Tu Es Mort

Jack Lance · Chapitre 27 sur 35

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Tu Es Mort

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Une fois remis de l’hébétude dans laquelle l’avait plongé la découverte du M sur le portail du ranch, Jason avait poussé la grille et remonté à pied le chemin de terre. Près de l’une des écuries, sous une rangée d’arbres de Josué, se trouvait un potager dans lequel poussaient tomates, choux de Bruxelles, poivrons, radis et oignons.

Il avait sonné à la porte et Joe Bresnahan lui avait ouvert. Il était seul chez lui, son fils étant à son travail et sa femme en visite chez une amie.

— Je ne suis pas un grand fan des thés entre dames, lui avait expliqué Joe.

Joe Bresnahan avait une panse tombante et les cheveux tout blancs. De nature bavarde et hospitalière, il accueillit son visiteur comme un ami de longue date, sans même chercher à connaître les raisons qui le poussaient à s’intéresser à Robert, Amanda et Mikey Chawkins. Loin de s’en plaindre, Jason se contenta de laisser deviser son hôte. Inactif depuis des années, il comptait bien rester vivre sur le ranch avec sa femme tant que leur fils leur offrirait l’hospitalité en leur évitant de vieillir en maison de retraite.

Joe avait très bien connu les Chawkins pour avoir grandi avec Robert à l’époque où Mont Pytha existait à peine sur la carte. Il avait longuement hésité avant d’acheter ce ranch et n’avait finalement accepté que sur l’insistance des membres survivants du clan Chawkins.

À l’entendre, Robert était un type bien, un vendeur de chevaux irréprochable qui possédait un don avec les animaux. Son épouse, Amanda, était une femme ravissante, que sa beauté intérieure rendait plus séduisante encore. Jamais avare de sourires, elle n’avait que des amis. Le couple Chawkins, toujours prompt à s’impliquer dans les œuvres sociales, était extrêmement apprécié à Mont Pytha.

Jason laissa son interlocuteur poursuivre un moment son monologue avant de poser la question qui le démangeait.

— Dites-moi, M. Bresnahan, à quoi correspond cette lettre M sur votre grille ? S’agit-il de l’initiale de Mikey ?

Joe écarta d’un geste ample ses énormes bras.

— Robert était sur un nuage quand il a appris qu’il serait papa. Il aurait voulu le crier à la terre entière. Il a fabriqué ce M lui-même et l’a soudé sur la grille le jour même de la naissance. Ou alors le lendemain, je ne sais plus. Il était aux anges.

— L’accident est survenu peu de temps après, reprit Jason. Je suppose que vous vous êtes rendu à l’enterrement.

Joe Bresnahan hocha énergiquement la tête.

— L’église était bondée. Une cérémonie impressionnante, tout Mont Pytha se trouvait là. Les gens pleuraient, y compris ceux qui ne connaissaient pas personnellement Robert et sa femme.

Jason repensa à la vision qu’il avait eue dans le cimetière, juste avant de découvrir la stèle. Il avait assisté à la scène. Une hallucination de plus, preuve qu’il perdait la tête ? Il en était de moins en moins convaincu.

— Monsieur Bresnahan…

Il aurait voulu poser une question, mais Joe ne le laissa pas achever sa phrase.

— Je dois même avoir gardé quelque part des photos des obsèques, si ça vous intéresse.

Jason en resta bouche bée.

— De… de l’enterrement des Chawkins ?

Joe acquiesça.

— Vous avez des photos ?

L’autre opina de plus belle.

— Je serais ravi de les regarder, s’empressa d’accepter Jason.

— Ne bougez pas, je vais les chercher.

Joe Bresnahan se leva péniblement de son fauteuil, quitta la pièce d’un pas traînant et monta à l’étage.

Jason était fébrile à l’idée que ces photos puissent lui dévoiler les personnages démodés de sa vision. Son attente fut de courte durée, Joe redescendit l’escalier peu après en tenant à la main quelques photos en noir et blanc jaunies par le temps.

— Les voici. Elles ont été prises par le photographe du journal. Comme je vous l’ai dit, la mort de Robert a fait les gros titres de la presse locale.

Jason s’empara des clichés. Il ne put réprimer sa déception en constatant que les photos ne montraient pas le cimetière, mais l’église où avait eu lieu la célébration. On y voyait la foule quitter l’édifice. Les clichés, cinq au total, avaient été pris en rafale, le photographe laissant le soin à son rédacteur en chef de choisir celle qu’il souhaitait. Pour des raisons obscures, Joe avait récupéré l’ensemble.

Jason fut immédiatement frappé par les tenues des membres de l’assistance : des vestes, des cravates, des chapeaux et des robes démodés qu’il reconnaissait… Soudain, un visage attira son attention. Non ! C’était impossible ! Il examina la photo de plus près. Impossible ou pas, il s’agissait bien de lui.

Jason reposa la photo, le cœur battant. Il prit la suivante… encore lui. De même que sur les trois autres clichés. Rien d’étonnant, puisque tous avaient été pris au même moment.

— Je me demande bien où a pu passer l’autre, marmonna le vieil homme.

Jason leva les yeux sur son hôte. Une photo de plus ne lui apprendrait rien.

— Aucune importance. Vous n’avez pas idée du service que vous venez de me rendre, monsieur Bresnahan.

Au-delà de la reconnaissance, Jason était choqué de ce qu’il venait de découvrir.

 

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