Tom, Petit Tom, Tout Petit Homme, Tom
54 - Aïe !
54
Aïe !
Momo, le braconnier, est arrivé, un peu plus tard, dans son auto.
Il apportait un faisan prêt à cuire. Très naturellement, il a voulu savoir si le lièvre de la dernière fois avait été bon. Mais Madeleine ne se souvenait pas d'en avoir mangé… Il a mis ça sur le compte de l'âge. Lui, quand il oubliait, c'était parce qu'il avait trop bu. À chacun ses faiblesses, il s'est dit.
Joss a demandé s'il pourrait la déposer en ville en repartant. Il a bien voulu, mais l'a prévenue. C'était pas sûr qu'il puisse la ramener. Pasquevers midi, a priori, il n'était plus très frais. Et qu'il avait sa petite organisation. Garer la voiture devant le café, à sa place réservée, donner les clefs au patron, payer sa tournée, et repartir à vélo. Ça zigzaguait, forcément, mais c'était moins dangereux qu'en auto. Et Marie-Rose, son épouse, se faisait moins de mouron.
Joss a dit qu'elle trouverait une solution. Au pire, elle rentrerait en stop. Elle a fait ses courses, et puis elle est repassée au café, où elle a constaté que Momo n'était effectivement plus très frais. Elle a donc levé le pouce devant la première voiture qui passait. C'est Archibald et Odette qui se sont arrêtés. Joss s'est sentie mal à l'aise. Tom était allé pendant des mois faire des razzias dans leur potager, sans compter les soirs où il s'installait sous leurs fenêtres – et elle aussi, d'ailleurs – pour regarder la télé, et manger les pommes de leur cellier… Difficile de croire qu'ils ne s'en soient jamais aperçus. Mais ils n'ont rien laissé paraître. Ils ont juste demandé des nouvelles de son gentil petit garçon… Il va très bien, merci… Il est en vacances ?… Oui. En Italie. Avec son père.
Quand ils sont arrivés, Madeleine a insisté pour les emmener faire un tour du jardin, et Archibald s'est extasié devant les plants de tomates, qui étaient en fait les siens. Elle les a trouvés tous les deux très sympathiques et leur a offert une de ses conserves maison. Archibald a lu sur l'étiquette : Tomtomato. Ses sourcils se sont levés. Il a passé le bocal à Odette qui a réagi tout aussi discrètement. Avant de repartir, Madeleine les a retenus encore un peu pour leur expliquer la façon de récolter les graines.
– Vous coupez en deux des tomates bien mûres et vous laissez reposer dans un bol pendant deux ou trois jours. Vous retirez la couche blanche, vous rincez dans une passoire jusqu'à ce qu'il ne reste plus que les graines, et puis vous les mettez à sécher sur une assiette. Vous avez compris, monsieur Archibald ?
– Oui, oui. C'est très intéressante, merci.
Quand ils sont repartis, Madeleine a dit à Joss qu'elle trouvait la façon de parler du monsieur très rigolote. Qu'elle aussi avait eu un drôle d'accent quand elle était arrivée. Mais c'était pendant la guerre. Et il fallait éviter de se faire remarquer. Elle avait travaillé dur pour s'en débarrasser. C'est André, son berger, qui l'avait aidée. Elle a ajouté qu'elle pensait à lui très souvent ces derniers temps. Même la nuit, dans ses rêves. Que c'était sûrement le signe qu'elle allait bientôt le retrouver…
Joss a haussé les épaules et a crié aïe, évidemment.
OceanofPDF.com