Annika

Nora Roberts · Chapitre 2 sur 22

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Annika

Prologue

D’une génération à l’autre, l’histoire s’était transmise, jusqu’à ce que les premiers temps se confondent avec les mythes et les légendes. Pour certains, ces légendes n’étaient porteuses que de réconfort. Pour d’autres, cependant, il s’agissait de faits réels.

Ils savaient qu’en un autre temps, au sein d’un royaume aussi ancien que la mer elle-même, trois déesses avaient créé des étoiles afin de célébrer l’avènement d’une nouvelle reine. Un astre de feu, un astre d’eau et un dernier de glace destinés à briller sur l’ensemble des mondes qu’elles avaient forgés, et que leurs vœux de force d’âme, d’esprit et de courage avaient illuminés.

Ces trois déesses de la lune veillaient sur les différents mondes, gardant l’œil sur dieux, demi-dieux et mortels. Bien qu’issues de la lumière, elles comprenaient la guerre et la mort, le sang et le combat.

Une autre déesse appartenait, elle, au domaine des ténèbres. Sa soif de pouvoir insatiable avait noirci son cœur. Nerezza, mère de tous les mensonges, maudissait les étoiles tout en les convoitant ardemment. Lors de leur création, elle avait propulsé sa puissance destructrice vers les astres qui montaient dans les cieux : un jour, du fait de sa malédiction, les étoiles tomberaient de la courbe argentée où elles évoluaient autour de la lune.

Lorsque Nerezza les posséderait toutes les trois, elle détiendrait leur pouvoir et la lune succomberait. Alors, la lumière s’éteindrait, et la sombre déesse régnerait sur des mondes de ténèbres.

Aussitôt, les déesses de la lune, Séléné la voyante, Luna la bonté et Arianrhod la guerrière, fusionnèrent leurs magyes pour protéger les astres qu’elles avaient créés.

Un tel objectif exigeait au demeurant des sacrifices, du courage et un espoir sans cesse renouvelé.

Les étoiles tomberaient, elles ne pouvaient changer cette réalité. Mais elles firent en sorte que leur chute demeure secrète et que les astres soient dissimulés dans un autre univers, jusqu’au moment où des humains s’uniraient pour les mettre en sécurité.

Six gardiens risqueraient tout pour les empêcher de tomber entre les mains maléfiques de Nerezza. Pour sauver la lumière et les mondes qui en dépendaient, ils se consacreraient de tout leur être à ce combat.

Les six humains, venus de terres lointaines, s’étaient réunis, avaient tissé leurs liens, leurs loyautés, et versé leur sang pour trouver la première étoile. Les déesses se consultaient de nouveau.

Sur la plage de sable blanc où elles avaient créé leurs dons dans la joie et l’espoir, elles se retrouvèrent sous une lune pleine, d’une blancheur de glace dans le ciel noir.

— Ils ont terrassé Nerezza, commença Luna en prenant la main de ses deux sœurs. Ils ont trouvé l’Étoile de Feu et l’ont placée hors de sa portée.

— Ils l’ont dissimulée, la corrigea Arianrhod. Et de façon avisée, mais tant que les étoiles n’auront pas retrouvé leur foyer, elles resteront accessibles à Nerezza.

— Ils l’ont vaincue, insista Luna.

— Pour l’instant, certes. Ils ont vaillamment lutté et tout risqué pour cette quête. Néanmoins…

Arianrhod jeta un regard vers Séléné, qui hocha la tête.

— Je vois encore du sang, des batailles et de la peur. Des conflits et les ténèbres à affronter ; une douleur terrible et une mort atroce pourraient survenir en une fraction de seconde et durer pour l’éternité.

— Ils ne céderont pas, affirma Luna.

— Ils ont prouvé leur courage, et le courage est plus sincère lorsqu’il est sous-tendu par la peur. Je ne doute pas d’eux, ma sœur. (Arianrhod observa la lune et l’endroit où, pendant si longtemps, les trois étoiles avaient scintillé.) Mais je ne doute pas non plus de l’avidité de Nerezza, ni de sa fureur. Elle va les pourchasser encore et encore.

— Elle engagera un mortel, ajouta Séléné, qui contempla la surface noire de la mer, où elle discernait les ombres des futurs possibles. Un homme dont la cupidité égale la sienne. Il a déjà tué pour des enjeux bien moins importants que les Étoiles de la Fortune, et il est prêt à recommencer. Il représente le poison dans le vin, la lame dans une main offerte, les mâchoires prêtes à se refermer derrière la façade d’un sourire. Entre les mains de Nerezza, c’est une arme, rapide et intéressante.

— Nous devons les aider, plaida Luna. Nous devons obtenir ce droit. Ils ont fait leurs preuves, nous sommes d’accord sur ce point.

— Tu sais bien que c’est impossible, lui rappela Séléné. Chaque choix doit être opéré sans notre intervention. Nous avons fait tout ce que nous pouvions.

— Aglaé n’est pas leur reine.

— Sans elle, sans cet endroit, sans la lune et ceux qui l’honorent, leur monde disparaîtrait. Leur destin, comme le nôtre et celui de tous, réside entre leurs mains.

— Ils viennent de nous, martela Arianrhod avec une pression réconfortante sur la main de Luna. Ils ne sont pas de simples mortels. Chacun possède son don propre, et ils sont prêts à se battre.

— Et ils vont réfléchir, ressentir, ce qui revêt autant d’importance que le combat, soupira Séléné. Et ils aimeront. L’esprit, le cœur, la ténacité, joueront tout autant que les épées, les crocs, et même la magye. Ils sont bien équipés.

— Alors ayons confiance. (Entourée de ses sœurs, Luna leva à son tour la tête.) Que notre confiance soit notre bouclier. Tout comme nous sommes gardiennes des mondes, ils sont gardiens des étoiles. Ils représentent l’espoir.

— Et la bravoure, compléta Arianrhod.

— Et l’astuce. Voilà, fit Séléné avec un sourire, avant de désigner le tourbillon de couleurs qui filait dans le ciel. Ils passent à côté de nous, à travers notre monde, pour se diriger vers le suivant. Vers une autre terre, vers la deuxième étoile.

— Et tous les dieux de la lumière les accompagnent, murmura Luna, qui envoya la sienne.

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