Tu Es Mort
2 Kayla
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KAYLA
Réveillé par le poids d’un bras sur sa poitrine, Jason écarta péniblement les paupières et découvrit le regard bleu de Kayla. La longue chevelure de la jeune femme était tout ébouriffée et son sourire suffit à éclairer son réveil.
— ‘jour, dit-elle de cette voix légèrement rauque qui avait séduit Jason dès leur première rencontre.
Il se redressa en s’appuyant sur les coudes.
— Il suffit que tu me souries avec les premières lueurs de l’aube pour que j’en oublie de bâiller, rétorqua-t-il, rompu à l’art du slogan. Que pourrais-je demander de plus ?
Il s’agissait bien des premières lueurs de l’aube, ainsi que le confirmait l’écran du réveil dont les chiffres lumineux annonçaient 6h02.
— Ce n’est pas moi qui te contredirai sur ce point, renchérit Kayla.
— Tu es de bonne humeur, on dirait.
Le sourire de la jeune femme s’élargit.
— Bien sûr. Il me suffit de regarder tes beaux yeux bruns pour être éblouie.
Jason étira les lèvres à son tour. Il retomba sur l’oreiller et Kayla en profita pour se hisser sur lui en cherchant sa bouche avec la sienne. Il sentit la langue de sa compagne se glisser entre ses lèvres, des doigts inquisiteurs zigzaguer entre ses jambes.
— Tes mains achèvent de chasser le sommeil, lui murmura-t-il à l’oreille.
— Hum ! Je ne te trouve pas très inspiré, grommela Kayla en trouvant des doigts ce qu’elle cherchait. Heureusement, j’ai de l’inspiration pour deux.
Il laissa échapper un gémissement.
— Le petit-déjeuner attendra, susurra-t-elle.
— On n’est même pas obligés d’en prendre un, répondit-il en s’enhardissant.
*
Il leur restait tout juste le temps de prendre une douche s’ils ne voulaient pas être en retard au travail.
Kayla était secrétaire de direction chez Demas Electrical, un fabricant de composants pour moteurs. Son patron, Patrick Voight, s’avouait perdu sans elle.
Tandis qu’elle achevait de se maquiller dans la salle de bains, Jason se prépara des œufs à la coque et glissa du pain dans le toaster. Il posait le beurre et la confiture sur la table lorsqu’elle se colla contre lui. Il se retourna et découvrit une Kayla aux cheveux mouillés, le teint frais et rose.
— Si tu savais comme je t’aime, dit-elle en montrant d’un geste la table de la cuisine. C’est un vrai luxe de vivre avec un parfait gentleman.
— Ton patron aussi en est un. Il m’arrive de l’envier, sachant que tu fais tout ce qu’il te demande.
Elle agita un doigt devant lui à la façon d’un balai d’essuie-glace.
— Pas tout, Jason Evans, et tu le sais très bien. Je te réserve certains privilèges.
Elle évita les mains qu’il tendait dans sa direction et prit place sur une chaise. Elle balaya des yeux la confiture, le beurre, les œufs, et tambourina des doigts sur le plateau de la table.
— Où sont les toasts ? Et les couverts ? Je suis en retard.
Il s’installa à côté d’elle en sondant son regard moqueur et poussa un soupir à fendre l’âme.
— C’est bien ce que je disais. Je m’occupe de tout ici et tu n’es pas contente. Quand je pense que les femmes se plaignent de n’être bonnes qu’à une seule tâche aux yeux des hommes. En plus de la cuisine et du ménage, bien sûr.
Elle étouffa un petit rire.
— Finalement, tu ne te débrouilles pas trop mal. Sans doute grâce à ton boulot. Les gens de la pub sont habitués à satisfaire la moindre envie de leur clientèle.
— Ah ! ma petite cliente préférée !
— Je constate que tu t’en tires une fois de plus. Tu es le roi de la manipulation, Jason. C’est bon, je rends les armes.
— Tant mieux, grommela-t-il d’un air faussement blasé. Si tu as besoin de couverts, tu sais où ils sont rangés.
Elle se leva et fourragea dans un tiroir.
— Tes formules choc laissent à désirer, regretta-t-elle. J’ai l’impression que tu perds la main. Tu es loin d’avoir atteint la perfection.
— C’est que tu n’as pas su me mettre au pas.
Jason sortit du toaster deux tranches de pain trop grillées.
— À propos, ajouta-t-il. Je comptais passer voir mon père en sortant du boulot.
— Tu veux que je t’accompagne ?
Il haussa les épaules.
— Papa aura probablement réglé tous les détails de sa fête d’anniversaire. Je n’aurai rien de spécial à préparer, on se contentera de discuter. Autant que tu rentres directement, à moins que tu tiennes à lui rendre une visite de politesse. De toute façon, on va chez lui demain soir. Et puis je n’en aurai pas pour longtemps.
*
Ils achevèrent de petit-déjeuner, débarrassèrent la table et prirent place au volant de leurs voitures respectives. Le couple vivait à Fernhill, une petite ville des collines de Santa Monica, près de Malibu.
Jason avait grandi à Cornell, à une vingtaine de kilomètres de là. Quant à Kayla, originaire de Palm Springs, elle s’était parfaitement adaptée à son nouvel environnement.
Jason avait acheté leur maison du 160 Cherokee Road cinq ans plus tôt. Son père l’avait achetée, plus exactement, sachant que Jason en avait envie. Ce dernier venait tout juste d’être recruté chez Tanner & Preston et la banque jugeait sa situation professionnelle trop fragile pour lui accorder un prêt.
Une maison relativement bon marché, nécessitant beaucoup de travaux. Jason et son père l’avaient rénovée en moins d’un an, la transformant en une jolie bâtisse en bois, peinte en blanc, dans le style néocolonial californien. Le bâtiment s’élevait dans un écrin de pelouse ceint de plates-bandes amoureusement plantées de lupins blancs et mauves encadrés de massifs d’hortensias.
Leur retraite préférée était le porche arrière, depuis lequel ils disposaient d’une vue spectaculaire sur les canyons bordant Fernhill. La maison, baptisée de ce fait Canyon View, était de taille modeste, mais elle leur suffisait : un salon, une cuisine, une salle de bains et deux chambres dont l’une avait été convertie en bureau par Jason.
En suivant la voiture de Kayla dans les lacets de Tuna Canyon Road, il repensa à leur histoire. Il était séparé de Carla Rosenblatt – l’une des trois femmes avec lesquelles il avait eu une histoire sérieuse – depuis dix mois lorsqu’il avait croisé la route de Kayla. Il l’avait draguée le soir même de leur rencontre.
Ce souvenir le fit sourire et il adressa un petit signe à sa femme qui poursuivait en direction de l’Interstate 405, alors qu’il s’engageait sur la Pacific Coast Highway. Il ne tarda pas à retrouver les embouteillages de la 10 et tenta de se concentrer sur la campagne publicitaire de Tommy Jones. Un léger mal de tête dissipa sa bonne humeur. Qu’il le veuille ou non, il lui fallait impérativement trouver une idée dans la journée. En attendant, autant ne plus y penser. Son père fêtait ses soixante-six ans le lendemain et Jason dressa la liste des tâches dont il avait promis de s’occuper.
Pas une seule fois l’étrange courrier de la veille ne lui revint en mémoire.
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