Un été

Vincent Almendros · Chapitre 5 sur 20

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Un été

Si j’en sentais concrètement l’utilité, j’avais du…

Si j’en sentais concrètement l’utilité, j’avais du mal à m’habituer à ma casquette. Je ne cessais de l’enlever, de la regarder puis de la remettre. De l’enlever encore.

Elle était d’un bleu violacé fané par le soleil. Bien que l’année qui figurait sur le devant ne me semblât pas si éloignée dans le temps, j’étais incapable de me souvenir de ce que j’avais fait en 2011.

L’idée qu’il en serait ainsi lorsque j’essaierais de me remémorer, dans deux ou trois ans, ce que j’étais en train de vivre, là, en ce moment, me déconcerta. Au point que je pouvais me demander si, au fond, j’étais vraiment en train de vivre quelque chose. En apparence, en tout cas, il ne se passait rien.

 

Je m’étais allongé en posant ma tête sur les jambes de Lone. Elle avait délicatement passé sa main dans mes cheveux. Le bateau gîtait et je n’étais pas trop mal. Je finis par m’assoupir.

Je me réveillai le front humide, comme au sortir d’un mauvais rêve. Je me redressai en plissant les yeux pour me réhabituer à la lumière. L’eau autour, le bateau qui avançait dans un bruit de frottement, mon frère qui continuait de tenir la barre franche, son chapeau blanc enfoncé sur la tête, rien n’avait changé. Si. Jeanne avait chaussé de larges lunettes de soleil.

Elle me sourit.

Tu as dormi ? Oui, dis-je en me frottant le visage, ça va mieux. Tu vois, tu n’es pas mort, dit Jean, tu commences à t’amariner.

On s’habitue à tout, dis-je.

Les pommettes de Lone me semblaient maintenant plus roses. Je me demandais si elle n’était pas en train d’attraper un coup de soleil. Il fait chaud, dis-je en ramassant ma casquette qui était tombée à mes pieds. On arrive, dit Jeanne.

Où ça ?

Je me tournai et découvris, devant nous, une île majestueuse et arborée, dont le vert, sur les hauteurs, contrastait avec le gris très clair des parois rocheuses.

À Capri, dit Jeanne.

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