Un été

Vincent Almendros · Chapitre 9 sur 20

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Un été

Un miroir à la main, Lone se…

Un miroir à la main, Lone se démaquillait en se frottant le front et les yeux avec un disque de coton. De temps en temps, elle fouillait nerveusement dans sa trousse de toilette, dont l’intérieur semblait offrir un choix trop vaste de produits de beauté. Elle fronçait les sourcils, s’agaçant de ne pas trouver ce qu’elle voulait.

En inclinant la tête, elle commença à brosser ses cheveux en les étirant, le visage fermé, tendu. Si durant la journée elle était toujours d’agréable compagnie, au moment de se coucher Lone avait souvent l’air contrarié. Se démaquiller semblait une tâche dont il fallait s’acquitter, une corvée au même titre que le ménage, et lorsqu’elle nettoyait ainsi son visage, elle donnait l’impression de ranger et de mettre au placard sa bonne humeur.

Après avoir ôté ses lentilles, elle ouvrit un étui noir duquel elle sortit ses lunettes de vue. Les verres correcteurs, enchâssés dans une austère monture en acier, lui rétrécissaient les yeux et durcissaient ses traits. J’avais cru remarquer qu’elle n’appréciait pas qu’on la surprenne ainsi, démaquillée, lunettée, le visage luisant de crème hydratante et recouvert de petites plaques rouges. C’était pourtant ainsi que je la préférais, moi, c’était comme cela qu’elle m’émouvait le plus, lorsqu’elle avait abandonné tous les artifices du jour.

Elle fit claquer le couvercle rigide de son étui en le refermant. Je crois qu’elle attendait que nos hôtes, qui depuis dix minutes rangeaient des affaires, en déplaçaient d’autres, quittent ce qu’elle considérait désormais comme sa chambre.

Sans un regard pour moi, elle s’enfourna dans son sac de couchage, prit un livre, le feuilleta et, s’étant adossée plus ou moins confortablement à la paroi du réfrigérateur qui jouxtait son lit, commença à lire, concentrée et studieuse, plongée dans un silence qui témoignait de son désir d’être ailleurs.

J’avais moi aussi sorti mon sac de couchage. Je le tenais encore à la main et regardais avec un peu de découragement le fourbi qui encombrait ma banquette. En sept ans, Jeanne avait beaucoup déteint sur mon frère, jadis ordonné jusqu’à la maniaquerie.

J’entrepris de réunir ce qu’ils avaient laissé traîner, une chemise, un livre de poche, un chargeur de téléphone portable, une chaussette esseulée. Qu’est-ce que je fais de ton chapeau ? demandai-je à Jean qui était en train de se brosser les dents. Donne, dit-il. Il le mit sur sa tête. Je récupérai aussi un slip, puis deux ou trois teeshirts roulés en boule, un flacon d’Ambre Solaire, un gilet de sauvetage, un vieux transistor, un rouleau de papier hygiénique. J’avais les bras chargés lorsque Jeanne, en passant devant moi, me souhaita une bonne nuit.

Jean lui demanda de l’attendre, se rinça, cracha, et ensemble, ils regagnèrent leur cabine en refermant la porte derrière eux.

Je regardai cette porte.

Je les imaginais derrière.

Je me tournai vers Lone, qui s’était endormie, une main dans son livre refermé.

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