Geneviève

Alphonse Karr · Chapitre 66 sur 84

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Geneviève

Chapitre XXI

Un jour néfaste.

 

Mais avant d’écrire ce chapitre, nous en avons un autre à placer, pour ne plus avoir ensuite à interrompre notre récit: c’est un errata fait par quelqu’un que nous aimons, et dont l’esprit est pour nous un juge sans appel.

Errata.

1º Au commencement du volume, vous avez mis deux fois somno comme une chose élégante, en quoi vous vous êtes trompé.

2º Et clavecin; mais dites-moi un peu où vous avez vu des clavecins. Moi, j’en ai vu dans mon enfance, chez une vieille dame qui en jouait; les touches étaient noires et les dièses blancs. Il est ridicule de dire clavecin, quand surtout on est, comme vous, fils d’un pianiste célèbre.

3º Qu’est-ce que présenter ses civilités? A qui est-ce qu’on présente ses civilités, à moins que ce ne soit en province?

4º Je n’aime pas les femmes qui font la cuisine, surtout en souliers de satin; elles doivent avoir les pieds glacés, et, par conséquent, le nez rouge: la seule cuisine que se permettent les femmes est la fabrication des confitures, et encore a-t-on ensuite les ongles perdus pendant plus de huit jours.

5º On parle trop de bottes.

6º Les femmes approuveront l’idée de donner à Geneviève le meilleur cordonnier, parce que des souliers ne sont jamais assez chers ni assez bien faits; mais toutes se moqueront de la meilleure couturière, vu que les plus élégantes même ne font faire qu’une seule robe à Palmyre, pour avoir un modèle.

A ceci nous répondons:

1º………………

2º Nous détestons le mot piano, qui ne veut rien dire et n’est que la moitié du nom de l’instrument, tandis que clavecin a un sens et sonne mieux; nous avons vu des clavecins, et nous en avons brûlé un pendant un certain hiver.

3º………………

4º C’est une histoire que nous racontons, et nous n’inventons pas.

5º………………

6º C’est Léon qui s’occupe de la toilette de sa soeur, et Léon et moi sommes assez ignorants sur ces choses; d’ailleurs, il n’y a que les gens riches qui savent et qui peuvent faire des économies, et Léon n’avait pas le moyen d’être économe.

Est-ce tout?…

Ah! bien oui….

«Autant que peut-être charmante une femme dont on a été l’amant.» Ceci est une pensée un peu trop particulière; il y a deux classes d’hommes qui professent l’opinion contraire: les lycéens et les anciens beaux de quarante-huit ans qui grisonnent. Les lycéens érigent en Dianes chasseresses les diverses Gothons, cuisinières et bonnes d’enfant, auxquelles est le plus souvent réservé ce qu’il y a de plus grand dans la vie: le premier amour d’un jeune homme. Les hommes de quarante-huit ans disent, avec une voix de basse-taille et un vieux sourire de fatuité: «Je l’ai connue bien belle; elle avait un beau corps: c’était une Vénus.»