Tu Es Mort
Prologue
L’homme en noir bondit sur lui, tel un prédateur. Large d’épaules, il était doté d’une silhouette impressionnante, presque carrée. Ses paupières étaient à demi closes et il affichait un sourire carnassier. Un grondement animal s’échappa de sa gorge.
Le vieil homme ne pouvait espérer lui résister longtemps. À peine le temps de souffler et son agresseur l’avait plaqué au sol, lui écrasant la joue contre le carrelage blanc. Avec son pied, l’intrus pesait de tout son poids sur la nuque de sa victime. Il augmenta la pression et le vieil homme sentit craquer le cartilage de son nez. Il poussa un hurlement de douleur.
Le cauchemar avait débuté une heure et cinquante-huit minutes plus tôt. Des minutes interminables. La lueur orangée de l’ultime coucher de soleil qu’il lui serait donné de voir avait cédé la place au scintillement des étoiles. Il s’était mis au lit aux alentours de 22h30 ce soir-là, un peu plus tôt qu’à son habitude.
Il venait de quitter la balancelle du porche et regagnait le salon par la porte coulissante lorsque la sonnette de l’entrée avait retenti, à son grand étonnement.
Il n’avait pas répondu immédiatement, préférant prendre ses précautions. Son pavillon à la façade blanc cassé était précédé d’un sas de brique, un simple coup d’œil depuis la fenêtre du salon lui permettrait de voir qui sonnait à une heure aussi tardive.
La lumière de la pièce et le halo des réverbères, à l’entrée du petit jardin fleuri, n’éclairaient pas suffisamment la silhouette que le vieil homme apercevait de dos. L’inconnu était vêtu d’un blouson et d’un pantalon noirs.
Le vieil homme avait ressenti une sorte de malaise, comme si son visiteur était porteur de pensées plus sombres encore que la pénombre qui l’enveloppait.
Dans ce cas, pourquoi avoir sonné ? Si l’homme avait été animé de mauvaises intentions, il se serait contenté d’attendre la nuit pour cambrioler la maison.
Une mauvaise nouvelle, sans doute. Un ami victime d’une crise cardiaque. L’arrivée d’un inconnu à cette heure ne pouvait s’expliquer autrement, et le vieil homme s’était décidé à ouvrir.
Et voilà qu’il gisait à terre deux heures plus tard, aux pieds de l’homme en noir, le nez cassé.
— Parfait, siffla calmement une voix au-dessus de lui. Quel plaisir d’obtenir enfin satisfaction.
À peine capable de respirer, il ne répondit rien.
Son agresseur agrippa d’une poigne de fer le col de sa chemise à carreaux vert et blanc, et lui assena un coup de genou dans le dos. Une nouvelle onde de douleur traversa son corps, tandis qu’un cri de souffrance s’échappait de sa gorge. Son bourreau le laissa retomber brutalement comme un sac de pommes de terre. Le vieil homme serra les paupières, s’efforça de respirer et tenta d’arrêter, avec la paume de la main droite, le flot de sang qui s’échappait de son nez tuméfié.
La suite se déroula très vite. L’inconnu le hissa jusqu’au grenier en le tirant dans l’escalier et lui passa une corde autour du cou. Il le souleva ensuite comme une plume et l’obligea à grimper sur une vieille chaise en bois à la peinture écaillée. L’intrus tira bientôt sur la corde et elle serra encore davantage le cou du vieil homme qui tenait à peine en équilibre sur la pointe des pieds, les jambes tremblantes.
Il se laissait malmener sans résister, la tête farcie de cris d’oiseau qui l’empêchaient de penser. Il n’était plus capable de rien, le crâne vrillé de douleur à l’endroit où son agresseur avait pesé de tout son poids, manquant de lui casser l’os de la tempe.
Physiquement et mentalement, le vieil homme était brisé.
Il reprit brutalement pied dans la réalité en voyant l’extrémité de la corde soigneusement attachée à la poutre maîtresse sous laquelle il se trouvait.
Il se tourna vers son assassin et le dévisagea. Une lueur mauvaise dans le regard, l’homme exhalait une odeur de transpiration insupportable.
L’inconnu en noir donna un coup de pied dans la vieille chaise qui s’effaça sous les jambes du vieil homme.
Jason, pensa-t-il au moment de mourir. Mon Dieu, Jason !
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