Tom, Petit Tom, Tout Petit Homme, Tom

Barbara Constantine · Chapitre 43 sur 55

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Tom, Petit Tom, Tout Petit Homme, Tom

43 - Vingt bouquets

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Vingt bouquets

Tom se lève tôt pour partir au marché. Avec vingt bouquets de fleurs. Il est un peu inquiet. C'est beaucoup, vingt. En plus, il fait chaud. Les fleurs risquent de se faner. Il ouvre le carton dans lequel il les a transportées pour les laisser respirer. À la fontaine, il remplit des sacs en plastique avec de l'eau fraîche, trempe les fleurs dedans. Ouf, ça va aller. Elles se redressent.

Vers dix heures, il en a déjà vendu la moitié. Il commence à avoir faim. Il court à la boulangerie s'acheter des chouquettes. Dans la queue, il se retrouve derrière une fille. Elle doit avoir à peu près son âge. Elle se tourne vers lui, lui sourit. Il est gêné, baisse la tête, regarde ses pieds. Elle achète du pain et des chouquettes, elle aussi. Quand il ressort, il la voit ranger le pain dans la sacoche de son vélo. Il retourne à ses fleurs.

La fille passe devant lui, s'arrête.

– Elles sont bonnes, hein ?

– Oui.

– Je peux m'asseoir ?

– Si tu veux.

– C'est toi qui les as faits, les bouquets ?

– Oui.

– Ils sont pas mal.

Ils plongent la main dans leurs sachets, mangent quelques chouquettes.

– Je m'appelle Clara.

– Tom.

– T'es en vacances dans le coin ?

– Mmm.

– Moi aussi. Chez Mélie. Ma grand-mère. Et toi ?

– Chez Madeleine. Mon arrière-grand-mère… enfin, un peu…

– Ah ouais, genre adopté, alors ? Comme moi !

– Oui, c'est ça.

– Bon, faut que j'y aille. À un de ces quatre ?

– D'accord.

Il lui reste dix bouquets à vendre. En deux heures. À raison de cinq bouquets de l'heure. Ça devrait aller. Ses voisins qui se disent « vous » ne sont pas encore passés. Ils ne devraient pas tarder. En effet, ils arrivent. Et ils lui achètent quatre bouquets d'un coup. Tom est content. Il les regarde en souriant. Ils ne savent pas que c'est lui qui a planté hier les bocaux au pied de leurs plants de tomates. Ça lui donne un avantage. Il regrette juste de ne pas pouvoir leur demander s'ils ont aimé sa recette. Dommage. Il ne saura jamais. Au moment de payer, Archibald écarte un pan de sa veste, pour chercher sa monnaie. Tom voit que son tee-shirt est couvert de taches rouge orangé. Et Archibald se penche vers lui, chuchote l'air navré :

– J'adore incroyablement les spaghettis. Mais je mange un peu comme une cochon, vous voyez.

Tom ouvre de grands yeux et reste coi.

Odette sourit et ils partent tous les deux en faisant bye byeavec la main.

Il n'y a rien à dire. Il s'est fait griller, quoi.

 

Vers onze heures et demie, Samy arrive. Lui prend ses deux derniers bouquets. Tom part acheter la paire de charentaises qu'il a repérée pour Madeleine. Le marchand lui fait un gros rabais. Ce n'est pas un article facile à vendre l'été, les chaussons fourrés à la laine de mouton. Il regarde l'heure. Ça va encore. Les Emmaüs sont ouverts jusqu'à midi. Samy propose de l'accompagner. Tom préfère y aller seul, mais comme il insiste, il finit par accepter. La robe est encore là. Plus jolie qu'il ne se la rappelait. Samy trouve aussi qu'elle est bien. Mais que pour Joss, ça risque d'être un peu trop serré, tu crois pas ?… Tom fait celui qui n'a pas entendu et va payer. Il lui reste encore un peu d'argent. Mais les magasins sont maintenant fermés. Il verra pour lui une autre fois.

Samy l'invite au restau. Ils commandent des pizzas. Il lui raconte qu'avec Lola, c'est fini. Tom lève les yeux pour voir la tête qu'il fait. Il n'a pas l'air triste du tout. Ils commencent à manger. Entre deux bouchées, Samy marmonne que Lola justement lui a parlé d'un truc avant de partir. Un truc qui le concerne, lui et Joss. Tom attend la suite avec anxiété. Mais Samy lui dit de ne pas s'inquiéter. Qu'il s'en doutait, de toute façon. Faudrait vraiment être très très bête pour ne pas avoir compris que Joss était sa maman… Tom fixe le contenu de son assiette. Samy dit que lui aussi, ça lui arrive de dire des conneries aux gens pour qu'ils lui foutent la paix. Qu'il ne lui en veut pas et qu'il comprend Joss, finalement. Qu'à sa place, il aurait sûrement fait pareil. Tom le regarde. Samy a l'air sincère. Il est soulagé. Reprend un morceau de pizza.

Mais maintenant qu'il a commencé, Samy ne veut pas s'arrêter là. Il attend que les glaces soient servies. Et il pose la question qui le tarabuste depuis un moment. La date de son anniversaire, c'est quand ? Tom le lui dit, tout naturellement. Et lui explique même qu'il est né avec un mois d'avance. Et que c'est possible que ce soit pour ça qu'il est si petit. En tout cas, Joss le croit. Samy se met à rire. Se lève de sa chaise, embrasse Tom sur les joues. Se rassied. Lui dit qu'il est si content qu'il a envie de pleurer. Et c'est vrai, il pleure. Mais il sourit aussi en même temps.

Tom ne comprend pas très bien. Il trouve que Samy est un petit peu siphonné, quand même.

Un peu maboul.

En deux mots : toc-toc.

Mais à part ça, il est très sympa, ce type-là. Dommage que Joss ne l'aime pas.

Après le déjeuner, ils vont chez Madeleine. Elle ouvre son cadeau.

 

– Viens donc que j'te bige, mon p'tit homme.

Avec sa manche, elle essuie ses yeux et la goutte qui pend au bout de son nez. Elle veut essayer ses nouveaux chaussons. Elle se tourne vers Samy pour qu'il lui donne le bras et l'aide à marcher.

– Vous êtes déjà venu me voir, vous, c'est ça ?

– Les madeleines, l'autre jour…

– Ah ouiche ! Très très bonnes. Est-ce que vous pourriez penser à m'en rapporter d'autres, la prochaine fois ? Ce serait gentil. J'aime tellement ça.

Elle sourit et puis lui sert un petit verre de ratafia. Boit le sien cul sec. Tom se dit qu'elle a repris du poil de la bête. Mais c'est peut-être qu'elle ne se souvient déjà plus de son chat. Pareil pour Balourd. Qui dort tranquillement dans le panier, maintenant. Comme si Le Mité n'avait jamais existé. Il trouve ça bizarre. Mais il y a un avantage, quand même. C'est que ni Madeleine ni le chien ne pensent plus à se laisser dépérir. C'est déjà ça.

Samy emmène Madeleine faire le tour de la maison.

Et Tom va discrètement mettre une fleur sur la tombe du Mité. Une façon de lui dire que lui, il ne l'a pas oublié.

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