Une femme extraordinaire
Elle les a
Ça sonnait.
— Centre dentaire Bouchard, Laperrière, Langlois et associés, bonjour?
— Oui! Bonjour, c’est Corinne Gazaille. Je suis patiente de la Dre Laperrière, et ça me gêne un peu de vous demander ça parce que ça fait onze ans que je ne suis pas venue faire un examen…
— C’est pour un nettoyage?
— Rendue là, je pense qu’un chalumeau sera plus utile que la petite machine à jet d’eau, hé, hé!
— …
— Non, non, c’est juste une blague parce que j’aimerais pas être la personne qui regardera le fond de ma bouche avec une loupe et une lampe torche. En tout cas. C’est vraiment pas pour ça que je vous appelle. J’aimerais savoir, dites-moi, est-ce que vous avez encore mes radiographies dentaires? Je pense que je suis venue en 2003.
— Ça fait plus que onze ans, ça, madame.
— C’est exact, je suis une cochonne. Alors. Est-ce que vous les gardez pareil, les radiographies, même si vos patientes prennent, disons, DE LONGUES VACANCES entre deux nettoyages?
— Attendez, je vais vérifier dans notre base de données. Corinne… Gazaille, c’est ça?
— C’est ça.
Elle s’absenta quelques secondes. Pourquoi avais-je appelé cette femme? Je voulais mourir. Mais pas tout de suite, tout de suite.
— Madame Gazaille?
— Oui, c’est bien moi, oui!
— Bon, alors je vous confirme qu’on a encore vos radiographies.
— Vous êtes certaine? Ah!!!! Mon doux, mon doux, mon doux que je suis contente. Vous avez pas idée à quel point vous faites ma journée, vous là!
— Voulez-vous qu’on les transfère chez votre nouveau dentiste?
— Oh! Non, non. C’est juste que… si on retrouve un jour mon cadavre momifié dans mon petit trois et demie après quatre ans à faisander loin de la fureur des hommes, quelqu’un pourra au moins m’identi-fier. On pourra m’identifier avec mes dents. Oh mon Dieu, merc…
C’est à ce moment précis que je raccrochai sans terminer ma phrase parce que QUI RACONTE ÇA À UNE SECRÉTAIRE DENTAIRE?
Je vous le demande.
Mais c’est sensas. Elle les a.
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