Tom, Petit Tom, Tout Petit Homme, Tom

Barbara Constantine · Chapitre 28 sur 55

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Tom, Petit Tom, Tout Petit Homme, Tom

28 - Où t'étais ?

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Où t'étais ?

Tom n'avait pas très envie de rentrer chez lui. Il s'est dit qu'il n'avait pas grand-chose à y faire aujourd'hui. Pas de devoirs. Bientôt la fin de l'année. Vu le mauvais trimestre qu'il venait de passer, il aurait de toute façon un max de trucs à réviser pendant les vacances d'été. Autant ne rien faire pour l'instant. Vers midi il s'est préparé une plâtrée de coquillettes. Un vrai festin. Et puis il a fait le tour du potager. Pour vérifier ses plantations. Les pieds de tomates avaient l'air d'aller bien. Tous fleuris. Il s'est dit qu'il passerait dans la soirée chez ses voisins – qui se disent « vous » et qui sont polis même quand ils sont fâchés – pour voir comment, eux, ils s'y prenaient. Et en profiter, du même coup, pour faire quelques provisions. Ça faisait bien trois jours qu'il n'y était pas allé. Il ne restait plus rien à manger à la maison. Joss allait râler quand elle rentrerait.

Il avait tout son temps, alors il a visité la petite cabane, à côté de la maison. Un ancien poulailler. Il y avait encore les nichoirs, avec de la paille dedans. Un sacré bric-à-brac. Dans une malle, il a trouvé des tas de vieilles bandes dessinées. Il en a pris une au hasard. Et puis il a sorti une chaise longue en osier toute trouée, l'a installée dehors sous un arbre et s'est allongé pour lire. Balourd est venu en trottinant s'allonger à ses pieds. Il s'est mis à ronfler très fort, et à péter aussi. Mais dehors, c'était moins incommodant.

Tom a lu Bibi Fricotin et les soucoupes volantes. Il a trouvé ça très marrant. Un peu naïf, aussi. Par exemple, quand ils se retrouvent sur la planète Mars, Bibi Fricotin et son copain Razibus Zouzou – il est drôle ce nom-là – respirent sans porter de scaphandres… Et puis quand ils discutent avec les Martiens, ils se comprennent parfaitement. Comme si c'était possible qu'ils parlent la même langue ! Mais le truc qui l'a le plus fait rigoler, c'est quand ils décident de voler une soucoupe volante pour rentrer sur Terre, mais qu'ils n'y arrivent pas… parce qu'il y a un antivol, justement ! Trop fort, vraiment.

Il est retourné en chercher d'autres. Et il est tombé sur un carton plein de Mandrake, Blek le roc, Rodéo, Nevada, Yuma, Pepito… Une mine de BD. Il faudra qu'il demande à Madeleine où elle les a trouvées.

 

Fin de journée. Il fait ses courses chez les voisins.

Il passe par le trou dans la haie, s'arrête, écoute. Pas un chat. Courbé en deux, il court entre les rangs de carottes, en prend quatre. Rebouche bien la terre, tasse avec le pied. Fait de même avec quatre poireaux. Puis il tombe en arrêt devant des plants de tomates fraîchement plantés. Ils sont déjà couverts de toutes petites tomates vertes. Il lit sur l'ardoise fichée au pied qu'elles portent un nom avec le mot « précoce » dedans. Quand il a pris les plants l'autre fois, il n'a pas fait attention. Il est un peu déçu parce que, pour les siennes, il va devoir attendre plus longtemps avant de pouvoir en manger. En attendant, il regarde comment les branches sont attachées aux piquets. Il veut tout faire pareil. Il voit aussi qu'il y a des bouteilles en plastique, avec les fonds coupés, plantées tête en bas, à chaque pied. Pour arroser. Pas idiot.

Avant de repartir, Tom hésite, mais finalement entre dans la serre. Il reprend quatre nouveaux plants de tomates, en faisant attention cette fois qu'il y ait bien écrit le mot « précoce » sur l'étiquette. Il part en courant, passe sous la haie. Le chat n'est pas là. Ça l'étonne. Il range les légumes et les plants dans le cageot qu'il a fixé sur le porte-bagages de son vélo. Il fait attention à ne pas les abîmer. Et puis… il décide d'y retourner. Cette fois-ci, il prend des plants de concombres et de courgettes. Ils sont très gros. Il a peur de ne pas arriver à passer sous la haie. Effectivement, il doit s'y prendre à deux fois. À la deuxième, Captain Achab est là, assis juste en face du trou. Qui le regarde méchamment. Encore plus méchamment que les autres fois. Tom se raidit. Il pense même une seconde à tout lâcher et à partir en courant. Mais finalement, il tend les plants devant lui, et marmonne : « C'est les derniers… j'en prendrai plus, OK… » Captain se lève, le regard fixe, l'air mauvais. Il s'approche lentement, claudique sur trois pattes. Tom ferme vite les yeux pour qu'il n'ait pas l'impression qu'il veut le narguer, comme il a lu quelque part que ça pouvait arriver. Un frôlement contre sa jambe. Il pousse un cri. Le chat s'est déjà engouffré sous la haie. Et Tom pense qu'il n'est peut-être pas si méchant que ça, après tout. Mais ça reste à prouver…

 

Il pousse le portail, appuie son vélo contre un arbre. À l'ombre. Pour éviter que les plants ne s'abîment. Il y a des plumes un peu partout autour du mobil-home. Des plumes rousses. Du duvet accroché aux grandes herbes qui palpite au moindre souffle d'air… Il s'approche lentement de la porte. Elle s'ouvre à toute volée. C'est Joss, et elle a l'air très très en colère. Tom fait un bond en arrière.

– Où t'étais ?

– Dans le jardin des voisins.

– Depuis hier soir ?

– Ben non, évidemment.

– Attention, Tom. Me prends pas pour une conne. T'étais où cette nuit ?

– Chez un copain.

– Qui ?

– Ben… tu le connais pas. C'est un copain d'école.

– Tom !

– T'avais écrit que tu rentrerais qu'aujourd'hui, alors je croyais…

– Viens ici.

– Non, m'man… s'il te plaît…

– Viens ici, j'te dis.

– M'man, s'te plaît…

Elle l'attrape, lève la main, il se laisse tomber à ses pieds, se couvre la tête avec les bras, gémit.

– T'étais où ?

– J'aime pas rester tout seul ici, c'est pour ça…

Joss arrête son geste.

– Allez, rentre.

Il obéit. En faisant attention d'éviter ses pieds. Elle le suit.

Sur la table, il voit la boîte noire ouverte. Il a compris. Ça va être sa fête.

 

Mais il lui a expliqué qu'il avait eu tellement faim qu'il avait pris le fric pour aller acheter un lapin. La preuve… elle pouvait regarder dans le frigo, il en restait un morceau. Et puis avec la monnaie, il avait hésité, mais finalement il avait pris une plaquette de chocolat à la framboise. C'est idiot, mais ça lui faisait trop envie. Sauf que là, il ne pouvait pas lui montrer, parce qu'il avait tout mangé. Et que ça l'a rendu très malade. Elle s'est marrée… T'as dégobillé ?… Oui… Bien fait pour toi. T'avais qu'à m'en laisser. C'est bon ça, le chocolat à la framboise ?… Ouais, trop bon… J'aimerais bien goûter. Si on allait en acheter ?… Là, maintenant, ça ne me dit rien du tout… Elle s'est approchée de lui, a levé la main, il s'est protégé avec son bras, mais elle voulait juste lui caresser la tête. Il l'a regardée par en dessous, méfiant, et elle lui a souri. Il a pleuré de soulagement. Et elle aussi. Allez, viens là. Je ne sais pas pourquoi je m'énerve comme ça. C'est plus fort que moi. Mais tu m'connais, ça passe vite, hein.

Et tout bas, elle ajoute… Moi aussi, j'ai eu peur toute seule ici, cette nuit, mon p'tit Tom. C'est tout… C'est fini.

 

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