Foutue Saint-Valentin !

Les Auteurs Sang Coeur · Chapitre 1 sur 48

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Foutue Saint-Valentin !

Chapitre 1

Un soir ordinaire

Il est déjà plus de vingt-deux heures quand je passe le pas de la porte de l’appartement. À peine le seuil de l’entrée franchi, je m’effondre sur le petit canapé en cuir. Épuisée et à bout de souffle après ces quatre étages sans ascenseur, je dois trouver le courage de me rendre dans la salle d’eau pour prendre une bonne douche bouillante avant d’aller me coucher. Pourtant, je sais que je vais m’endormir sur ces coussins usés par les années. Peut-être me réveillerai-je dans la nuit. J’en profiterai dans ce cas pour rejoindre mon lit. Mes yeux se ferment et je sens ma respiration adopter un rythme lent et profond.

— Ah, enfin tu as décidé de rentrer ! C’est pas trop tôt, râle une voix soprano. La prochaine fois, sois plus discrète.

L’exaspération dans la voie de Célia me percute comme une boule de bowling. Je sais qu’elle ne me reproche pas l’heure à laquelle je viens de rentrer, mais plutôt le fait que je vis uniquement pour mon travail. C’est vrai, si j’étais dans le même état en justifiant d’une soirée, elle sauterait de joie et ouvrirait une bouteille de champagne. Mais à sa plus grande déception, ce n’est pas dans mes projets à court ou moyen terme.

Célia vire mes jambes du canapé afin de prendre place à mes côtés, une tasse de thé dans les mains. Étrange, je n’ai pas entendu la bouilloire. Contorsionnée contre mon gré, je me réinstalle et viens poser ma tête sur son épaule, mon endroit préféré depuis que j’ai vu le jour. À nous observer, on ne peut pas deviner notre lien de fraternité. Il faut dire que nous sommes diamétralement opposées. Notre date de naissance est la seule chose que nous partageons. Silhouette sportive avec les bons atouts féminins, la nature a été généreuse avec elle. Son teint hâlé donne l’impression d’une origine méditerranéenne alors qu’elle a horreur de la chaleur. Mon contraire puisque je ne rêve que de soleil, d’une année qui soit un été interminable, même si avec ma peau ivoire, je suis obligée de me badigeonner de crème indice 50+ pour éviter de cramer comme une crevette. Quoique, l’image d’une tomate doit mieux me correspondre devant mon quarante-quatre.

Perdue dans mes comparaisons, je ne remarque pas tout de suite le regard fouineur de ma sœur. Ses yeux bleus tentent de fouiller mon esprit. Je la laisse faire le temps de mettre la main sur un programme intéressant à la télévision. Après tout, je n’ai rien à lui cacher. Elle connaît par cœur chaque recoin de mon jardin secret.

— Alors, tu trouves ? lui lancé-je après quelques minutes.

— Non, et c’est pas normal.

— Un conseil, dépêche-toi avant que ton thé devienne glacé.

Son rire communicatif entraîne le mien et nous nous retrouvons à travailler nos abdominaux sur ce bon vieux canapé. Je profite de ce court moment où mon corps a regagné de l’énergie pour le traîner jusqu’à la douche. Me déshabiller me semble être une étape d’une complexité extraordinaire. L’eau chaude ruisselle sur ma peau, permettant à mes muscles endoloris de se détendre. Je devrais peut-être suivre un jour Célia à un des cours de yoga qu’elle prend le week-end. Je pèse le pour et le contre tandis qu’une tornade ouvre la porte si violemment qu’un énorme courant d’air froid s’engouffre dans la petite pièce. Mon corps se glace sur-le-champ.

— Célia, il gèle ! Fais attention, nom de Dieu ! hurlé-je.

— En même temps, on est en hiver et tu t’obstines à ne pas mettre de chauffage, réplique-t-elle du tac au tac.

— Et si tu décidais enfin de trouver un travail, un vrai, nous ne serions pas obligées de vivre sur mon misérable salaire d’infirmière.

Mon énervement a eu raison de moi et je sors de la douche. J’enfile ma combinaison-pyjama tant bien que mal dans ce trois mètres carrés avec Célia dans l’embrasure de la porte.

— S’il te plaît, ne te plains pas, tu touches presque deux mille euros.

— Et l’appartement minable dans lequel nous résidons nous coûte presque la moitié de ce que je gagne.

S’il y a bien une chose que j’ai toujours reprochée à Célia, c’est son manque de compréhension envers l’argent. Elle ne connaît pas la valeur d’un salaire ni le travail que cela implique pour l’avoir. Il faut dire que nos parents lui offraient tout parce qu’elle allait être la prochaine Surya

Bonaly1.

— Dans ce cas, pourquoi on ne part pas ? me demande-t-elle comme si c’était l’idée du siècle.

— Oh je sais, peut-être parce que c’est toi qui as voulu venir à Paris et que c’était l’appartement avec le meilleur rapport qualité-prix.

Je me glisse dans le lit que nous partageons pour mettre fin à cette conversation sans fin. Mais ça, c’est sans compter sur l’obstination de ma sœur. Elle s’installe à mes côtés et me lance :

— Tu as prévu quelque chose pour le 14 ?

— Non, réponds-je sèchement.

— Mais pourquoi, Sarah ? Ça te ferait du bien de sortir un peu.

Je me tourne vers elle afin de lui faire face.

— La Saint-Valentin n’est rien d’autre qu’une fête commerciale et il est hors de question que j’y participe. En plus, c’est soi-disant pour célébrer l’amour. Tu veux un scoop ? C’est tous les jours que ça doit se fêter. Et je ne célèbre jamais les fêtes, tu devrais le savoir, depuis vingt-trois ans. Je préfère profiter de ce jour pour donner encore plus d’amour et de joie à certains de mes patients que d’aller me saouler pour le plaisir dans un bar pourri avec des inconnus.

— Donc, tu as volontairement demandé à travailler, n’est-ce pas ? résume ma sœur.

— Oui, acquiescé-je en lui tournant le dos, mettant fin à cette conversation pour de bon.

 

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