu'il y a des tas de choses bien. Les potagers des voisins, la rivière, la place tout autour pour jouer. Et puis, de pouvoir aller partout à vélo, choisir les chemins par où on veut passer, c'est chouette. Mais une vraie maison, avec une vraie salle de bains, et des vraies toilettes, et une chambre chacun… là, ce serait carrément hyperchouette !
Finalement, son estomac lui a rappelé qu'il n'avait pas mangé depuis longtemps. Et il est allé chercher le livre de recettes. L'a ouvert à « Lapin ». Lapin à la crème. Dommage, il n'avait pas de crème. Lapin aux olives. Mais il n'avait pas d'olives. Lapin à la moutarde. Ah ça, il en avait, mais il fallait aussi de la crème dans cette recette-là. Et en plus… que le lapin soit coupé en morceaux ! Ah non ! Il a refermé le livre et a sorti la grande cocotte. Il a fait revenir les deux oignons et les deux carottes qui lui restaient. A mis le nez dans toutes les herbes que Joss avait mises à sécher, a choisi le romarin. Il a compté jusqu'à dix, a jeté le lapin dedans et a vite refermé le couvercle pour ne pas voir sa tête. Et puis il s'est assis dehors, sur les marches du mobil-home, en attendant qu'il soit cuit. La poule s'est approchée doucement. En le regardant de côté. Il lui a donné les épluchures de carottes et quelques grains de riz. Ça lui a plu. Elle n'a rien laissé.
Tom a mangé la moitié du lièvre à lui tout seul. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas été aussi rassasié. Il a fait la vaisselle, et a rangé la maison. Après ça, il est parti à pied. Il a marché longtemps avant d'arriver à la grange abandonnée. Et il a repris le vieux fusil que Joss lui avait demandé de ramener. À la nuit tombée, il a fait entrer la poule, a poussé la table contre la porte, et s'est couché. Le vieux fusil sans balle sous le lit. Et la veilleuse toujours allumée.
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