25, faubourg des étoiles
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Violette se redresse et joint les mains.
― Tu me sauverais, ma chouette ! J’ai absolument besoin de tes conseils. Quoi que tu portes, même des trucs tout simples, t’es toujours un vrai pétard.
J’éclate de rire, car « pétard », dans le jargon de Violette, ça veut dire « canon ».
― Pas besoin de me flatter, je te donnerai un coup de main.
― Flatter ? Pas du tout !
Nous éclatons de rire.
― Promis, conclus-je. On va trouver ce qu’il te faut pour que tu sois la plus belle pour aller danser.
L’euphorie de mon amie se tasse légèrement et elle semble ne plus tenir en place.
― J’travaille pas demain, réfléchit-elle à haute voix. C’est mon jour de
repos. J’pourrai magasiner 18 !
― Ça tombe bien. Par contre, ce sera compliqué pour moi de t’accompagner car je dois tenir la boutique. Si je ne peux pas me permettre de fermer à l’approche des fêtes, il n’y a pas foule non plus et j’aurai pas mal de temps à t’accorder pour papoter mode et chiffons.
Violette hoche vigoureusement la tête, puis se rembrunit.
― Je suis désolée que ça ne marche pas mieux au magasin, dit-elle en m’adressant un sourire contrit. Tu fais vraiment du super boulot et tu mérites que ça paye.
Je hausse les épaules en repensant à la proposition que j’ai faite à Devon moins d’une demi-heure plus tôt, mais qu’il a poliment refusée pour ne pas « m’embarrasser ». Des flyers ou une promotion en ligne auraient été d’un grand secours pour le Faubourg des Étoiles, j’en suis certaine. Mais même si je sais créer, j’ignore comment promouvoir efficacement. Je ne suis pas familière de ces choses-là et payer quelqu’un pour m’aider n’est toujours pas dans mes moyens.
― Bah… Il faut bien démarrer, statué-je après un court instant de réflexion. Noël n’est pas encore passé, on peut toujours garder espoir !
Violette soupire et s’installe plus confortablement sur le plus grand de mes deux sofas. Bras tendus, l’expression rêveuse, elle appuie son avant-bras sur son front et soupire.
― Parfois, j’me dis que je déteste les lois du commerce et de la publicité, déclare-t-elle. Les gens sont comme des moutons. Ils n’achètent que ce qui marche déjà bien, ou ce qui est tout nouveau et surtout hyper bien médiatisé. Ils n’aiment plus l’aventure, ne cherchent plus à découvrir des pépites authentiques. Je ne comprends vraiment pas ce manque d’affluence dans ta boutique. Ça me dépasse !
Je viens m’asseoir à côté d’elle.
― Tu sais, Violette, j’ai bien pensé à faire de la pub sur les réseaux sociaux, mais je ne sais pas comment m’y prendre.
Elle baisse son bras et se redresse.
― Je veux bien t’aider à créer un compte, mais je ne te serai guère utile comme community manager, mon travail me prend déjà tellement de temps ! Par contre, je peux t’apprendre. Tu pourrais t’en servir comme d’une vitrine virtuelle pour présenter ce que tu fais.
― Pourquoi pas. Oui, ce doit être une bonne idée. Mais je suis totalement novice.
Violette m’adresse un clin d’œil.
― T’inquiète ma chouette, ça s’apprend vite.
Elle se redresse et la conversation dévie à nouveau vers Auguste et la soirée de vendredi. Tout le temps de notre échange, mon cœur bat à tout rompre. Bien sûr, je partage la joie de mon amie, mais ce n’est pas la raison de mon chambardement intérieur. En fait, je n’arrive pas à me détendre et je suis dans l’expectative. De quoi, je l’ignore encore, mais j’ai l’impression de bouillonner intérieurement.
Lorsque Violette a fini de répéter mot pour mot la conversation téléphonique qu’elle a eue avec Auguste, elle me contemple un moment, puis penche la tête sur un côté.
― Et toi, dis-moi, quoi de neuf avec Devon ?
J’ouvre grand les yeux.
― Avec Devon ?
Je laisse échapper un rire nerveux.
― Dans le genre oxymore, tu ne peux pas mieux faire ! Voilà deux mots totalement incompatibles qui ne devraient jamais coexister dans une même phrase, si tu veux mon avis.