Un été

Vincent Almendros · Chapitre 1 sur 20

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Un été

Disons que pour mon frère, naviguer était un rêve d’enfant.

Cet été-là, il m’avait proposé de venir passer quelques jours en mer à bord de son voilier. Le plus simple, m’avait-il dit, était que Lone et moi prenions un train de nuit pour les rejoindre le matin du 3 à Naples. Je n’avais pas compris ce qui était simple.

Il ne fallait pas que je m’inquiète. Jeanne et lui nous attendraient au port. Celui-ci était situé au pied d’un château, je ne pouvais pas le manquer.

 

En arrivant devant l’édifice un peu après neuf heures, nous décidâmes, avec Lone, d’attendre de l’autre côté de la voie rapide. Nous posâmes nos sacs devant les édicules des compagnies maritimes, sur les vitres desquels des affichettes proposaient des prestations pour les îles environnantes. Au-dessus de nous, on pouvait lire l’inscription « Porto di Napoli » en grosses lettres noires. Je me tournai pour regarder de nouveau le château. C’est bon, dis-je à Lone, c’est là.

Elle venait de s’asseoir sur des marches et s’éventait avec le plan replié de Naples. Elle me sourit, sans rien dire. Elle était fatiguée. Elle avait chaud. Les ailes de son nez étaient pailletées de gouttelettes de transpiration. Je lui souris aussi. C’était le premier voyage que nous faisions ensemble, je ne voulais pas qu’elle pense qu’avec moi on pouvait se perdre.

J’ouvris un bouton de ma chemise et me tournai vers les quais d’embarquement où patientait un imposant ferry blanc. Il n’y avait pas le moindre bateau de plaisance ici. Je regardai ma montre. Je me demandais où était mon frère.

 

Cela devait faire une vingtaine de minutes que nous attendions au soleil lorsque mon téléphone se mit enfin à vibrer dans ma poche.

Vous êtes où ?

Là, au port, dis-je, devant le château.

Mon frère aussi était là, au port, devant le château. Il nous attendait.

Je ne le voyais pas.

Je ne te vois pas, me dit-il.

Je le cherchai du regard.

Où ça ?

Là, insista-t-il.

 

Mon frère se trouvait en réalité à un gros quart d’heure, pour le rejoindre nous devions longer à pied la via Ammiraglio Ferdinando Acton, puis, après le Giardini del Molosiglio, surtout ne pas prendre le tunnel, mais bifurquer à gauche sur le front de mer, via Nazario Sauro, poursuivre tout droit et voilà, ce n’était pas compliqué, le port se trouvait là, via Partenope. Il y avait un château, je ne pouvais pas le manquer.

 

En approchant ma joue de la sienne, assombrie par une épaisse barbe mousseuse, je fis remarquer à mon frère qu’il existait deux châteaux à Naples.

Je sais, dit-il.

Tu ne me l’avais pas dit.

Non, moi je t’avais dit le castel dell’Ovo, l’autre c’est le castel Nuovo.

Ça se ressemble, dis-je.

C’est pas grave, dit-il, tu as dû mal comprendre, et il s’avança vers Lone en ôtant son chapeau. On se rencontre enfin, dit-il en l’embrassant, et tout en attaquant l’autre versant de son visage, il lui demanda si elle comprenait le français. Un peu, répondit-elle en riant.

Je voulais savoir ce que mon frère pensait d’elle, comme ça, au premier abord, mais malgré moi mon regard fut attiré par le chapeau qu’il venait de remettre sur sa tête. L’élégance de celui-ci, une sorte de large panama dont la calotte était entourée d’un ruban noir, dépareillait un peu avec le reste de sa tenue, son tee-shirt lie-de-vin maculé d’ocelles de graisse, son bermuda râpé et ses tongs. Il est beau ton chapeau, lui dis-je. Attends de voir le bateau, dit-il avec fierté.

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