Geneviève

Alphonse Karr · Chapitre 24 sur 84

Pages du PDF

Geneviève

Chapitre XXV

Geneviève à Léon.

 

Quelle triste et ennuyeuse saison que l’hiver, mon cher Léon! Il y a quinze jours, la nature était encore belle et riche; tout à coup, il est tombé une petite pluie fine et glacée; un vent aigu a arraché les feuilles des arbres et les a roulées à travers les chemins de la forêt. Notre maison semble avoir pour sa part plus d’hiver que les autres; les sorbiers sans feuilles n’ont plus que leurs bouquets de corail. Maman est toujours malade. Rose s’ennuie. Modeste est d’une humeur entièrement féroce. Moi, je vais avec Rose et M. Semler, ou seule quand ils ne veulent pas m’accompagner, parcourir la forêt. Il y a encore de la grandeur dans les arbres dont les branchages séchés s’entre-choquent comme des squelettes. Avant qu’il fasse tout à fait mauvais temps, je veux revoir tous les endroits de la forêt que j’aime par souvenir; il n’y a pas un arbre presque qui n’ait quelque chose à me rappeler: ma vie si simple et si uniforme m’est racontée tout entière par les sorbiers de la maison, par les chênes et les bouleaux de la forêt, par les genêts qui n’ont plus aujourd’hui que des gousses noires en place de leurs belles fleurs d’or.

Que fais-tu d’Albert? Nous te l’avons renvoyé un peu moins triste, je crois, qu’il ne nous était venu. Rose me charge de t’embrasser pour elle. Maman te recommande de travailler sérieusement. Je voudrais bien l’amener à demander que tu viennes nous voir; jusqu’à ce que j’aie réussi, ta présence pourrait la frapper désagréablement. Adieu, mon pauvre banni.