Un été
Jean remarqua que notre ancre avait chassé…
Jean remarqua que notre ancre avait chassé durant la nuit. Il se frotta le visage et ébouriffa ses cheveux, s’étira et bomba le torse en se contorsionnant. Puis il me demanda si je m’étais déjà baigné.
Oui, dis-je.
Il se gratta le thorax et grimaça. C’était la première fois qu’il se levait avant Jeanne.
Il attendit un instant, immobile devant l’échelle.
Allez, saute.
Tu as vu ? dit-il soudain. Quoi ? Là, me montra-t-il. Je m’étais approché en feignant de découvrir ce qu’il désignait, les cloques qui se promenaient à la surface de l’eau. Son visage s’était fermé. Il se lécha nerveusement les lèvres. Il semblait avoir du mal à respirer. Il inspirait profondément, mais quelque chose l’empêchait d’aller au bout.
Il toussa.
Il y a des méduses, dit-il.
Où ça ?
Là, dit-il.
Les méduses continuaient de se propulser devant nous, par petits bonds. Leurs ombrelles opalines, presque translucides, étaient soulevées par des vagues très douces. Elles s’éloignaient par à-coups, mais à peine disparaissaient-elles qu’elles réapparaissaient aussitôt, faisant en réalité place à d’autres, jumelles des précédentes, dans un éternel recommencement. La mer était infestée. Je regardais les chapeaux rose tendre qui semblaient très doux au toucher, mais s’apparentaient à de répugnantes confiseries gélatinées.
En me tournant vers mon frère, je fus soudain frappé par l’usure de son visage. C’était comme si le sel et le vent avaient commencé de l’éroder. Il était entré dans un âge où la fatigue l’enlaidissait. Son œil torve ne se portait plus sur rien. Du bout de la langue, il semblait vouloir enlever la peau qui recouvrait ses lèvres, et il grimaçait en même temps, avec le soleil du matin dans la figure. Je ne savais pas ce qu’il attendait pour me parler de la casquette.
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