Tu Es Mort
10 la Confession
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LA CONFESSION
Jason, assis devant son ordinateur après avoir vainement tenté de retrouver la tombe, se leva lentement en affichant une mine sombre. La réaction de Kayla n’annonçait rien de bon. On aurait pu croire qu’elle venait de lui découvrir une maîtresse.
— Où les as-tu trouvés ? demanda-t-il.
— Dans la poche de ton pantalon que je voulais vider avant de le mettre à la machine. Jason Evans, tu peux me dire ce qui se passe ?
L’usage de son patronyme confirmait sa colère. Jason allait devoir calmer le jeu en évitant de perdre son sang-froid.
— Je voulais t’en parler. Viens t’asseoir.
— Je n’ai aucune envie de m’asseoir ! cria-t-elle.
Il fit le tour de son bureau et tenta de poser une main sur son épaule, mais elle l’en empêcha en reculant.
— Non ! Commence par m’expliquer ça ! hurla-t-elle d’une voix rauque.
Tout en lui racontant l’origine des photos sur un ton qu’il voulait rassurant, Jason se maudissait intérieurement d’avoir autant attendu, et plus encore d’avoir oublié les photos dans sa poche, au lieu de les cacher dans un endroit sûr ce soir-là après avoir enfilé son peignoir.
Acculé, il ne lui cacha rien, pas même sa visite à Lou Briggs ou ses tentatives de retrouver le cimetière et d’identifier le nom figurant sur la pierre tombale.
Kayla l’écouta en silence avec des yeux écarquillés, ses traits laissant percer son émotion. Le récit de Jason achevé, elle conserva longtemps le silence. Debout sur le seuil de la pièce, elle ouvrit la bouche à plusieurs reprises avant de la refermer, puis elle examina attentivement les Polaroid et les messages inscrits au dos.
— Tu te connais des ennemis, Jason ? Qui pourrait te vouloir du mal ? Quelqu’un t’en veut ?
Sa voix trahissait toujours sa colère, mais au moins affichait-elle son inquiétude.
Jason haussa les épaules sans conviction.
— Je ne sais pas, Kayla.
— Mais alors, comment expliques-tu ça ? Qui a bien pu t’envoyer ces photos ?
— Aucune idée.
— Qui pourrait souhaiter ta mort ?
— Je ne suis pas certain que ce soit le sens de ces messages, comme je l’ai expliqué à Lou. Il s’agit moins de menaces que d’affirmer que je ne suis pas vivant, puisque je suis mort un 18 août.
Kayla croisa les bras et frotta son pouce contre son index, comme si elle jouait avec un briquet invisible. Un tic habituel chez elle quand elle était énervée.
Elle releva la tête.
— Tu crois qu’il s’agissait d’un accident volontaire ?
— Peut-être, mais je n’en suis pas sûr.
— Pourquoi n’as-tu rien dit à la police ?
— Lou m’a posé la même question. Franchement, je ne sais plus quoi penser. Cet accident était peut-être une simple coïncidence, les messages ne contiennent aucune menace implicite.
— Que suggères-tu ? l’interrogea Kayla.
— Bonne question, soupira-t-il. J’ai beau essayer de comprendre, je n’y arrive pas. Je dois absolument trouver ce cimetière, mais ce n’est pas une mince affaire. Lou ne m’a pas encore rappelé.
— Tu as deux appareils Polaroid, remarqua-t-elle.
Il possédait effectivement un vieux 95B ainsi qu’un modèle plus récent, un TL234, après avoir vendu récemment son TL031 sur eBay.
— Où veux-tu en venir ?
Elle haussa les épaules.
— Tu es un fan de Polaroid, tu appartiens même à un club sur Internet, alors que le Polaroid n’est plus vraiment à la mode.
— C’est toi qui le dis.
— Et je le redis. Pourquoi ton correspondant anonyme ne t’a-t-il pas envoyé des photos argentiques ou numériques ?
— Je ne sais pas, Kayla. Peut-être que ça fait partie du message. Tu t’imagines peut-être que ces photos ont été prises par un de mes copains, fan de Polaroid comme moi ? Jack, peut-être ? Ou Ricky ? Ou Shaun Reilly ?
Kayla lui tourna le dos.
— Pourquoi ne m’avoir rien dit ? demanda-t-elle sur un ton amer.
— Je ne voulais pas t’inquiéter. J’avais également besoin d’y réfléchir.
Kayla craqua brusquement. Ses épaules s’affaissèrent et les Polaroid lui échappèrent des mains. Jason comprit qu’elle pleurait.
— Ça ne va pas recommencer, murmura-t-elle d’une voix grinçante.
Jason lui prit la taille.
— Je ne suis pas Ralph, remarqua-t-il d’une voix douce.
Elle fit volte-face et colla son visage contre la poitrine de son mari.
— Tu n’es pas mort, sanglota-t-elle. Je ne veux pas que tu meures. Je refuse !
— Je n’ai aucune intention de mourir, répliqua-t-il avec une assurance feinte.
Kayla ne tarda pas à se calmer.
— Ne me quitte pas, chuchota-t-elle.
— Jamais de la vie, la rassura-t-il. Tu verras, on va s’en sortir. Nous coulerons ensemble de vieux jours paisibles. Nous aurons même des enfants magnifiques, j’en suis certain. Je ne vais pas mourir, je te dis.
Il se baissa et ramassa les Polaroid.
— En attendant, nous allons devoir gérer la crise. Je… Nous devons commencer par comprendre le sens de ces photos. J’ai besoin de ton aide, Kayla. Essayons de chercher ensemble.
Elle prit sa respiration et posa sur lui deux yeux remplis de larmes.
— Bien sûr, qu’on va chercher ensemble. Dorénavant, je t’interdis de me cacher quoi que ce soit. C’est compris ? Ne me fais plus jamais ça.
Il lui prit le visage entre les mains.
— Nous allons découvrir la clé du mystère. Ensemble.
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