Tu Es Mort

Jack Lance · Chapitre 4 sur 35

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Tu Es Mort

3 Problèmes, Problèmes…

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PROBLÈMES, PROBLÈMES…

 

Jason n’eut pas l’occasion de se mettre au travail. Il venait tout juste de lire ses e-mails lorsque Barbara Baker le rejoignit dans son bureau, se plaignant de ne pas être appréciée à sa juste valeur. Barbara était pourtant aussi indispensable à Jason que Vendredi l’était à Robinson Crusoé. Elle répondait au téléphone, gérait la paperasse et occupait en outre les fonctions de créatrice adjointe, aux côtés de Donald Nelson et de Carole Martinez, la directrice de création. À ceci près que Barbara et Carole ne s’entendaient pas, la première accusant la seconde de ne pas s’investir dans son travail.

— Je suis peut-être son adjointe, mais c’est moi qui fais le plus gros du boulot, gronda-t-elle. La moindre des choses serait de me considérer comme une créatrice à part entière.

Jason ne se sentait guère d’humeur à lui expliquer une fois de plus que Carole avait intégré l’agence six ans avant elle, ce qui lui donnait davantage d’expérience, sans parler de ses problèmes conjugaux qui l’empêchaient de se montrer sous son meilleur jour. Le couple de Carole était à l’agonie, ce que Donald et Jason étaient les seuls à savoir au sein de la boîte. Carole Martinez avait la tête ailleurs, c’est certain, mais Jason ne pouvait que compatir et se contentait d’attendre que l’orage s’éloigne sans en souffler mot à quiconque. Pas même à Barbara.

— Tu fais un super boulot, Barbara, la rassura-t-il. Tu progresses de jour en jour. Tu as des idées excellentes et de bons réflexes, mais tu dois te montrer patiente. Fais-moi confiance, ton heure viendra.

Il examina discrètement les vêtements de son interlocutrice : un jean moulant et un petit haut dévoilant son nombril. Un jour où il évoquait devant sa femme les tenues provocantes de Barbara, Kayla lui avait conseillé de garder ses yeux dans sa poche. Le conseil était superflu car Jason adorait sa femme. Barbara aurait pu être plus jeune et séduisante, le cœur de Jason était pris.

Barbara poursuivait ses récriminations, reprochant à son chef de ne pas lui confier davantage de tâches créatives, puisqu’il la trouvait si efficace.

— J’en ai marre de répondre au téléphone et de faire de la compta, geignit-elle.

Jason l’invita à la patience une nouvelle fois et elle finit par s’en aller, mécontente. Il la regarda s’éloigner d’un air inquiet. Barbara ne manquait pas de talent et d’ambition, n’importe quel employeur aurait été ravi de l’embaucher. À moins de trouver une solution, elle finirait par se réfugier dans une agence concurrente, ce qu’il aurait aimé éviter. Le mieux était encore d’en discuter avec Brian un jour ou l’autre. Une fois évacué le problème Tommy Jones.

La conjonction des planètes n’était hélas pas favorable au Roi de l’Occasion. À peine Brian avait-il rejoint Jason pour ce qui aurait dû être une réunion de travail qu’il lui faisait part de ses déboires avec sa femme, Louise, que la perspective de passer une semaine de vacances à Las Vegas n’enchantait visiblement pas. L’addiction au jeu de Brian avait fini par refroidir les ardeurs de son épouse qui avait expliqué un jour à Jason que Brian perdait plusieurs milliers de dollars à chacun de ses séjours à Vegas. Jason aurait aimé ouvrir les yeux de son patron, sans savoir comment s’y prendre. Un coup de fil urgent contraignit Brian à retourner dans son bureau, évitant à Jason une discussion épineuse.

Vint ensuite le tour de Carole, dont les problèmes de couple avaient connu un nouveau paroxysme la veille. Au terme d’une longue dispute, elle avait bouclé son sac et s’était réfugiée chez sa mère. Elle n’avait quasiment pas dormi, comme de juste, en dépit des trois petits verres avalés successivement dans l’espoir d’oublier. La nuit, trop courte, ne lui avait pas porté conseil et elle n’était pas prête à rentrer au bercail, ainsi qu’elle l’expliqua à Jason sans parvenir à contrôler ses larmes.

— C’est fini, sanglota-t-elle. Douze ans de mariage pour en arriver là.

Jason lui passa un bras autour des épaules sans savoir quoi lui répondre.

— Tu devrais prendre ta journée, lui conseilla-t-il.

Elle posa sur lui un regard reconnaissant.

— Je comptais un peu là-dessus, reconnut-elle. Je pensais aller faire du shopping avec ma mère, histoire de me changer les idées. Je te remercie, Jason. Ça ira mieux demain.

Elle sécha ses larmes, qui avaient transformé son mascara en un brouillard gris, et quitta la pièce. Jason la suivit des yeux et remarqua que Donald lui passait un bras autour des épaules. Encore un autre problème en perspective : Donald était amoureux de Carole. Jason se demandait dans quelle mesure les difficultés de couple de la jeune femme n’étaient pas imputables à Donald. Leur relation était devenue un secret de polichinelle. Même Barbara était au courant, ce qui devait alimenter encore un peu plus sa haine envers Carole. Plus celle-ci et Donald seraient proches, moins Barbara trouverait sa place au sein de l’équipe.

Le dernier membre de la troupe, Anthony Wilson, apparut sur le seuil du bureau. Le rédacteur lança un coup d’œil par-dessus son épaule en direction de ses deux collègues, puis il se tourna vers Jason en secouant la tête, ses épais sourcils en chapeau de gendarme. Comment m’en sortirais-je sans Tony ? pensa Jason. Le socle sur lequel je me repose, le seul membre de mon équipe qui ne me pose pas de problèmes.

Il est vrai que rien n’ébranlait Tony, un solitaire taiseux de nature, sauf lorsqu’il s’agissait de pondre des textes généralement brillants pour le compte de Tanner & Preston. Jason pouvait passer des heures en compagnie de Tony sans l’entendre prononcer plus de dix mots.

— Pas terrible ? demanda-t-il en pointant du pouce ses deux collègues.

Jason secoua la tête.

— Si je comprends bien, je vais devoir tenir la baraque aujourd’hui, poursuivit Tony.

— On se tiendra compagnie, acquiesça Jason avec l’ombre d’un sourire.

Il leva les yeux sur la pendule. Déjà 11h30.

— Allez ! Occupons-nous plutôt du Roi de l’Occasion, soupira-t-il.

 

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