Geneviève

Alphonse Karr · Chapitre 71 sur 84

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Geneviève

Chapitre XXVI

Au jardin.

 

Au printemps, chaque année, alors que la nature revêt tout de parfum de joie et de verdure, quand tout aime et fleurit;

Dans les fleurs des lilas et des ébéniers jaunes, de mes doux souvenirs cachés comme des faunes, la troupe joue et rit.

De chaque fleur qui s’ouvre et de chaque corolle s’exhale incessamment quelque douce parole que j’entends dans le coeur.

Alors qu’au mois de juin fleurit la rose blanche, savez-vous bien pourquoi sur elle je me penche avec un air rêveur?

C’est qu’à ce mois de juin, la rose me répète: Tenez, Jean, je n’ai pas oublié, votre fête depuis plus de treize ans.

Chaque fleur a son mot qu’elle dit à l’oreille, son mot qui fait pleurer et cependant réveille des souvenirs charmants.

Vous savez celle-là qui se pend aux murailles, et, comme un réseau vert, entrelace ses mailles de feuilles et de fleurs? C’est le frais liseron.

C’est le volubilis, aux clochettes sans nombre; le soir et le matin ses cloches d’un bleu sombre chantent une chanson;

Une chanson d’amour, bien naïve et bien tendre, que je fis certain jour que j’étais à l’attendre, sous un arbre touffu.

Voici, là-bas, fleurir la jaune giroflée. Rien n’est si babillard que sa fleur étoilée, qui dit: «Te souviens-tu?

«Te souviens-tu des lieux où la vie était douce? de ce vieil escalier tout recouvert de mousse, qui montait au jardin?

«Dans les fentes de pierre étaient des fleurs dorées, de son vêtement blanc en passant effleurées presque chaque matin.

«Tu les cueillis alors et tu les as cachées; et, dans de certains jours, sur ces fleurs desséchées, tu poses un baiser.»

Et, dans un autre coin, s’il advient que je passe auprès de l’oranger en fleur sur la terrasse, j’entends cet oranger

Qui dit: «Te souvient-il d’une belle soirée? Tu te promenais seul, et ton âme enivrée évoquait l’avenir;

«Et tu me dis, à moi: «De tes fleurs virginales, ouvre, bel oranger, les odorants pétales; sois heureux de fleurir;

«Sois heureux de fleurir pour la femme que j’aime; tes fleurs se mêleront au charmant diadème de ses longs cheveux bruns.»

«Eh bien! depuis treize ans je réserve pour elle, chaque saison, en vain, ma parure nouvelle, et je perds mes parfums.»