Tom, Petit Tom, Tout Petit Homme, Tom
33 - Orties
33
Orties
En rentrant, Tom a trouvé Joss en train de faire ses devoirs. Elle a à peine levé le nez de ses cahiers quand il est arrivé. Il a un peu hésité avant de repartir.
– Je vais faire un tour…
– Mmm.
Ce qui voulait dire : C'est ça, casse-toi. Tu vois bien que je travaille.C'est la première fois qu'il la voyait aussi concentrée. Il avait dû se passer quelque chose à son boulot. Quelqu'un l'avait peut-être vexée en faisant une remarque sur ses fautes d'orthographe. Ça lui était déjà arrivé. Mais ça ne l'avait pas motivée à ce point-là, ni très longtemps. En attendant, Tom a enfourché son vélo et a filé vite fait. Avant qu'elle ne change d'avis. Ou qu'elle se rappelle la séance de mécanique qu'elle avait prévu de faire aujourd'hui avec lui.
Madeleine l'attendait. Elle avait très envie de parler. Beaucoup de choses à raconter. D'abord, qu'elle avait dormi comme une reine. Qu'elle se sentait bien reposée. Très contente d'avoir retrouvé sa maison toute propre, qui sentait bon, ses bêtes et son lit. Même si, c'est vrai, son matelas avait peut-être besoin d'être changé. Avec ses creux et ses bosses qui tombaient pile au milieu des reins. Mais tout de même, elle l'aimait bien. Elle a calculé que ça faisait plus de trente-cinq ans qu'elle dormait dessus.
– Du solide. De l'increvable. Un peu comme moi, hein.
Elle a ri en le disant.
Tom l'a aidée à marcher jusqu'au jardin. Ça a pris long. Elle devait s'arrêter tous les trois pas pour souffler. Elle était guérie, mais… peut-être pas complètement, il s'est dit. Il lui a installé une chaise près des plantations. Quand elle a récupéré, elle a regardé tout le travail qu'il avait fait, et elle a trouvé ça bien. Avec sa canne, elle lui a montré à quel endroit il fallait pincer les tiges. Où étaient les gourmands. Quelles mauvaises herbes il fallait arracher, et quelles autres il devait garder pour la cuisine. Le pissenlit pour les salades, évidemment. Mais le plantain, le mouron blanc et le trèfle, surtout, qu'elle aimait bien faire en purée ou en gratin. Elle a trouvé que les bouteilles plantées aux pieds, ça avait l'air très pratique pour arroser. Qu'on devait gâcher moins d'eau. Et puis que c'était drôle, mais les gens maintenant, ils avaient plus d'idées que dans le temps… Son regard s'est un peu voilé. Et brutalement, elle s'est endormie. Le menton posé sur le pommeau de sa canne. Tom est allé se chercher une BD. Il a pu en lire la moitié.
Et tout aussi brutalement, elle a rouvert les yeux et a repris la discussion où elle l'avait laissée.
– Le purin d'ortie ? En as-tu préparé ?
– Ah non…
– Il en faut. Surtout pour les tomates. Ça les fait bien pousser et ça empêche les maladies. Va chercher les gants, petit.
Il a cueilli des orties. En a apporté quelques-unes à Madeleine, qui les a prises à mains nues. Elle a coupé les feuilles les plus tendres, les a mises de côté pour faire une soupe, et avec celles qui restaient, elle s'est frotté les jambes.
– C'est bon pour la circulation.
Tom l'a regardée faire, les yeux ronds. Elle n'a même pas fait la grimace, ni soufflé sur ses doigts. Ça l'a drôlement épaté.
N'empêche que ça a dû lui faire du bien, parce qu'elle a mieux marché pour retourner à la maison. Ça a pris deux fois moins long.
En chemin, elle lui a raconté que, de son temps, les parents corrigeaient souvent les enfants en fouettant leurs mollets avec des orties. Après, on aurait dit qu'ils avaient la danse de Saint-Guy, les pauvres petits ! Il a trouvé que c'était très méchant. Et il s'est dit que, même si Joss avait des fois la main leste, jamais elle ne lui ferait un coup pareil.
Madeleine lui a proposé de manger un morceau avec elle. Pour le dîner elle avait prévu de faire tremper des madeleines dans du lait. Il a préféré décliner l'invitation.
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