Un été

Vincent Almendros · Chapitre 20 sur 20

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Un été

La porte s’ouvrit sur le visage rayonnant…

La porte s’ouvrit sur le visage rayonnant de Jeanne. Bienvenue, dit-elle.

Mon frère et elle venaient d’emménager à Montreuil depuis une semaine. Comme nous ne nous étions pas revus depuis les obsèques, qui avaient eu lieu fin août à Saint-Vernant, la conversation, très vite, oscilla entre leur nouvelle vie ici, en dehors de Paris, et la mort de la mère de Jeanne. Nous évoquâmes Lone aussi, en peu de mots. Je leur racontai qu’elle était rentrée à Flekkefjord. Ce n’était pas une fille pour toi, résuma Jeanne. Je me demandais ce que cela signifiait, une fille pour moi.

 

Lorsque nous passâmes à table, elle me confia qu’elle et ses sœurs s’occupaient beaucoup de leur père, faisant, à tour de rôle, des allers-retours entre Paris et Saint-Vernant, ce qui les fatiguait, mais leur donnait en même temps une sorte de mission affective qui les aidait à surmonter cette épreuve. Elle évoqua deux ou trois choses qu’elle avait apprises, faisant notamment allusion à un carnet qu’elle avait découvert en triant des affaires dans le bureau de sa mère, sans toutefois en dire davantage. Malgré cette confidence, ou justement parce qu’elle ne faisait qu’effleurer la vérité, je sentais que j’étais définitivement sorti de sa vie. J’avais déjà ressenti cela le jour de l’enterrement, en la voyant suivre le fourgon funéraire, alors que mon frère était à côté d’elle et la consolait. Leur nouvelle maison m’apparaissait comme un cadre neutre. Et Jeanne semblait apaisée. Nous repartions sur de nouvelles bases, tous les trois. Mais bon, dit soudain mon frère pour changer de sujet, il faut aller de l’avant, et il m’annonça, de but en blanc, que Jeanne était enceinte.

Sans même les féliciter, je m’empressai de leur demander de combien de mois. Deux, répondit Jeanne aussitôt.

Deux mois, répétai-je.

Oui, dit mon frère.

Ça n’a pas l’air, dit-il, de te, si, si, lui dis-je alors qu’il revenait de la cuisine avec une bouteille de champagne et trois flûtes qu’il avait dû préparer avant mon arrivée. Une larme, dit Jeanne en portant sa main sur le haut de son verre. Mais c’est prévu pour quand ? leur demandai-je alors que nos flûtes venaient de se rencontrer au centre de la table dans un bruit de verre. Vers le mois de mai, reprit-il en cherchant du regard l’approbation de Jeanne. Un taureau, dit-elle en guise de réponse, précisant aussitôt que Jean préférait une fille. À choisir, confirma-t-il avant de nuancer, disant que ça lui était égal, au fond, un garçon ou une fille, et je me mis à rire, nerveusement, en repensant au jour où il m’avait laissé seul sur le bateau avec Jeanne, me la confiant, en quelque sorte, oui, ma coupe de champagne à la main je riais, je repensais à cet après-midi-là où j’avais cru faire l’amour avec ma Jeanne à moi, mais tout s’éclaircissait à présent, je revoyais sa Jeanne à lui assise dans l’église, son dos religieusement voûté, le regard baissé et les mains jointes, je la revoyais et je sus soudain ce qu’elle réclamait, quelle prière elle faisait, car tout le monde savait que mon frère, à moins d’un miracle, ne pouvait pas avoir d’enfant.

C’est super, dis-je.

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