Foutue Saint-Valentin !

Les Auteurs Sang Coeur · Chapitre 16 sur 48

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Foutue Saint-Valentin !

Chapitre 2.

Tous les jours, c’est le même rituel. Stan règle son réveil à sept heures, prend une douche rapide, s’habille et rend visite à sa mère dans sa chambre au rez-de-chaussée. Il lui prépare son petit-déjeuner : tisane, biscottes pour elle, café noir et pain beurré pour lui. De temps en temps, il leur sert un verre de jus d’orange, mais sa mère le digère mal. Ensuite, Mme Fleury, l’infirmière, arrive pour effectuer les premiers soins. De son côté, il retourne dans sa chambre à l’étage et allume son ordinateur. Il bosse jusqu’à midi avant de concocter un repas frugal, toujours pour sa mère et lui. Ils déjeunent ensemble. Parfois, Stan s’accorde une petite sieste, cela dépend de son sommeil de la nuit passée. Lorsqu’il a trop de travail, il enchaîne, il ne compte pas ses heures. Il aime la qualité. Il ne veut surtout pas perdre son emploi, c’est une aubaine de pouvoir exercer à domicile, surtout pour un type comme lui, pour ses projets. Le soir, il accueille de nouveau l’infirmière et la laisse s’occuper de sa mère, s’absentant en toute quiétude. Il passe quelques heures avec la femme de sa vie avant de rentrer bien sagement près du giron maternel. Si sa mère se doute de quelque chose, elle a la délicatesse de ne rien lui dire, ce serait gênant. Ces moments n’appartiennent qu’à lui.

Sa pauvre maman ne peut plus travailler depuis la découverte de sa myopathie. Elle était auparavant bibliothécaire. Dans son malheur, elle a encore la possibilité de s’évader grâce à la lecture et Stan n’oublie jamais de lui rapporter les dernières nouveautés, les rares fois où il se rend au centre commercial. Sa mère est atteinte d’une saloperie de maladie chronique qui a commencé par de simples douleurs musculaires aux bras. Puis aux jambes, puis partout.

Comme par hasard, les premiers symptômes se sont déclenchés lorsque son père les a quittés. Il avait douze ans. Pile l’âge où il aurait justement eu besoin d’une image paternelle digne de ce nom. Mais non. Son géniteur s’est fait la malle avec une jeunette de vingt ans de moins que lui. Un pur cliché et surtout une réelle souffrance pour la mère et le fils qui se sont raccrochés l’un à l’autre.

Depuis l’année dernière, l’état de celle qui l’a mis au monde s’est à tel point dégradé qu’elle doit passer ses journées alitée. Elle reçoit les visites quotidiennes de Mme Fleury, et ce, matin et soir. Elle lui prodigue des massages et lorsque la douleur devient insupportable, elle lui injecte des corticoïdes. En théorie, elle ne doit le faire qu’une fois par mois au maximum, mais en réalité, elle lui en inocule davantage. C’est pour rendre service à tout le monde. Qui cela regarde, après tout ? Personne. C’est la souffrance de sa mère. La sienne aussi. Alors, étant donné que le médecin de famille a autre chose à faire que de modifier un traitement pour le moins inadapté à une vieille femme malade, Mme Fleury peut bien passer outre son avis. Tous trois se rendent compte des bienfaits du médicament sur son calvaire. Quant aux effets secondaires, ma foi, Stan se dit qu’elle n’a plus longtemps à vivre, donc, pour ce que ça change… Autant la soulager dans ses derniers instants. Et profiter d’elle jusqu’à son ultime souffle de vie.

Dans son allégresse, Stan s’inquiète aujourd’hui. Il craint que sa mère ne remarque quelque chose. Il a toujours eu du mal à lui mentir. Une mère sait tout, n’est-ce pas ? Comme la fois où elle l’a surpris en train de se masturber en observant sa cousine sous la douche. Il avait treize ans. Il a prétexté des démangeaisons à l’entrejambe, mais elle n’était pas dupe. Par devoir de bienséance, elle n’en a jamais reparlé, mais le mal était fait. Stan s’est senti humilié, une fois de plus. Et venant de sa mère, cette fois ! Alors, pour lui faire oublier cette malencontreuse scène, il travaille son image de jeune homme comme il faut. Il pense que cela fonctionne. Elle ne lui adresse aucune remarque, peut-être qu’elle n’ose pas. Ou tout simplement ne souhaite-t-elle pas gâcher leur complicité ?

Ce soir, Stan s’apprête à modifier ses habitudes. Il a envie de cuisiner pour sa belle. Il a compulsé les sites spécialisés sur le net, emprunté quelques bouquins à la bibliothèque. Ce n’était pas une brillante idée puisqu’il a dû se farcir les commentaires faussement bienveillants des anciennes collègues de sa mère.

— Oh, comment va cette chère Jeanine ? Ça fait combien de temps déjà ?

— On va l’appeler, mais là, on n’a pas eu une minute à nous, tu comprends, mon petit Stan !

— Transmets-lui nos amitiés !

Selon Stan, si ces laiderons s’inquiétaient réellement de l’état de sa mère, elles auraient a minima pris leur téléphone avec leurs doigts boudinés et demandé de ses nouvelles en direct. L’une d’entre elles aurait même pu faire le déplacement jusqu’à la maison, la bibliothèque ne se trouvant qu’à huit cents mètres de chez eux. Mais non. Au lieu de ça, ces greluches préfèrent ignorer la réalité, cette maladie qui les dérange et les renvoie à leur propre décrépitude. Cependant, en le voyant, elles se sont senties obligées de simuler une fausse compassion. Pitoyable, méprisable.

Stan ne regrette néanmoins pas de s’être tapé leur baratin, car c’est dans l’un de ces livres qu’il a déniché la recette du plat pour son dîner en amoureux : un carré de veau à la moutarde et au miel. Ils vont se régaler ! Cela changera de leurs sempiternels sandwiches pris sur le pouce. Stan a la boule au ventre en imaginant la réaction de sa chérie. Il croise les doigts pour que celle-ci soit à la hauteur de ses espérances, sinon il risque d’être très, mais alors très déçu. Ce serait dommage.

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