Un été

Vincent Almendros · Chapitre 11 sur 20

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Un été

J’ouvris un œil. Une lumière matinale entrait…

J’ouvris un œil. Une lumière matinale entrait par l’embrasure. J’entendis la porte de la cabine s’ouvrir. Elle grinçait légèrement. Je restai étendu sur mon sac de couchage, dont je m’étais extrait pendant la nuit à cause de la chaleur. En orientant la tête, je vis passer ses jambes nues. En trois pas, Jeanne se dirigea vers le coin-cuisine.

Elle portait toujours la chemise blanche de mon frère, de laquelle elle avait négligemment retroussé les manches. Elle s’affaira en silence, du moins en essayant de faire le moins de bruit possible. Du bain de minuit ne me restait qu’un souvenir imprécis.

Elle remplit une casserole d’eau et sortit de sa boîte une allumette qu’elle craqua. Ses cheveux étaient décoiffés, presque hérissés. Elle colla la flamme à la gazinière en se penchant doucement. Lorsqu’elle se tourna vers moi, elle sourit puis souffla sur l’allumette. Elle s’approcha et chuchota quelque chose d’une voix âpre et râpée par le sommeil, d’autant plus basse que Lone dormait encore à côté de nous. Qu’est-ce que tu dis ? Je chuchotais, moi aussi. Une odeur de soufre m’arriva aux narines. Jeanne fit encore un pas vers moi, son allumette carbonisée à la main, tordue par la chaleur. Elle me demanda si je l’attendais.

Je me redressai sur mon lit.

Si je t’attends ? lui demandai-je.

Elle pouffa.

Je t’ai demandé si tu m’entendais.

Ah, dis-je, oui.

Tu veux du thé ?

Elle avait accompagné ces mots d’un sourire à la fois malicieux et sibyllin, mu par une ambiguïté vicieuse, un sourire qu’elle figea un instant de sorte que je fus obligé de m’attarder sur ses lèvres délicatement craquelées par le soleil.

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