25, faubourg des étoiles

Laetitia Arnould · Chapitre 17 sur 29

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25, faubourg des étoiles

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Chapitre 9 : Au coin du feu

(Bougie aux odeurs de cuir, bois fumé et aiguilles de pin) 

Violette n’attend même pas d’avoir franchi le seuil de mon logement qu’elle se met à babiller. Sa fatigue semble oubliée, balayée par une soudaine euphorie. Elle a les cheveux encore humides, les joues roses d’excitation et les yeux remplis d’étoiles. Si je comprends bien ce qu’elle essaye de me dire, Auguste lui a téléphoné pendant qu’elle se prélassait dans son bain et, visiblement, ce qu’il lui a dit l’a toute retournée. Elle a enfilé une tenue d’intérieur molletonnée et s’est précipitée chez moi.

― J’ai une 17 date ! J’ai une date, jubile-t-elle en sautillant sur place. Auguste m’a invitée à dîner, vendredi, dans un de ces restos des Grands Boulevards. Ah la la !

Elle ferme les paupières, se cache le visage derrière ses mains, puis éclate de rire. Sa nervosité est vraiment touchante.

― Je n’arrive pas encore à réaliser, fait-elle en tournoyant sur elle-même.

Lorsqu’elle s’immobilise enfin, je lui prends les mains. Elle est toute tremblante, agitée comme je ne l’ai encore jamais vue.

― Oh, Violette, je suis si contente pour toi.

Auguste et elle. Depuis l’autre soir, je sais avec une absolue certitude que ces deux-là sont faits l’un pour l’autre. Il y a des sourires, des échanges de regards, cette impression qu’ils évoluent dans un cocon de félicité qui n’appartient qu’à eux.

― Tu me racontes tout ça calmement ? lui proposé-je, en m’écartant pour la faire entrer.

Elle bat des mains, clame un « ouiiii » à me percer les tympans et se précipite sur le canapé. Là, elle se laisse tomber contre le dossier en velours et attrape mon coussin renard avant de le serrer fort contre elle. Interloqué, Sherwood accourt pour savoir ce qui met notre amie dans cet état. Il se met à tournoyer autour de sa queue et à faire le petit fou, comme s’il partageait la ferveur qui s’est emparée de mon amie.

― J’ai une date. J’ai une daaaate ! répète cette dernière. C’est génial, tu ne trouves pas ? 

― Je te l’accorde, mais vas-y doucement quand même avec les coussins, tu vas finir par étrangler un renard en tissu totalement inoffensif, dis-je sur le ton de l’humour mais d’une voix posée, histoire de tempérer l’agitation ambiante.

Violette baisse les yeux sur le renard aux yeux XXL, le câline encore puis le repose près d’elle. L’instant suivant, elle se redresse subitement, comme montée sur un ressort. Les yeux écarquillés, elle s’est figée entre le canapé, Sherwood et moi.

― Mais j’peux pas y aller avec mes fringues du bureau. Encore moins avec un coton ouaté ou d’ce genre d’atriquage ! s’exclame-t-elle. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir me mettre ?

Fébrile, elle désigne son sweater et son pantalon en molleton, un ensemble vestimentaire que je connais bien et dont j’approuve totalement l’existence pour passer de doux moments cosy. Informe, immettable pour un rendez-vous galant, je l’accorde, mais tellement confortable et indispensable. 

Je la considère quelques secondes.

― C’est sûr, il va te falloir une autre tenue que celle-ci, avoué-je en riant.

Violette pouffe puis se mordille les lèvres, embarrassée.

Je connais plus ou moins le contenu de son dressing et je comprends où ça coince. Pendant que je réfléchis à ce qui pourrait lui convenir, elle cale sa hanche contre mon canapé et se met à détailler le contenu de sa garde-robe – qui ne contient quasiment pas de robe.

― J’peux pas mettre un de ces tailleurs que je porte les jours de réunion au boulot. Ils sont sobres mais si tristes. J’peux pas non plus choisir une tenue entre mes chandails de laine, mes jupes et pantalons carreautés, pis mes bottines à grosse semelle. Il me faudrait une nouvelle robe ou un ensemble pour être chic and swell, pis peut-être des escarpins. Oh la la ! J’vais passer les nuits sur la corde à linge, à me retourner la tête pour savoir quoi m’mettre ! 

― Si ça veut dire que tu vas passer des nuits blanches, je te propose tout de suite mon aide, OK ? Comme ça, tu n’auras pas à te torturer l’esprit jusqu’à vendredi.

― Tu saurais m’aider ?

― Je suis peut-être vêtue comme un sac la plupart du temps, j’ai pourtant eu ma période de lectrice de magazines de mode et je connais des astuces pour avoir une tenue qui en jette. Si tu veux, on peut discuter de ce qui te conviendrait avant que tu ne programmes une petite virée shopping. Ça te dit ?