Geneviève

Alphonse Karr · Chapitre 54 sur 84

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Geneviève

Chapitre IX

M. Charles Merruel à M. Léon Lauter.

 

Monsieur Léon Lauter, vous vous moquez de moi, et peut-être vous avez raison; permettez-moi cependant d’expliquer un peu ma conduite. J’ai vu plusieurs fois, cet hiver, mademoiselle votre soeur; j’ai été touché autant de son air de douceur et de décence que de sa beauté. Je suis négociant; je me suis figuré que je ne saurais jamais écrire à une jeune fille une lettre capable de la bien disposer en ma faveur. D’autant qu’en pensant à mademoiselle votre soeur, je ne trouvais à dire que ce que je viens vous dire aujourd’hui: «J’ai trente-cinq ans, je suis presque riche, j’aime mademoiselle votre soeur; le plus grand désir que je sente dans mon coeur est qu’elle soit ma femme et qu’elle soit heureuse par moi.» J’ai ouvert, dans mon embarras, le livre qui passe pour renfermer les phrases d’amour les plus éloquentes, et j’ai copié, si bien copié, qu’il paraît que j’ai même négligé de changer le nom qui se trouve dans le livre. Je sais très-bien que mademoiselle votre soeur ne s’appelle pas Julie, mais Geneviève; j’ai appris sur elle tout ce que j’ai pu apprendre, et tout ce que j’ai appris a augmenté mon amour. Aujourd’hui, si mon langage est simple et vulgaire, du moins je parle moi-même et je vous répète: «J’ai trente-cinq ans, je suis presque riche, j’aime mademoiselle votre soeur; le plus grand désir que je trouve dans mon coeur est qu’elle soit ma femme et qu’elle soit heureuse par moi.» Cette fois, vous pourrez me répondre sans me renvoyer au livre de Rousseau.

J’ai l’honneur d’être, monsieur Léon Lauter, votre, etc.

CH. MERRUEL.