Une simple histoire de famille

Andréa Bescond · Chapitre 1 sur 24

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Une simple histoire de famille

Dédicace

© Éditions Albin Michel, 2023

ISBN : 9782226481931

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À Juno et Anton

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Louisette

 

1964

Louisette marche. De petits pas serrés, elle avance lentement, avec précaution, elle porte une longue robe de laine, des bottes jusqu’en haut des tibias, là où le bord caoutchouteux frotte, juste sous la rotule. Le mouvement des pas provoque de petites éraflures, le collant en coton épouse la chair, ça brûle un peu, mais ça réchauffe, faut voir le bon côté des choses. Ventre en avant, emmitouflée, son châle la recouvre entièrement. Ses doigts écartés sur son abdomen diffusent de la chaleur, elle chemine.

Elle n’est pas encore vieille cette année-là, elle a trente ans. Elle n’est pas mariée, c’est une catherinette aux yeux des voisins, des habitants du village. Toujours un peu péjoratif comme surnom : la fille qui n’a pas su trouver de mari, la fille plus vierge, plus très pure, plus très exploitable. Elle n’est pas vraiment jolie, mais mignonne, énergique, maligne, ça lui donne son charme. Elle s’en fiche, la liberté rend belle, elle en est certaine.

Il fait sacrément froid ce jour-là, la route est déserte, le béton verglacé, et dans le fossé la terre est boueuse. Ses bottes s’enfoncent et glissent, mais même à deux dans son corps elle maintient son équilibre.

Elle s’amuse avec la condensation de son souffle dans son étole, elle essaye de récupérer le peu de chaleur qui s’en dégage, c’est bref, mais ça a le mérite d’exister et de la soulager du gel une demi-seconde. De toute façon, elle ne connaît pas le luxe, Louisette, elle a vécu toute sa vie dans une longère glacée du Finistère.

En 1963, peu avant qu’elle décide de les fuir, les parents avaient refait les tapisseries, la cuisine était devenue orange avec des fleurs marron, des tournesols étalés grossièrement. Les panneaux au centre avaient été mal collés, une des fleurs était réduite à un trait mal défini, une histoire de trois-quatre centimètres tout au plus, mais ça suffisait à ridiculiser l’ensemble. Ils avaient posé le papier peint eux-mêmes, ils n’avaient jamais commenté le défaut, personne ne l’avait relevé, surtout pas Louisette.

L’endroit qu’elle préférait, c’était le jardin. Sa mère avait la main verte, elle avait truffé le lieu de charmants murets de granit, elle y avait fait pousser de la bruyère, Louisette n’a jamais compris comment elle pouvait faire pousser du végétal dans de la pierre, elle le faisait, c’était naturel. Quand sa mère jardinait, Louisette savait qu’elle était heureuse, elle s’amusait à l’observer, elle voyait les grands sillons de ses joues s’aplanir, comme si la nature lui injectait de la sève.

Louisette éprouvait la même émotion dans l’herbe : sortir dès qu’elle se levait, été comme hiver, quel que soit le temps, quelle que soit la saison, mais toujours à 7 heures.

Sortir pour respirer l’oxygène humide de la Bretagne.

Sortir en chemise de nuit, chaque matin à 7 heures, pour respirer l’oxygène humide du jardin de la longère, admirer le magnolia.

Admirer le magnolia, s’approcher, grimper, s’asseoir sur la plus basse et la plus solide des branches, contempler. Être bien, chaque matin, malgré les remontrances de sa mère : « Nom de Dieu, tu es pieds nus, rentre ! »

Chaque matin, la marque de l’écorce sur l’arrière de ses jambes. Descendre de la branche, caresser du bout des doigts les aspérités sous ses cuisses, là où la peau est satinée d’habitude, sentir l’empreinte de l’arbre. Chaque matin, savourer le magnolia, vestige de l’enfance.

Elle a conscience qu’elle ne le reverra probablement pas et elle continue d’avancer sur la route déserte en trébuchant. Louisette n’a pas croisé d’être humain depuis deux kilomètres, elle pourrait croire qu’ils ne sont plus que tous les deux au monde, elle et son petit.

En 1933, quand est née Louisette, il fallait enfanter. La France vivait encore dans l’idée de repeupler le pays après la boucherie de 14-18. Elle est la dernière enfant de la famille, non désirée, comme beaucoup de derniers des fratries à cette époque où la contraception consistait à recouvrir la verge de l’homme d’un intestin ou d’une vessie d’animal.

Louisette se retourne, la forêt est loin, la route se perd dans un virage en pente, elle comprend pourquoi elle est aussi essoufflée désormais. Elle caresse son ventre, plus pour s’offrir un peu de réconfort que pour l’enfant, mais elle se dit qu’ils partagent un geste de douceur.

Elle s’arrête, inspire, constate le chemin accompli, elle ne peut plus distinguer les mouettes posées sur le clocher de l’église, c’est bon signe. Dans son souvenir, il lui semble ne plus être loin du lieu-dit.

Elle se frotte les mains, ses gants de laine sont troués mais elle les aime ceux-là, c’est sa sœur qui les lui a offerts. Elles ne se sont pas beaucoup vues ces dernières années, mais la sœur avait affectueusement tricoté pour Louisette.

Elle masse son ventre à travers son manteau, il n’est pas imperméable, l’humidité est entrée dans sa lymphe. Elle a souvent senti l’humidité la coloniser, ça ne la perturbe pas, elle souhaite juste réchauffer son bébé à l’intérieur, elle frotte avec vigueur, le sang circule à nouveau dans ses doigts.

« Tu vois, parfois, quand on agit pour les autres, ça nous fait du bien à nous-mêmes, tu le sauras, hein ? »

Elle sourit d’avoir parlé seule, elle sourit de la banalité de ses propos, un brin surannés, elle se sent bienveillante, généreuse, sans vice… ça l’écœure d’être aussi invisible. Au village, on dit qu’elle est gentille, mais elle sait ce qu’ils pensent : « Elle n’est pas très futée, en plus d’être une fille facile. »

Alors maintenant que son ventre trahit sa liberté, il faut disparaître. Tant pis pour le confort de la longère, tant pis pour l’empreinte du magnolia, tant pis pour la fierté brisée des parents, tant pis pour la médisance du voisinage.

Elle part.

La brume du petit matin est toujours là, elle continue de longer prudemment les rebords verglacés de la route.

Elle s’arrête, essoufflée, il ne reste plus tant de chemin à parcourir mais ça semble long. Elle lève le visage pour se laisser caresser par les rafales du vent de l’Atlantique. L’air est iodé, elle reconnaît la subtilité du plancton, la plage est à trois kilomètres à peine. Elle écoute les mouettes converser au loin. Quelques-unes planent au-dessus du champ qui deviendra du maïs en été.

Elle inspire profondément, elle inhale comme chaque matin assise sur la branche du magnolia. L’oxygène dilate ses poumons, elle sent le vide de l’abandon, ça doit se terminer comme ça, elle sait qu’une fois sa dignité offensée, une famille se délite.

Le magnolia lui manque déjà. Elle est partie le matin, il faisait encore nuit. C’était une décision mûrement réfléchie, elle est partie pour ne pas subir le mépris. Trente kilomètres, c’est suffisamment loin pour que ça ne l’atteigne pas.

Louisette piétine sur la route sinueuse, elle est exténuée, mais sûre de son choix elle s’obstine, déterminée à avancer coûte que coûte. À fuir ses racines.

Elle n’a jamais voulu se marier. Elle a vu sa mère appartenir aux hommes, elle l’a vue se désintégrer d’année en année, pulvérisée dans le quotidien familial. Elle l’a vue se dessécher aussi rapidement que la feuille d’un arbre à la sortie de l’été, juste avant qu’elle ne tombe et qu’on ne l’écrase.

Louisette, ça lui allait de faire un bébé toute seule, le mariage pouvait être un calvaire.

Elle ressassait le discours de sa mère comme un bruit intérieur, un discours mental incessant qu’elle ressentait dans ses viscères.

Sa mère avait dû se répéter ces mots des milliers de fois pendant sa dernière grossesse, alors ils s’étaient imprimés en elle comme un tatouage, une brûlure, quelque chose d’indélébile : « Premier enfant, deuxième, troisième, il faut que je sois à la hauteur, un dernier, non, je ne peux pas, il faut que mon utérus sèche, tant pis, j’y retourne et je lui demande d’éjaculer à l’extérieur, puis avec un peu de chance la ménopause arrivera vite, mais non. Je n’ai pas envie pourtant, mais je n’ai pas le choix. »

S’empresser de vieillir pour échapper à la procréation, le soulagement de la ménopause.

Putain que Louisette ne voulait pas de cette vie :

1899. Naissance.

1914. Rencontrer cet homme, l’aimer.

1914. La Première Guerre : avoir peur pour son homme. Survivre.

1918. Fin de la guerre. Apaisement.

1920. Premier enfant, un fils : veiller.

1922. Le deuxième fils : veiller. Être heureuse.

1927. Le troisième, une fille : veiller. Être fatiguée.

1933. Le quatrième non désiré : une fille, Louisette. Étouffer.

1939. Deuxième Guerre : survivre, avoir peur pour ses fils.

1941. Pleurer son premier, pleurer son deuxième, la même année.

1942. Départ de la fille aînée.

1945. Fin de la guerre.

1963. Départ de Louisette.

1970. Mourir.

Louisette a vu sa mère pleurer ses fils morts au front. La mère est restée assise des mois à regarder par la fenêtre en silence, puis la sœur s’est mariée prématurément.

Elle est tombée enceinte d’un fils de bonne famille, d’une classe sociale supérieure à la sienne, le fils de l’assureur du village. Il avait un peu d’argent mais la sœur n’avait pas été attirée par sa situation, ce gars était sportif, il faisait du vélo. Sa tonicité l’avait séduite, la sœur fantasmait depuis des mois sur ses cuisses musclées.

Elle était belle à quinze ans, la sœur de Louisette, c’était elle, la jolie de la famille.

Elle lui avait raconté qu’un jour, au moment du passage du cycliste près de la longère, elle avait traversé la route. Il avait failli chavirer de son vélo. Elle s’était excusée, avait renversé ses seaux d’eau dans un geste maladroit. Elle s’était sentie rougir, il avait bien aimé ça. Il l’avait accompagnée jusqu’au puits. Leurs deux paires de mains avaient agrippé la corde, ses poings épais à lui, sa délicatesse à elle, il l’avait élégamment repoussée pour s’octroyer tout l’effort. Elle l’avait admiré, elle avait senti des paillettes dans sa vulve pour la première fois, elle avait eu envie d’y poser la main comme pour s’empêcher de faire pipi, mais elle s’était gardée de le faire, il avait remonté le seau sans la quitter du regard.

Pendant quelques semaines, ils avaient conversé.

Un jeudi, il l’avait prise par la main et l’avait conduite vers le sous-bois.

Et très vite la sœur aînée est tombée enceinte de son cycliste.

C’était le seul réconfort de Louisette, cette sœur. Elle avait dû s’en aller, le père avait ordonné. Elle n’avait pas eu le choix, il avait fallu qu’elle se marie avec celui qui l’avait fécondée. Toutes les vies des femmes se ressemblaient. Et toutes les vies des hommes aussi, l’honneur, la patrie, la fierté. La mère était restée stoïque, elle continuait de pleurer ses fils. Tous les jours, la joue posée sur la table de la cuisine, sa peau fondait sous les larmes. Elle s’essuyait d’un revers de la manche d’un pull en laine rêche et sale, ça avait creusé deux plaques rougeâtres dans le prolongement de ses lèvres qui lui donnaient l’allure de l’homme qui rit. Pauvre mère, si brisée et si rude à la fois.

Alors Louisette avait réconforté sa mère : « Maman, repose-toi, je suis là. » Elle avait pris sa place. Neuf ans, les frères morts, la sœur partie, fin de l’enfance. Elle avait absorbé le chagrin de ses parents.

Quand ses frères ont disparu, Louisette a compris la douleur de sa mère. Elle a entendu les paroles du père : « Ils sont morts en héros. » La mère a craché sur le monument aux morts en guise de protestation, le père l’a giflée, c’était une offense, surtout devant les gens du village, il fallait préserver la réputation. Il avait fait la Première Guerre, lui, il savait ce que c’était, c’était un héros aux fils sacrifiés, ça le rendait encore plus honorable, ça suscitait l’empathie, il y était sensible, ça gonflait son orgueil d’ancien combattant.

Le père était à peine sorti de l’enfance quand il avait fait la Première Guerre. Il avait uriné dans son pantalon quand il avait fallu courir au front, la chaleur du fluide l’avait réconforté un instant avant de geler, il s’était senti de nouveau vivant comme la première fois où il avait fait l’amour, l’unique fois.

Il pensait à elle entre les combats, il fixait sa photo, elle était joufflue, ça la rendait sensuelle, mais il n’avait pas d’érection, il ne pouvait pas se masturber comme ses camarades, ça l’avait inquiété. Il s’était résolu à l’idée d’être impuissant, mais c’était revenu quand il était rentré. C’était juste la guerre qui le bloquait, les corps éviscérés, les copains qui tombaient, les nouveaux qu’il ne voulait pas connaître parce qu’il ne voulait pas s’attacher. C’était la guerre, ou la solitude, ou la peur, ça n’avait pas duré quand il l’avait revue, ça l’avait soulagé, il avait gardé ce secret.

Il éprouvait un profond respect pour le combat militaire, même si, plus tard, en 1941, il y avait perdu ses fils à seulement deux mois d’intervalle. Il n’avait pas pleuré, c’était normal de mourir pour sa patrie, la mère lui en avait voulu d’être fier.

Le couple était encore jeune, même si au village personne n’avait d’enfant après quarante ans, il avait dit à sa femme qu’ils pouvaient tenter d’en avoir un autre, un troisième fils qui resterait en vie, lui. Ce n’était peut-être pas trop tard.

La mère avait sombré dans une colère incontrôlable, elle avait hurlé qu’on ne remplacerait jamais ses garçons, elle s’était jetée au sol, avait frappé son front contre le mur de la cuisine et avait gémi un long moment allongée sur les tomettes. Cette année-là, la tapisserie de la cuisine était encore pastel, la mère, en cognant sa tête, avait laissé une trace de sang impossible à retirer. Louisette avait eu beau frotter à la Javel, au vinaigre ménager, au sel, au bicarbonate de soude, rien à faire, ça s’atténuait à peine.

C’était la marque du chagrin. Fallait changer la tapisserie, mais ça n’éteindrait pas la douleur.

 

Louisette progresse, rafales de vent dans la nuque, le châle capitule mais elle se cramponne à son ventre. Elle est comme une geisha qui tente élégamment de marcher, encore quelques mètres à parcourir avant de s’effondrer sous le poids du diktat.

Une Peugeot 404 rouge arrive face à elle, le conducteur est prudent, la passagère dévisage Louisette. Le conducteur prend soin de rouler au pas quand il passe à côté d’elle, il n’ouvre pas sa vitre, chacun continue sa vie. Elle se fige un instant, se retourne, la passagère la fixe. Louisette caresse son ventre.

Elle avait tenté d’avorter clandestinement à dix semaines de grossesse, mais la faiseuse d’anges avait été arrêtée deux jours avant son rendez-vous.

L’avortement était criminel, la femme engendre, c’est comme ça.

Louisette n’en avait pas trouvé d’autre. Elle avait déjà avorté deux fois depuis ses vingt ans, elle avait eu des histoires avec des hommes de passage, des marins souvent. On était près de la côte, c’était pratique, ils débarquaient au port de Quimper, ils venaient au bal et ils disparaissaient le lendemain. Ce n’étaient pas des histoires, c’était pour assouvir un désir, naturel à son âge, elle aimait plaire, elle aimait séduire, elle aimait s’amuser, elle aimait coucher à condition que l’amant disparaisse.

Louisette est fertile, comme sa mère, pas de chance. Sa mère a gueulé sa honte. Elle a insulté ses filles. Au moins, la première avait épousé le père de son enfant. Pour la deuxième, un inconnu, affront ultime. La mère a exprimé son regret de ne pas pouvoir échanger ses fils contre ses filles. Aucune résilience possible, un héritage de haine entre femmes. Louisette avait engrangé les cris de sa mère et le silence de son père. Il avait capitulé. Elle n’était plus que chagrin et colère. Louisette n’espérait pas de la douceur, elle aurait juste voulu que ça reste banal, ça lui aurait été ça, juste banal. Elle aurait appris à l’enfant à s’asseoir sur la grosse branche du magnolia chaque matin, il aurait fréquenté la même école élémentaire qu’elle, la joie serait peut-être née en même temps que lui. Ce dont cette famille a toujours manqué, peut-être que lui pouvait l’apporter. Eux n’en voulaient pas.

Alors, peu avant d’accoucher, Louisette a pris ses affaires, elle est partie chez sa grande sœur. Trop de mépris, trop de rancœur, elle ne supportait plus. La sœur, elle, ne la jugerait pas, elle serait certainement juste un peu triste que l’histoire des femmes soit toujours un peu la même, mais elle ne la jugerait pas. Louisette a décampé sans regarder derrière elle, elle avait fait sa part, elle ne voulait plus jamais les revoir, qu’ils meurent.

 

Elle se sent exténuée, il reste bien cinq cents mètres à faire à pied, c’est là-bas, après le virage, courage. Son écharpe est trempée désormais, son sang se glace à la hauteur de ses tempes, ses pensées l’ont absorbée, elle s’accroche, elle accélère, elle reprend de la vigueur. Elle approche d’une maison de pierre, petite mais chaleureuse.

Jolie silhouette élancée au loin, une femme, elle la reconnaît, elle sent circuler une énergie des pieds à la tête. Un soulagement.

« Suzanne ! »

Louisette s’empresse, Suzanne n’a pas entendu, elle ramasse le courrier.

« Suzanne ! »

Suzanne sursaute parce qu’il n’y a jamais personne d’habitude.

Elle se retourne.

« Oh, Louisette ! Mais tu es folle ! Tu aurais dû m’appeler, je serais venue te chercher ! Rentre, ma chérie ! Rentre te réchauffer ! »

Elles s’étreignent, Louisette écrase son ventre contre celui de sa sœur, elle sait que le petit n’aura pas mal, ils sont liés tous les trois, c’est la famille. Suzanne s’accroupit, pose son visage sur l’énorme bosse et l’embrasse. Elle lève les yeux sur Louisette qui se sent joyeuse pour la première fois depuis longtemps.

« C’est pour bientôt ! Tu as fait un bébé toute seule, toi ! Que tu es belle ! »

Louisette savait que sa sœur ne la jugerait pas, elle sent comme de minuscules lumières pétiller entre ses sourcils, dans sa gorge, son sternum, son nombril, son pubis, l’enfant danse. Ils sont enfin aimés, tous les deux.

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