Un été
À côté des vedettes à moteurs racées…
À côté des vedettes à moteurs racées et aérodynamiques qui le prenaient en étau, le voilier de mon frère avait un aspect vieillot. Le mât était haut, mais la coque pas très longue, moins de huit mètres environ. La partie émergée de celle-ci n’était plus vraiment blanche, mais d’un gris érodé, verdi d’algues. Je sentis le regard de mon frère posé sur moi alors je hochai la tête. C’est super, dis-je.
Je me tournai vers Lone pour la prendre à témoin. Elle hocha la tête, elle aussi, et se pencha discrètement pour regarder en contrebas l’eau huileuse du port, à la surface de laquelle flottaient, au milieu de mamelons de mousse, une bouteille en plastique et deux ou trois cubes de polystyrène.
Mon frère venait de monter sur son voilier. Il se retourna pour l’aider à grimper en lui tendant la main. Lone retira ses ballerines sur le ponton et, d’une ample enjambée, franchit le balcon avant, sans parvenir à réprimer un cri d’appréhension qui se mua en rire nerveux. Tout va bien, dit Jean pour la rassurer.
Mes premiers pas furent hésitants. Mon sac de voyage était lourd et me déséquilibrait. Je dus me courber pour parvenir sans heurt jusqu’à l’arrière du voilier, dans sa partie creuse. Là, en relevant très légèrement son chapeau, mon frère nous souhaita la bienvenue. Il affichait un sourire satisfait de propriétaire. Il massa sa barbe. Voilà le cockpit, dit-il. Je m’essuyai le front et regardai autour de moi le mètre carré dont nous disposions pour nous mouvoir. Deux banquettes étroites se faisaient face. C’est super, dis-je à nouveau en retirant le sac de mon dos. C’était donc là, en plein air, que nous allions passer l’essentiel de notre temps.
Avec une curiosité indécise, je m’approchai de l’ouverture qui composait l’entrée de la partie habitable et, du regard, fouillai l’intérieur du bateau. Tu peux visiter, me dit mon frère.
Je posai un pied sur la première marche. Le bois craqua sous le poids de mon corps. À l’intérieur régnait une chaleur lourde, inerte. De part et d’autre de la pièce se trouvaient deux autres banquettes. Celles-ci, plus longues que celles en extérieur, étaient recouvertes d’un affreux tissu jaune chamarré de bleu et encombrées de vêtements et d’objets divers.
Jean me conseilla de ranger nos deux sacs dans la couchette-cercueil de bâbord. Où ça ? Là, à gauche, dit-il en désignant un renfoncement déjà occupé par deux valises, et il me fit passer le sac de Lone. Je m’essuyai de nouveau le front.
J’avais chaud.
Mon frère descendit pour m’aider, vérifia d’un coup d’œil que les sacs étaient bien rangés puis tassa celui de Lone un peu plus vers le fond. Voilà, dit-il ensuite pour commencer la visite.
Lone descendit à son tour, mais comme nous lui barrions le passage, elle fut contrainte de s’arrêter sur la deuxième marche. Elle dut se pencher pour découvrir l’intérieur du bateau.
Ce n’est pas très grand, mais c’est fonctionnel, s’enorgueillit Jean. Je le regardai.
Jeanne n’est pas là ?
Non, dit-il.
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