Tom, Petit Tom, Tout Petit Homme, Tom
42 - Joss a assez de sous
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Joss a assez de sous
– On a d'la chance, parce que ici il n'y a pas de roses. Avec les épines, t'imagines à la fin de la journée ? On aurait les doigts en sang.
– Ah ouais, c'est vrai…
– Et puis, tu vois, il est sympa le patron. Parce que normalement, tu ne devrais pas être là. T'as vu les autres. Y a personne qui vient les aider, eux.
– Mmm…
– Il m'aime bien, quoi. C'est pour ça.
Joss coupe les fleurs et Tom les entasse sur un chariot. Après les avoir attachées en bottes de dix. Ils vont deux fois plus vite que les autres cueilleurs. Ils leur font tous un peu la gueule, dans les rangs.
– On s'en fout. De toute façon, c'est bientôt fini.
– Pourquoi ? Il va plus rester de fleurs ?
– Non. C'est moi. Je vais arrêter un moment.
– Ah. T'as assez de sous, alors ?
– Ouais.
Tom se redresse. Elle fronce les sourcils. Il reprend son travail.
– Et tu vas partir ?
– Oui.
– Quand ?
– La semaine prochaine.
– Pour longtemps ?
– Non, pas trop.
Tom ne peut pas empêcher ses larmes de couler.
– T'auras qu'à aller dormir chez ton copain, si t'as trop peur tout seul dans le mobil-home.
– Je préférerais rester avec toi.
– Ça va pas, la tête ! Je pars pas en vacances, moi. Je vais aller me faire charcuter. Ils vont me retirer des bouts, me recoudre, me repriser comme une vieille chaussette, et toi tu voudrais être là pour regarder ? T'es cinglé.
– Mais j'ai peur que tu reviennes pas…
Elle hausse les épaules.
– Pauv'nouille. Évidemment que je vais revenir. Ou tu crois que je pourrais aller, de toute façon ?
Tom ramasse les fleurs tombées par terre, les met dans un grand sac. Joss a demandé à son copain patron. Il est d'accord pour qu'il continue à venir, même quand elle ne travaillera plus là. De toute façon, elles finissent à la poubelle, ces fleurs-là. Demain dimanche, c'est le jour de marché. Tom veut faire plein de bouquets. Et en vendre un maximum. Il voudrait acheter une robe pour sa mère. Il en a repéré une très jolie, aux Emmaüs. Qu'elle pourra mettre après son opération. Parce que là, elle serait trop serrée, pour l'instant. Et puis des chaussons pour Madeleine. Parce qu'elle a toujours les pieds froids. Même en été. Si jamais il lui restait quelques sous, il pourrait trouver un truc pour lui. Mais ce serait déjà bien s'il arrivait à avoir assez pour ces deux choses-là.
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