Tu Es Mort
33 le Retour
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LE RETOUR
Plusieurs semaines s’étaient écoulées depuis le drame du cimetière Saint-James. Jason s’appliquait quotidiennement à entretenir les meilleurs souvenirs qu’il gardait de Kayla. Autant d’images qui venaient nourrir un album de moments privilégiés, d’événements heureux, de gestes inoubliables. Leur rencontre initiale au Duchess. Leurs premiers rendez-vous, leur premier baiser. Leur emménagement à Canyon View, qu’ils avaient pris plaisir à décorer ensemble. Leurs voyages en Utah, en Arizona, dans le Nevada. Le jour de leur mariage. À l’instant où le révérend Jeremy Hofmeister lui demandait s’il acceptait de prendre Kayla pour épouse, il s’était senti le plus heureux des hommes, bouleversé que cette femme incroyable accepte de devenir sa femme.
Il parlait essentiellement de Kayla les premiers temps. Brian Anderson était venu le voir et Jason avait été surpris de trouver chez son patron une figure paternelle. Les vacances s’étaient achevées, il avait repris le travail. Barbara ne passait plus son temps à se plaindre et Carole lui épargnait ses problèmes sentimentaux. Même Tony se montrait plus bavard que d’habitude.
Et puis Jason avait remarqué que l’attention se relâchait autour de lui. La vie reprenait ses droits, avec son lot de préoccupations quotidiennes. Il ne leur en voulait pas, c’était dans l’ordre des choses. Il lui fallait avancer à son tour, tout en sachant que rien ne serait jamais plus comme avant.
Un changement l’avait surpris davantage que les autres.
Lorsqu’il avait enfin retrouvé Canyon View quelques jours après cette nuit terrible, son premier réflexe n’avait pas été de se mettre au lit, alors qu’il ne tenait plus debout.
Il s’était mis en quête d’une bougie.
Jason savait que Kayla, refusant de gaspiller inutilement de l’argent et de jeter ses précieuses bougies de Noël au moment du déménagement, les avait remisées dans le grenier où elles prenaient la poussière depuis au moins trois ans.
Jason ne les avait pas seulement redescendues ce jour-là, il en avait allumé une dont il avait longuement observé la flamme sans éprouver la moindre angoisse.
Son aventure l’avait définitivement guéri de sa pyrophobie.
Assis devant la bougie qui se consumait lentement, il avait fermé les yeux et prié.
*
Le 6 septembre, un dimanche comme les autres, Jason se leva à 7 heures, prit une douche, avala un rapide petit-déjeuner et quitta Canyon View. À 8h30, il montait dans sa LaCrosse enfin réparée et prenait le chemin habituel. Le trajet prenait une heure en semaine, trois quarts d’heure seulement le dimanche matin, de sorte qu’il était 9h20 à peine lorsqu’il rangea la Buick devant l’Institut Thurber, un bloc de béton sinistre de couleur brune dont le seul atout était un jardin parcouru d’allées bordées d’arbres d’essences diverses. Jason avait reconnu des pommiers, des manguiers et des goyaviers au milieu de massifs d’hortensias et de rhododendrons.
Il pénétra à l’intérieur du bâtiment et s’engagea d’un pas sûr dans un dédale de couloirs jusqu’à une chambre qu’il connaissait bien. Il poussa la porte et la découvrit près de la fenêtre, sur sa chaise roulante. Elle reposa l’épais roman qu’elle tenait entre les mains – Duma Key de Stephen King, récemment entamé –, et l’accueillit avec un sourire timide.
— Bonjour, dit-il en l’embrassant.
— Bonjour.
Elle paraissait toujours aussi frêle. Ses blessures se remettaient lentement. Le seul fait qu’elle soit encore en vie tenait du miracle, étant donné la gravité de son état initial. Les médecins qui avaient examiné Kayla juste après son agression avaient laissé peu d’espoir à Jason. Lorsqu’il avait affronté la mort à son tour, quelques heures plus tard, il avait affirmé à Mitch qu’elle était morte de façon à éviter qu’il n’envoie Doug parachever son œuvre.
Kayla avait survécu, mais elle n’était plus que l’ombre d’elle-même, physiquement mais aussi sur le plan psychique. Lorsque ses amis demandaient à Jason comment elle allait, il se contentait de répondre qu’elle faisait des progrès. Il n’avouait la vérité qu’en présence de son père ou de ses beaux-parents. La Kayla qui avait échappé à la mort était une coquille vide, une flamme sans étincelle, privée de l’âme qui la rendait autrefois si attachante.
La jeune femme qui se trouvait dans ce centre de convalescence était distante, méfiante, fatiguée, et se désintéressait de tout : des exercices qu’elle était censée accomplir pour se remettre de ses blessures, des gens qui l’aimaient.
La nouvelle Kayla Evans se fichait de vivre.
— Tu as bien dormi ? lui demanda-t-il.
— Je suppose.
Son attention se relâchait déjà. Elle tourna son regard vers la fenêtre et le jardin qu’elle avait tout le loisir de contempler à longueur de journée, regarda le roman posé sur ses genoux, puis son mari. Jason grimaça intérieurement en observant ses yeux vides. Elle aurait tout aussi bien pu coller sur son front un petit écriteau : LOCATAIRE PARTIE SANS LAISSER D’ADRESSE – CORPS ABANDONNÉ.
Il lui fit le récit de ce qu’il avait fait depuis sa dernière visite, c’est-à-dire presque rien puisqu’il l’avait quittée la veille au soir, et lui demanda comment elle se sentait.
— Bien, répondit-elle avec un haussement d’épaules.
Il tira une chaise à lui et s’y installa.
— Quand te décideras-tu à parler ?
Elle posa sur lui un regard surpris, comme si elle ne comprenait pas un mot de ce qu’il disait, et finit par détourner la tête.
— Je n’ai pas envie de parler.
Il avait fait preuve de beaucoup de compréhension jusque-là. Les premiers jours, alors que la police de Mont Pytha continuait de le bombarder de questions, il n’avait pensé qu’à elle, à sa survie. Les équipes de l’hôpital de Pacific Valley qui l’avaient prise en charge le 3 août avaient cru la perdre à un moment. Jason l’avait appris plus tard de la bouche de John Havemann, le chirurgien à qui Kayla devait de se trouver là aujourd’hui. Toute activité cérébrale s’était brusquement arrêtée sur la table d’opération.
Au début, le seul fait de savoir qu’un miracle avait permis à Kayla de s’en sortir suffisait à combler Jason, tout comme la stabilisation de son état au terme de plusieurs jours en dents de scie. Chaque fois qu’il voyait Kayla couverte de pansements, les yeux clos et les traits bouffis sur son lit d’hôpital, il ne pouvait s’empêcher de penser que tout finirait par s’arranger. Les médecins disent qu’elle s’en tirera, que la plupart de ses cicatrices finiront même par disparaître.
Le principal handicap de Kayla restait ses jambes. La moelle épinière avait été touchée par le couteau de Doug et personne n’était capable de dire si elle pourrait remarcher un jour. Tout dépendrait de sa volonté de guérison. Cinq semaines après la nuit de cauchemar qu’elle avait vécu, le pronostic restait incertain. Elle avait perdu tout élan, donnant l’impression de ne plus avoir envie de rien.
Jason avait sondé les thérapeutes de l’Institut Thurber afin de savoir comment il devait réagir. Il s’était longuement entretenu avec Jacob Becerra et Jeanne Curtius, tous deux persuadés que le moment était venu de passer à une approche moins conciliante. À présent que tout danger de rechute était écarté, elle aurait dû réaliser des progrès. Ce n’était pas le cas. Restait à déterminer ce qui faisait blocage dans la tête de Kayla. À moins d’une avancée soudaine, il faudrait la placer entre les mains d’un psychiatre. Plus elle perdurait dans cet état d’atonie, plus grand était le risque qu’elle ne quitte jamais son fauteuil roulant.
Jacob et Jeanne lui avaient donné leur feu vert le mercredi précédent, et Jason leur avait promis de tenter sa chance. En cas d’échec, il faudrait envisager une thérapie lourde.
Vendredi, elle lui avait promis de faire des efforts et il était reparti chez lui ce soir-là rasséréné, avant de s’apercevoir le lendemain qu’elle avait uniquement voulu se débarrasser de lui à bon compte. Jason n’avait plus l’intention de prendre de gants aujourd’hui.
— Tu n’as pas envie de parler ? Eh bien, force-toi.
Le ton sur lequel il s’était exprimé la fit tiquer. Jason lui-même ne s’était pas attendu à se montrer si dur. Elle tourna la tête et posa sur lui un regard interrogateur.
— Tu entames une thérapie demain, Kayla.
Pour ton bien, faillit-il ajouter, se rattrapant de justesse. Il n’avait pas le choix. Puisqu’elle ne se prenait pas elle-même en charge, il était temps de la forcer, de l’aider à pouvoir un jour remarcher. Après tout, il l’avait épousée pour le meilleur et pour le pire. À moins d’agir maintenant, elle aurait toutes les raisons de lui reprocher plus tard son inertie.
— Tu ne peux pas me ficher la paix, Jason ?
— Non, je ne peux pas.
— Je ne suis pas encore prête.
Elle le suppliait presque.
— Alors prépare-toi. Qu’est-ce qui te bloque ? Parle-moi, je ne demande qu’à t’écouter.
Une étincelle s’alluma dans son regard, trahissant sa colère. Ce n’était pas la réaction qu’il espérait, mais c’était mieux que rien.
— Comment veux-tu que je me prépare à quoi que ce soit dans un état pareil ?
— Il ne tient qu’à toi de redevenir comme avant, à condition de te prendre en main. Jacob et Jeanne sont persuadés que toutes les chances se trouvent de ton côté, mais que tu dois le vouloir.
— Je ne peux pas. Inutile d’insister, Jason.
— Si tu n’es pas prête à essayer, tu as raison : inutile d’insister. Je serais tout de même curieux de comprendre ce qui te pousse à renoncer. Ça ne te ressemble pas.
La phrase la fit réfléchir. Jason comprit qu’elle luttait intérieurement et de longues minutes s’écoulèrent avant qu’elle réponde.
— Je ne sais pas. Je n’ai aucune énergie. J’ai l’impression d’avoir la tête pleine de coton. Rien ne m’intéresse et je n’y peux rien.
Les poches sombres qui lui soulignaient les yeux donnaient le sentiment qu’elle n’avait pas dormi depuis une semaine.
— Tu dois faire un premier pas, aussi petit soit-il. Ce n’est qu’un début, mais le reste suivra.
— Plus tard. Pas maintenant.
Ce n’était pas Kayla. Ce n’était pas sa femme. Son corps avait échappé à la mort, mais son âme s’était perdue dans les prairies éternelles de l’au-delà.
— As-tu seulement envie de guérir, Kayla ?
Elle fixa son attention sur le sol de la chambre, puis elle haussa imperceptiblement les épaules.
— Eh bien, moi, j’en ai envie. Jacob et Jeanne aussi. Nous avons beau t’encourager, tu ne fournis aucun effort.
Voyant qu’elle restait murée dans le silence, il tenta une approche différente. Puisque la douceur ne fonctionnait pas, il ne lui restait plus qu’à se servir d’un pied-de-biche. Il s’en voulait, elle risquait de l’agonir d’injures, mais à ce stade la fin justifiait les moyens.
En espérant qu’il choisissait la bonne solution.
— Tu n’aimes personne.
— Hein ? Quoi ? ! !
Elle ouvrit sur lui des yeux gros comme des soucoupes.
— Tout le monde essaie de te parler, mais tu ne veux rien entendre. Tu t’imagines peut-être qu’on acceptera éternellement de parler à un mur ?
— Comment peux-tu me traiter de la sorte ?
Les yeux de Kayla se remplirent de larmes. Jason devait trouver la force de continuer s’il voulait démolir le mur de passivité derrière lequel elle se protégeait. Il se rappela qu’il agissait pour le bien de sa femme.
— Si tu n’es pas prête à te battre toi-même, je ne vois pas pourquoi on devrait se battre pour toi, poursuivit-il froidement.
Elle posa sur lui le regard innocent d’un enfant qui ne comprend pas pourquoi on vient de le gifler. Jason, rongé par la culpabilité, sentit sa résolution lui échapper. Tout était sa faute. C’était lui qui avait causé le malheur de sa femme. L’agression dont elle avait été victime était le résultat d’événements déclenchés par lui. Et voilà qu’il lui criait dessus, au risque de la traumatiser profondément. Lui pardonnerait-elle un jour, si jamais elle s’en remettait ?
Kayla ne réagissait pas, clouée sur sa chaise roulante, abattue.
Jason ne sut plus quoi dire.
*
Le lendemain matin du jour où il avait annoncé à sa femme qu’elle ne méritait pas que l’on se batte pour elle, Jason reçut un coup de téléphone de Jeanne. La thérapeute de Kayla, un petit bout de femme possédant assez de sang mexicain dans les veines pour éviter à quiconque de lui chercher querelle, lui annonça que sa patiente avait connu une nuit agitée.
Jason s’empressa de prévenir Brian Anderson qu’il devait s’absenter d’urgence et se précipita à l’Institut Thurber. Jeanne ne lui avait pas menti. Kayla avait arraché un tableau du mur et réduit un vase en miettes, le miroir accroché au-dessus de son lavabo gisait à terre, brisé. Il avait fallu appeler deux infirmiers de nuit pour la maîtriser. Jeanne dressa le détail des événements de la nuit à Jason d’une voix calme, qui reflétait mal son caractère tranché.
Lorsque Jason lui demanda comment une femme paralysée des jambes avait pu semer une telle panique dans le service, Jeanne lui répondit que si Kayla était capable de violence, elle avait toutes les chances de réussir sa thérapie.
À la suite de ses exploits nocturnes, sa femme avait regagné sa chaise roulante, épuisée, mais ses yeux trahissaient son agitation. Kayla, encore agitée, se lança dans une longue explication lorsque Jason posa une main sur la sienne.
Oui, elle avait laissé exploser sa colère pendant la nuit. Elle en voulait à Doug Shatz, le bras armé de Mitch Chawkins, de l’avoir laissée pour morte. Elle en voulait aussi à Jason, non pas à cause de son attitude de la veille, mais pour tout ce qui s’était produit depuis que les Polaroid avaient bouleversé leur existence. Elle en voulait enfin à Ralph de l’avoir abandonnée en mourant. La planète entière s’était liguée contre elle, ce qui l’avait mise en rage.
— Je comprends, remarqua Jason en balayant des yeux la chambre transformée en champ de bataille.
Kayla se déclara prête à entamer une thérapie à la suite de son coup d’éclat. Jason, agréablement surpris, constata au bout de quelques jours qu’elle était sincère, cette fois. À mesure qu’elle éliminait la rancœur qui l’étouffait, elle se révéla une patiente modèle.
Elle éprouvait enfin le besoin d’évacuer son traumatisme. L’agression dont elle avait été victime, le stress des semaines précédentes, la tension qui ne l’avait jamais quittée depuis la mort de Ralph Grainger… Tout ce qu’elle portait en elle depuis des années avait débouché sur cette crise de folie. Jason la vit retrouver peu à peu l’usage de ses jambes. Au bout de quinze jours, des béquilles avaient suppléé la chaise roulante. Une semaine plus tard, les médecins lui prédisaient un retour prochain chez elle. Jason allait enfin retrouver sa femme.
Kayla quitta le centre de convalescence le 27 septembre. Jason la conduisit jusqu’à Fernhill. Lorsqu’il lui ouvrit la porte de Canyon View, elle s’avança d’un pas hésitant et fit le tour de la maison à la façon de quelqu’un qui découvre un espace inconnu.
— Bienvenue chez nous, lui dit-il en la serrant dans ses bras.
L’étonnement de se retrouver à deux ne dura pas longtemps. Nombreux étaient ceux qui venaient la féliciter de sa guérison, amis et parents lui rendaient visite afin de lui souhaiter tout le bonheur du monde.
Tout est bien qui finit bien, dit-on.
*
À la suite de ce 27 septembre, Kayla comprit qu’elle avait retrouvé la paix intérieure en sentant une vague de sérénité l’envahir. Avoir frôlé la mort lui avait permis de dire au revoir à Ralph. Peut-être était-ce le fruit de son imagination, mais il lui avait semblé qu’il lui conseillait depuis l’au-delà d’accepter le passé. La vie était parfois faite de moments douloureux auxquels il ne servait à rien de se raccrocher.
Ses remords de n’avoir pas été capable d’empêcher Ralph de mourir s’en trouvèrent atténués. Pour avoir frôlé la mort de près, elle avait appris à accepter son mystère, à ne plus la craindre. Une page se tournait et le chapitre qui s’ouvrait s’écrirait avec Jason.
Elle lui fit part de ses pensées au soir du 30 septembre, alors qu’ils profitaient du crépuscule, assis sous le porche. L’automne avait fait son apparition quelques jours plus tôt, mais les senteurs apportées par la nuit tombante étaient celles d’un été indien. Une bouteille de bière à la main pour lui, un verre de vin pour elle, ils contemplaient la voûte étoilée.
— Qu’est-ce qui te travaille ? lui demanda-t-elle.
Jason but une gorgée de Corona sans répondre immédiatement.
— Que veux-tu dire ?
Il la chercha des yeux.
— Tout n’est pas terminé. À la veille d’entamer une nouvelle vie, Jason Evans, il nous faut faire le deuil de la précédente. Mais tu n’en es pas encore là.
Il haussa les épaules.
— Tu sais par quelle expérience je suis passé. Ce n’est pas tellement surprenant que j’en aie conservé des traces.
Il lui avait détaillé le récit de son histoire alors qu’elle se trouvait encore aux urgences, une fois que les médecins l’avaient jugée hors d’affaire : de l’existence de son frère jumeau à cette nuit terrible dans le cimetière Saint-James, où Mitch avait été emporté par l’incendie qu’il avait lui-même allumé.
La police de Mont Pytha l’avait retenu pendant plusieurs jours en le soumettant à de longs interrogatoires. Ils avaient très rapidement découvert des preuves de la culpabilité de Doug et Mitch, à commencer par le poignard du premier sur lequel se trouvait des traces de sang appartenant à Kayla. Ils avaient également retrouvé des micros cachés à Canyon View, ainsi que des enregistrements de Kayla et Jason chez Mitch. Enfin, les informaticiens de l’identité judiciaire avaient pu établir avec certitude que les Polaroid macabres avaient été retravaillés sur l’ordinateur de Mitch.
Le curieux passé de Jason était bien réel. Sa mère n’était pas sa mère, pas plus que Pete McGray n’était son père. Ses vrais parents étaient morts dans l’incendie de leur voiture, officiellement avec lui. Jason n’était autre que Mikey Chawkins dont Mitch avait cherché à se venger au prétexte qu’il lui avait volé sa vie.
Innocenté au nom de la légitime défense, il avait rapidement recouvré la liberté. Peu de temps après, il recevait la visite d’un vieux monsieur qui s’était présenté sous le nom de Sam Chawkins. Le frère de son père. L’oncle Sam avait été désigné par la famille afin de contacter ce neveu que l’on avait longtemps cru mort. Jason lui avait expliqué qu’il ne se sentait pas encore prêt à affronter des inconnus, quand bien même il s’agirait de proches. Sam s’était montré compréhensif, le laissant libre de les rencontrer le moment venu. Toute la vie de Jason s’en trouvait bouleversée. Kayla le comprenait, mais ce n’était pas ce qui l’interpellait.
— Je sens bien qu’un détail te chiffonne, insista-t-elle.
Son regard se perdit au milieu des étoiles.
— J’ai expliqué à la police que je m’étais délivré tout seul de mes liens. Je leur ai montré mes ongles arrachés. J’ai oublié de leur préciser que j’avais eu la vision la plus étrange de toute mon existence…
Kayla lui avoua son incrédulité, sans ressentir l’envie de s’emporter.
— C’est l’amour qui t’a sauvé, conclut-elle. L’amour de Donna.
— Oui, approuva-t-il avec un sourire. Autant en rester là.
— De toute façon, c’est impossible à comprendre.
— C’est vrai, reconnut-il. Il faut parfois savoir accepter l’inexplicable si l’on veut pouvoir continuer à vivre.
Il se pencha vers elle et l’embrassa.
— Je t’aime infiniment.
— Ça tombe bien, moi aussi.
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