25, faubourg des étoiles

Laetitia Arnould · Chapitre 2 sur 29

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25, faubourg des étoiles

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― Tu as opté pour une vitrine de Noël, en fin de compte ?

― On dirait bien, oui. Après tout, nous sommes à l’aube de la période de l’avent et les autres boutiques brillent déjà de mille feux. Si je perds plus de temps, je vais faire comme à Halloween. Autrement dit, je vais imaginer, commencer à décorer, ne pas me sentir prête et tout remballer. En gardant un tel rythme, je crois que j’ouvrirai le magasin pour Pâques.

Violette secoue l’index.

― Ah non, avec c’te décor-là, t’as plus le droit de tchoker !

Comme je hausse un sourcil interrogateur, elle précise :

― De te défiler, si tu préfères...

Je ris.

― Ne t’inquiète pas. Je suis peut-être morte de trouille, mais je suis bien décidée à ouvrir pour de bon. Et pas plus tard que ce matin !

Mon amie bat des mains.

― Chu 1 full contente de l’entendre !

― Et moi je suis aussi excitée que tétanisée. Dis, tu peux tenir ça comme ça ? 

Au comble de l’agitation, Violette se hisse sur une chaise en bois et je lui tends une extrémité de la guirlande. À l’autre bout de la vitrine, je remonte sur mon tabouret branlant, en priant pour qu’il tienne encore le coup quelque temps.

Deux minutes plus tard, la décoration récalcitrante est enfin fixée. Violette et moi sortons immédiatement pour lever le rideau métallique et juger de l’effet de la vitrine, vue de l’extérieur.

Le vent s’engouffre dans la boutique en déplaçant quelques feuilles jaunies abandonnées sur le bitume par un buisson isolé sur une terrasse de café. Saisie par le froid, je pense brièvement à la maison périgourdine de mes parents et aux milliers de feuilles qui virevoltent derrière les fenêtres, à cette époque de l’année. Même si je fais tout pour me convaincre que j’ai fait le bon choix en venant ici, j’ai un petit pincement au cœur à l’idée de ne pas être en Dordogne pour les fêtes. D’un autre côté, rester là-bas serait revenu à passer Noël seule, une fois de plus. Mes parents sont en voyage, je n’ai pas de frères et sœurs, et il y a belle lurette que mes amis d’enfance sont partis aux quatre coins du monde, espaçant de plus en plus les retrouvailles comme les simples appels téléphoniques. Les contacts se perdent, les souvenirs restent. 

― Sti qu’c’est beau !

Cette exclamation me fait reprendre mes esprits et je me tourne vers mon amie. Violette a repris son juron favori : « sti », ou « osti », dont les Québécois usent à tout va, si j’en crois les explications qu’elle m’a fournies à ce sujet. 

― Avril ! claironne-t-elle. C’est superbe ! 

― Vraiment ?

Bien campée sur le trottoir, bras croisés, Violette me gratifie d’un clin d’œil en ouvrant grand la bouche, d’un air plus comique que malicieux.

― Dis tout de suite que c’est mon genre de boulshitter ? me lance-t-elle avec un faux air de défi qui me fait pouffer de rire. 

― De boulchi-quoi ? 

― De boulshitter : de raconter des cracks, des conneries, quoi ! 

― Ah je vois, je vois… Alors non, je ne pense pas que ce soit ton genre.

Une fois de plus, mon amie fait claquer son chewing-gum, dont l’odeur épicée, si particulière, est perceptible même en pleine rue, entre les effluves de cuisine du café-restaurant d’à côté et ceux, âcres, des pots d’échappement.

― Tu verras que chu la fille la plus franche du monde, ponctue-t-elle en posant ses poings sur ses hanches.

Je l’observe à la dérobée.

― Alors tu dénotes avec mes certaines de mes anciennes fréquentations, et honnêtement, je te fais un vrai compliment. 

Ses lèvres esquissent un sourire modeste, elle parodie une révérence et nous éclatons de rire.

Lorsque je reporte mon attention sur la devanture, un long soupir de satisfaction m’échappe et un sentiment de fierté enfle dans ma poitrine. Violette a raison. Le Faubourg des Étoiles a des allures de conte de Noël nordique et on s’attendrait presque à en voir sortir une équipe de lutins enjoués. J’ai peut-être mis longtemps à trouver l’ambiance que je voulais pour cette vitrine qui perdurera jusqu’à début janvier, mais mon attachement à cette période de l’année a fini par bien m’inspirer. 

Je lève les yeux sur l’enseigne et observe le nom du magasin, subtilement délié dans une typographie au charme rétro. Si j’ignore pourquoi ma grand-tante a choisi ce nom pour sa boutique, je ne veux surtout pas en changer. Jamais. Il est si poétique ! Et les étoiles me font rêver depuis que je suis petite fille.