Foutue Saint-Valentin !

Les Auteurs Sang Coeur · Chapitre 18 sur 48

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Foutue Saint-Valentin !

Chapitre 4

La sonnerie extérieure retentit et fait sursauter Stan, concentré sur sa présentation culinaire. Il bougonne, jette un coup d’œil à sa montre et en déduit qu’il s’agit forcément de Mme Fleury. Avec cette histoire de repas, il avait complètement oublié sa venue ! C’est bien la première fois que ça lui arrive ! Comme quoi, l’amour vous fait vraiment perdre tout repère. Il s’essuie à la hâte les mains sur un torchon, se dirige vers la porte d’entrée et ouvre à l’infirmière dévouée.

— Bonsoir, Stan, je m’excuse, je suis légèrement en retard, mais c’est mon mari. Figure-toi qu’il m’a préparé une surprise pour la Saint-Valentin, je ne m’y attendais pas ! C’est la première fois en vingt-cinq ans de mariage ! J’ignore ce qui lui a pris ! En fait, il a…

— Bonsoir. Cela n’a aucune importance, interrompt assez brutalement le jeune homme, peu enclin à entendre le récit de cette femme.

Il lui est reconnaissant de s’occuper de sa mère, certes, mais il n’a aucune envie de savoir comment son époux et elle vont passer la Saint-Valentin. C’est la sienne qui compte, la vie des autres lui est indifférente. De plus, la vision de Mme Fleury engoncée dans sa robe du soir sous cette blouse d’infirmière lui file limite la nausée. Sans parler de ce maquillage de drag queen dont elle s’est affublée. Il se demande ce que son mari peut trouver comme charme à la pauvre femme. Mais peut-être qu’après vingt-cinq ans de mariage, on ne se rend plus compte de l’état dégradé de l’autre, songe-t-il, dubitatif.

Stan laisse passer l’infirmière devant lui et ferme les yeux à la vue de son postérieur rebondi et moulé dans une robe rouge à paillettes. Mme Fleury s’aperçoit du désintérêt du jeune homme pour ses péripéties conjugales et compte bien se rattraper avec sa patiente qu’elle espère plus encline à l’écouter.

Une fois rendue à son chevet, l’infirmière se remet à raconter sa vie, comme si elle n’était venue que pour ça. Secouant la tête avec agacement, Stan prie pour qu’elle ne s’attarde pas et qu’elle file vite rejoindre pépère comme la gentille épouse qu’elle semble être. Il en profite pour s’éclipser, se changer dans sa chambre, non sans avoir vérifié la cuisson du carré de veau. Il ne manquerait plus qu’il fasse brûler le tout ! Non, impossible, il est trop concentré à rendre cette soirée parfaite.

Une fois devant sa penderie, il sort les quelques chemises qui attendent patiemment sur les cintres qu’une occasion comme celle-ci se présente. Son choix se porte rapidement sur un modèle noir en satin qui lui donnera un côté très chic. Sa mère la lui avait offerte il y a quelques années, mais Stan ne voyait pas de raison de s’affubler d’une chemise si fantaisiste. Même pour son fameux séminaire, il n’avait pas osé la revêtir et s’était contenté d’un polo bleu marine et d’un jean. D’autres avaient fait péter le costard, ce qui le rendait encore plus minable en comparaison. Mais c’est terminé tout ça ! Les humiliations, la honte, les regards moqueurs ! À présent, il sort avec une femme merveilleuse et se prépare à passer une soirée magique en sa compagnie.

Stan s’habille, vérifie son reflet dans le miroir de sa penderie, se passe négligemment la main dans les cheveux comme il a vu d’autres le faire. Se sentant ridicule, il ricane, rassuré d’être le seul à contempler ce spectacle grotesque. Il sait qu’il n’a rien d’un beau gosse, même s’il est affublé d’une bombe sexuelle. Ça ne le rend pas plus beau, lui. Ça a toutefois le mérite de le rendre plus heureux et c’est tout ce qui compte.

Il redescend l’escalier et s’arrête au bout de quelques marches. Des éclats de rire. Mme Fleury est encore là ! Et sa mère et elle semblent bien s’amuser, à les entendre glousser comme des pintades. Cela contrarie Stan qui n’a pas envie de manger froid, ou que Mélissa trouve la viande trop cuite. Il reprend sa progression vers le rez-de-chaussée en toute discrétion. Il se demande ce qui rend sa maman si joyeuse. Seulement, lorsqu’il parvient devant la porte de sa chambre, restée entrouverte, il constate un changement de ton entre les deux femmes. Il doit tendre l’oreille pour capter des bribes de phrases.

— ... incroyable ! … disparue ... !

— Oui (…) une (...) fille !

— … vous savez (...) moche (...) de vivre !

— … pensez (…) morte ?

— (…) vous ?

— (…) ça arrive (…) fugue (...)

— (…) non (…) petit ami (...) heureuse (…) raison (…)

— (…) déjà (…).

Stan n’aime pas ça. Pas du tout. Pourquoi sa mère et cette grosse vache en sont venues à parler de cette histoire ? Bien sûr, c’est évident ! La date anniversaire. Ils doivent l’évoquer aux infos. Inutile de paniquer, il n’est pas visé, ce n’est pas son problème. Il décide cependant d’interrompre les deux femmes ; après tout, Mme Fleury a rendez-vous avec son mari, alors qu’elle dégage, bon sang ! Il se racle la gorge, toque brièvement avant d’entrer.

— Stan ! Waouh, tu es très élégant, dis-moi ! s’extasie l’infirmière en rassemblant son matériel.

Stan se contente d’esquisser une sorte de demi-sourire crispé tout en se dandinant d’un pied sur l’autre pour se donner une contenance. Il n’avait pas prévu de se montrer ainsi habillé à sa mère et encore moins à cette pipelette. Sa maman lui sourit fièrement. Elle répond à sa place sans lâcher son regard.

— Il a rendez-vous avec sa fiancée.

Au fond de lui, Stan vient de comprendre quelque chose. Sa mère sait tout.

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