Tom, Petit Tom, Tout Petit Homme, Tom
7 - Trop bu
7
Trop bu
Le patron du bar baisse le rideau de fer. Ils se retrouvent tous sur le trottoir. Très éméchés. Ils ne savent pas où finir la soirée. Paulo, encore plus ivre que les autres, décide d'inviter tout le monde chez lui. Les garçons sont chauds pour y aller. Mais les filles hésitent. Il est tard. C'est loin. Et puis, déjà qu'avec leurs talons hauts, elles n'arrêtent pas de se tordre les pieds…
– … alors si en plus il faut marcher des kilomètres…
Ils insistent.
– Allez, venez, quoi.
Joss et Lola s'éloignent en zigzaguant. Sans se retourner, elles crient qu'il ne faut pas les suivre. Qu'elles vont faire pipi dans la ruelle. Une fois hors de vue, elles retirent leurs chaussures et se mettent à courir en hurlant.
Chez Lola, elles s'allongent par terre.
– Les pauvres, quand même, ils doivent être déçus.
– On s'en fout. Il n'y en avait aucun de bien !
– T'as raison. Ils étaient trop moches !
Elles pouffent de rire. Se tiennent le ventre. Mais elles sont très fatiguées. Elles essayent de reprendre leur souffle.
– N'empêche, c'est vrai que quand je bois trop, je perds un peu la tête, hein. J'suis capable d'aller avec n'importe qui et de faire n'importe quoi.
– C'est vrai ça, Lola.
Elles pouffent de rire encore une fois.
– Dis donc, t'as rien à dire, toi. T'es pareille… Mais tu vois, quand je réfléchis, eh ben ça me dit rien du tout dans ces moments-là de me faire peloter et tout le reste. Je sens rien. Toi aussi, ça te le fait ?
– Ouais. C'est connu, l'alcool, ça anesthésie.
– Ah ben oui, t'as raison.
Joss ferme les yeux.
– C'est peut-être ça, finalement, une vraie preuve d'amour. De s'abandonner, en ayant toute sa tête…
– Qu'est-ce que tu dis ?
– Rien…
– Arrête, j'ai pas compris. T'as dit quoi ?
– Je sais plus, j'te jure.
Elles se remettent à rire bêtement. Mais comme elles n'en peuvent plus du tout, ce sont juste quelques hoquets.
– J'y pense. Tu l'as vu le type qui te cherchait l'autre jour ?
– Quel type ?
– Un beau gosse. Avec un costard noir et une chemise blanche. Super classe. Il est passé au salon de coiffure et il m'a demandé si par hasard je te connaissais.
– Et tu lui as répondu que oui, et tu lui as même dit où j'habitais…
– Ben oui. Pourquoi ?
– Pour rien.
Joss, maintenant dégrisée, se lève d'un bond.
– La prochaine fois, Lola, évite de donner mon adresse au premier type qui passe par hasard. Même s'il est beau gosse.
– Mais il a dit qu'il te connaissait !
– C'est pas une raison.
– Ben, quand même…
Joss se fait couler un café. Se passe un peu d'eau sur le visage, remet ses chaussures. Avant de sortir, elle jette une couverture sur Lola qui s'est endormie sur le carrelage de la cuisine.
– Salut, Lola. Je t'aime bien, mais t'es vraiment trop con, des fois.
OceanofPDF.com