25, faubourg des étoiles
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― Tu m’en veux ?
Violette tourne la tête et se mordille la lèvre inférieure. Je lui ai tout raconté.
― J’en sais rien, avoue-t-elle en regardant dans le vague. Présentement, Auguste doit croire que je refuse de le voir et il y a peu de chances que nos chemins se croisent de nouveau.
Je me sens mal à l’aise.
― Je suis désolée. Je me suis laissé emporter. Ce Devon m’a paru si méprisant et si imbu de lui-même que j’ai vu rouge.
Mon amie se tourne vers moi et me considère un moment.
― Tu lui plais, finit-elle par déclarer. C’est évident.
Je m’étrangle à moitié.
― Ah non, Violette, tu ne vas pas recommencer avec ça !
Elle hausse les épaules et claque la langue.
― Ça s’est vu dès le premier soir. Son regard revenait chaque fois vers toi.
Je secoue la tête.
― Tu veux rire ? Rappelle-toi qu’il ne m’a presque pas adressé la parole, ce soir-là. Et pas davantage le jour où tu l’as aidé à sauver son précieux attaché-case.
Elle a un petit sourire. Même si cette conversation m’embarrasse, je la préfère à celle qui revient sur ma confrontation du jour avec Devon. Intérieurement, j’espère que mon amie ne m’en veut pas trop.
Un gobelet de chez Starbucks à la main, Violette hausse les épaules.
― On aurait cru qu’il me faisait passer un entretien d’embauche, ou qu’il en passait un, j’sais pas, dit-elle en réfléchissant. C’était plutôt bizarre, OK, mais pendant ce temps, ses yeux étaient tout le temps attirés vers toi. Crois-moi, y’a des regards qui n’trompent pas. Si tu le trouves agaçant, dis-toi que c’est peut-être une technique de
crouse10 un peu bizarre, mais je suis sûre qu’il kicke sur toi !
Sur le côté gauche du comptoir, j’ajuste machinalement la position d’un coffret cocooning qui comprend une bouillotte et son fourreau tricoté, une bougie de ma composition et un mug décoré d’un sapin sur un pick-up.
― Tu aurais dû lui donner mon numéro, ajoute Violette avant de faire quelques pas pour prendre son sac abandonné sur le fauteuil dans l’entrée.
Je l’interroge du regard.
― Si tu ne voulais pas lui donner le tien, ce que je peux comprendre, tu aurais dû lui donner le mien, s’explique-t-elle. Au moins, on n’aurait pas tout perdu.
Elle passe son écharpe et son manteau. Une seconde plus tard, elle ouvre la porte et j’entends tinter le grelot.
― Violette, je...
Je n’ai pas le temps de finir ma phrase. La porte du magasin se referme derrière les talons de mon amie et un air givré s’engouffre en même temps qu’une odeur de fève tonka. Je relève la tête pour apercevoir mon premier client de ce dimanche matin. Si pendant une fraction de seconde, j’ai un infime espoir, je dois vite me rendre à l’évidence : cet homme qui vient d’entrer n’est ni Auguste, ni Devon. Et j’ai bien peur d’avoir terni une amitié certes récente, mais qui me tenait déjà très à cœur.
Dépitée, j’accueille mon client avec toute la courtoisie qui s’impose. Toutefois, pendant que je lui présente mes créations, j’ai l’esprit ailleurs. À Montmartre, plus précisément.
Tout au long de la matinée, tandis que les minutes et les heures s’égrènent les unes après les autres, je ressasse ce moment étrange passé en compagnie de Devon Francœur, alors que Paris s’éveillait sous une brume givrée.
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