Foutue Saint-Valentin !

Les Auteurs Sang Coeur · Chapitre 44 sur 48

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Foutue Saint-Valentin !

Chapitre 4

Au secours, aidez-moi, Seigneur, le diable ou qui que vous soyez !

J’appelle de manière désespérée celle des entités qui serait à même de m’aider à choisir la tenue idéale pour ce soir ! Avec les examens blancs de cette semaine, je n’ai pas eu le temps d’aller faire les boutiques, c’est bien ma veine. Et je me retrouve samedi, à deux heures de la soirée, sans savoir comment me saper ! Pourquoi n’ai-je pas anticipé ? C’est bien moi, ça : stresser, puis foirer la chance de ma vie. Bien sûr, j’aurais pu demander à

Lana de m’accompagner au 26 Grand Arcadeaujourd’hui, mais je n’ai pas eu le courage d’affronter sa réaction. Je l’imagine déjà me faire la morale, rongée par la jalousie de ne pas avoir été choisie, elle ! J’ai pu esquiver son regard inquisiteur, parce qu’elle n’est revenue qu’hier en cours ; visiblement, elle avait chopé un sale virus qui l’a clouée au lit pendant trois jours. Moi, je touche du bois, je pète la forme. En tant que fidèle amie qui se respecte, je lui ai refilé mes notes, mais n’ai rien dévoilé à propos de mon hypothétique recrutement chez les Primrose ! Et comme l’appartenance est supposée rester secrète, ce n’est pas entièrement un mensonge, si ? Non, ce n’en est pas un, j’ai décidé.

— Ça va, ma chérie ? Alors, tu sais comment tu t’habilles ?

Ma mère fait irruption dans ma chambre au beau milieu de mes ruminations. Je lui ai raconté mes aventures, en passant rapidement sur ce goujat de Max afin de ne pas l’inquiéter. Je me suis focalisée sur l’invitation à venir et la possibilité d’intégrer une des sororités les plus en vue sur le campus. Ça a fait sa journée, voire sa semaine ! C’est presque comme si c’était elle qui avait été conviée !

— Bof, je réponds d’un air maussade. Pourquoi me suis-je plongée dans le droit pénal, ce matin ? Je regrette de ne pas avoir fait un tour chez Miss

Selfridge 27 à la place ! Regarde mes fringues, c’est à pleurer, je ne sais pas quoi mettre !

Sincèrement, je me dis que mes automatismes de bonne élève me perdront.

Au lieu de compatir, ma chère mère esquisse un sourire à peine dissimulé, puis s’éclipse de la pièce. Je rêve ou elle se moque de moi ? En fait, non, elle ne se moque pas, elle me snobe ! C’est bien ma veine, moi qui pensais pouvoir compter sur celle qui m’a mise au monde, je suis... bluffée. Cette dissimulatrice revient vers moi avec un sac estampillé de la marque que je viens de citer !

— Je te connais par cœur, ma chérie, alors j’ai pris les devants et me suis permis de te choisir une tenue pour ce soir. Je connais ta taille, mais aussi la mode… J’espère que mon cadeau te plaira ! Tu vas briller ce soir, Cait’ !

Émue jusqu’aux larmes, j’ouvre le sac et en sors une sublime robe noire à bretelles, rehaussée de paillettes rouges autour de la taille. Elle est divine ! Je remercie chaleureusement ma mère et me dépêche d’essayer cette beauté. Elle me va comme un gant, mais, peu habituée à porter ce genre de chose, je me sens mise à nue. Je ne sais pas si je pourrai assumer cette tenue, ça contraste à mort avec mes jeans et mes gilets informes ! Ma mère suggère de me prêter sa veste noire, que je pourrai enlever par la suite. Sans oublier un vrai manteau, cette fois, on se gèle. Je tourne sur moi-même, ravie du résultat. Je suis classe, féminine sans être vulgaire, c’est parfait ! Par chance, j’ai une paire d’escarpins noirs que je garde pour les grandes occasions et celle-ci en est une !

— Si avec ça ton Tom ne craque pas, c’est qu’il s’agit du roi des cons ! me lance joyeusement ma mère qui vient de rajeunir de quinze ans d’un coup.

Je prends encore quelques instants pour me coiffer et me maquiller, sans trop en faire, sinon, ce ne serait pas moi. Un subtil trait d’eye-liner, du mascara, un léger coup de blush et une touche de brillant à lèvres feront l’affaire. Je brosse mes cheveux blonds et vaporise un peu de shampooing sec pour leur redonner du volume. Je les laisse cascader sur mes épaules, pour un look plus naturel. Dernier détail : une paire de boucles d’oreilles pour parfaire le tout. Là encore, ma mère me prête les siennes à breloques en strass noir. J’ai l’impression d’être devenue une nouvelle Caitleen : de brouillon, je me suis transformée en la meilleure version de moi-même. J’espère que Tom Reynolds va réaliser que l’on est faits l’un pour l’autre ! Je m’emballe, mais j’ai trop peur d’être déçue. Je vais tâcher de rester

concentrée sur le réel objectif de la soirée : 28 to be or not to be a Prim’s?

Chacun ses questions existentielles.

L’heure tournant, ma mère me rappelle gentiment qu’il est temps de partir. J’élimine l’idée de prendre le bus pour me rendre à la fac ce soir, elle me commande un taxi. La fête a en effet lieu dans l’un des bâtiments de

Peterhouse29, privatisé pour l’occasion. Je n’y ai jamais mis les pieds, seule l’élite a ce droit et par élite, j’entends les Prim’s.

— Caitleen ! Ton taxi est arrivé ! hurle ma mère depuis le salon.

Un dernier coup d’œil dans le miroir et je m’extirpe du confort douillet de ma chambre d’ado pour affronter la vraie vie. Ma vraie vie. Je ressens une énorme dose d’appréhension et j’ai la gorge nouée, mas je me dis que c’est pour la bonne cause. J’espère juste que cette soirée sera à la hauteur de mes espérances.

 

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