Gris à 18%
Chapitre X
SON ÉPAULE brûlait et – Dieu merci – quelqu’un éteignait le feu. Il sentait un liquide frais couler sur son épaule et son bras. Du gel ? C’était trop lent pour être de l’eau. Sûrement du gel. Mais pourquoi son épaule brûlait ? Elle devait brûler. Il sentait la fumée. Beurk. Les humains sentaient le polymère quand on les brûlait ? Matt avait toujours cru qu’ils sentaient le porc. Ou qu’ils en avaient le goût, peut-être.
— Ça va, mec ? demanda une voix sèche et rassurante.
Matt ouvrit les yeux. Essaya.
— Matt ?
Il y avait une main sur son visage. Et c’était bon. Dure, calleuse et chaude. Il avait froid. Et il était mouillé. Parce que le type qui était accroché à la main avait éteint le feu de son épaule avec de l’eau ?
— Pourquoi je brûle ?
Le grognement qu’il eut pour première réponse lui rappela quelques détails. James. Il ouvrit grand les yeux.
— Tu ne brûlais pas.
— Et cette fumée ?
Maintenant, il pouvait la voir, noire, grasse. Mais pas trop de fumée quand même. Et ça sentait les produits chimiques.
— Qu’est-ce qui brûlait ?
— L’IAVF qui t’a touché.
Ah. Ça. Matt frissonna un peu. James passa sa main sur sa nuque, et la laissa là.
— J’ai cru qu’il allait me tuer.
— Il a failli. Tu saignes beaucoup.
James avait l’air inquiet. Et bizarre.
— Je ne brûlais pas ?
— Non. Tu t’es pris deux tirs d’annihilateur.
— Les patchs ?
— Je les ai mis, c’est bon, t’inquiète.
— Je ne sens rien.
— Matt, écoute-moi. Je t’ai injecté un anesthésiant dans l’épaule et je t’ai donné quelques antidouleur. Pas assez pour t’endormir, mais suffisamment pour te ralentir. Reste calme un moment.
— Pourquoi ?
James savait ce qu’il faisait. C’était un Psy-Force. Il pourrait même le porter. Alors que Matt ne pouvait rien faire pour le moment. Il aurait besoin d’une trentaine de minutes. Ou de quelques heures.
— On va aller dans une de ces grottes et appeler le SEH. Ils t’ont fait vibrer, tu te souviens ?
— Ils ne me font jamais vibrer.
— Cette fois, si. Avant que l’IAVF attaque. Tu te souviens ?
— Non.
James l’attrapa par son épaule valide et dit quelque chose tout bas, que Matt n’entendit pas. Il crut cependant discerner un ‘chéri’. Est-ce qu’il pensait à son amant ? Celui du camp de prisonniers ? Cela suffit pour énerver Matt. Il ne marcherait pas. Et que ce connard le porte sur son dos.
— Je vais te porter, dit James comme s’il avait entendu ses pensées.
Enfin, une d’elles. Soudain, il se retrouva avec une épaule dans le ventre, et il volait.
— Aaah.
Il allait vomir. Puis James changea sa position, et ça allait mieux. Il ouvrit les yeux. Il avait vue plongeante sur le cul de James. Un très joli petit cul.
James renifla. Ou peut-être qu’il toussait.
— J’ai dit ça à voix haute ?
Un autre grognement. Ça devait vouloir dire oui.
Matt se détendit, laissant ses bras pendouiller. Un peu de sang lui ruisselait le long du bras gauche, jusqu’à la main, jusqu’à son pouce. La plupart des gouttes atterrissaient par terre, mais quelques-unes s’égaraient sur le pantalon de James.
— On laisse des traces.
— Quoi ?
James haletait. Alors que Matt ne faisait que 70 kilos. Il n’était pas en forme, décidément.
— Tu manques d’entraînement, mon petit, tu respires fort.
— Je respire fort parce que je porte ton petit cul blessé, mon petit.
— C’est l’épaule, pas les fesses !
— Pareil !
— Je retiens, je retiens...
— Pourquoi laisse-t-on des traces ?
— Je saigne.
— Beaucoup ?
Il avait l’air inquiet.
— Non, juste un peu.
— Merde.
James s’arrêta et Matt le sentit bouger. Il avait sa main sur ses fesses maintenant, ce qui était aussi agréable que dans le cou, quoique différent. James se pencha.
— Non ! Je peux arrêter ça, ne me repose pas.
— Et comment tu vas faire ça, petit génie ?
— Grognon ?
— Matt... Je te repose pour qu’on arrête le saignement.
— Non, c’est bon. Je m’en occupe.
Matt passa son bras gauche autour de James. Maintenant, il pourrait saigner sur lui plutôt que par terre.
— Tu vois ?
Un silence.
— J’adore.
Il parlait, mais d’après le ton de sa voix, il n’avait pas desserré les dents. Certaines personnes ne savent pas rire.
— James ? dit Matt au bout de quelques minutes.
Il soupira. Bruyamment.
— Quoi ?
— Tu sais qu’on remonte ?
— C’est pour aller dans les grottes.
— Mais le drone venait de là, non ?
— Prise de risque calculée, Matt. De toute façon, on n’a pas le choix.
Matt réfléchit un instant. Ou deux.
— C’est quoi le calcul ?
Un autre soupir.
— Ils ont dû envoyer un drone dans chacune directions possibles depuis le véhicule. On devrait arriver aux grottes avant qu’ils s’inquiètent de l’absence de celui-ci. Et je ne sais pas ce qu’il y a dans les autres directions.
— Ah.
Bon.
— Repose-toi, Matt.
D’un coup, sa voix paraissait plus agréable. Il avait l’air de se soucier de Matt. Qui cligna des yeux pour refouler des larmes. Et marmonna :
— Je crois que je vais...
JAMES FINIT de lui donner les médicaments que Mamie Anaïs lui avait ordonné d’administrer. Elle s’était un peu trompée dans les doses la dernière fois, mais il ne lui avait pas dit.
— Lance le programme 326B.d. Et suis le chemin qu’il t’indique. Il y aura de l’aide, et une ligne de communication plus sûre que celle-ci. Pas de rapport avant d’y être, ou dans trois jours à 19h30. Et maintenant, bougez. Et s’il arrive quelque chose d’autre à Matt, je t’arrache la peau du cul pour m’en faire un sac à main et un porte-jarretelles. Compris ?
Matt s’étira, et James pointa la caméra vers lui.
— Oui mon colonel. Compris madame.
James salua la vieille femme. Elle était peut-être à la retraite, mais il n’allait pas la vexer. Elle l’effrayait plus que tous les camps de rééducation.
James eut le temps de lancer un regard discret au lieutenant-colonel Lance Kell-Viteaux, qui attendait derrière, avant que le colonel Viteaux coupe la communication. Lui avait l’air inquiet.
Et James avait l’impression que la famille de Matt ne l’aimait pas beaucoup.
Ils ne devaient pas être heureux de voir leur petit-fils blessé, bien sûr, et aucun d’eux ne croyait vraiment son histoire. Qu’il avait détruit un IAVF qui les attaquait. Il ne pouvait pas leur en vouloir pour ça. Lui-même avait du mal à y croire.
Le fusil ne pouvait rien, bien sûr. Matt allait se faire tirer dessus, et il avait couru en criant et en actionnant toutes les commandes mentales qui passaient, instinctivement. Il avait poussé Matt sous lui, en s’attendant à recevoir un coup, mais il n’y avait rien eu.
Enfin, rien... Le drone avait explosé, était tombé à terre et avait brûlé. Mais il avait d’abord explosé. Pas une grosse explosion, ce qui était plutôt bien étant donné que James et Matt étaient juste devant lui. Plutôt comme une série de mini-explosions internes.
Comment croire qu’il avait pu faire ça ?
Merde. Il enfouit son visage dans les mains, agrippant ses cheveux. Qu’est-ce qui se passait dans sa tête ? Autant remettre la question à plus tard et s’occuper de Matt. Il allait falloir lui remettre la jambe en place – frisson – et le faire bouger. Dans la nuit. Matt devait avoir quelque chose pour se déplacer la nuit. Même un vieux machin. Au pire une lampe de poche. Au mieux, des lentilles de contact infrarouges.
Il regarda Matt, la jambe encore ouverte. Son compagnon lui avait murmuré, encore à moitié endormi, de le laisser comme ça. James frissonna. Il détestait voir Matt comme ça.
— Matty...
James le secoua gentiment au-dessus du genou. Au-dessus de la jambe technologique. Matt se retourna un peu.
— Hein ?
Il leva la tête et cligna des yeux en direction de James. Peut-être qu’il avait un peu forcé la dose, mais au moins Matt n’avait pas l’air d’avoir mal.
— Il faut appeler Papi...
— C’est fait. Tu lui as dit bonjour. Et à ta grand-mère aussi. Tu ne te souviens pas ?
— Non. Ils ont dit quoi ?
Il arrivait à peine à garder les yeux ouverts.
— Ils t’avaient fait vibrer parce que leurs satellites avaient repéré le drone qui nous est tombé dessus.
— On s’en doutait.
— Ouais. Enfin, le colonel Viteaux avait un genre de plan de secours pour nous. On va y aller dès que j’aurais regardé le programme 326B.d.
Matt ricana.
— Colonel Viteaux. On dirait encore un de ses soldats, ceux qu’elle terrifiait. Elle est à la retraite, merde.
— Elle a menacé mon cul. Et je suis heureux de l’appeler colonel Viteaux.
Matt se tut et regarda James avec ce qu’il espérait être un air pensif.
— Tu devrais y aller sans moi. Tu reviendras, ou tu enverras une équipe.
— Ça ne va pas non ? Tu veux qu’elle m’arrache la peau du cul ? On est à deux-cent mètres d’une épave d’IAVF, et dès qu’ils liront sa boîte noire, ils sauront qu’on est encore vivants. Et toi blessé. Je ne vais pas te laisser ici.
— D’accord, je vois. Protège tes fesses. Par contre, j’ai mal. Passe-moi encore de l’anesthésiant, sinon je vais m’épuiser trop vite. Et je ne pourrais pas parler.
— Je ne peux pas. Ou bien tu souffres, tu marches et je t’aide, ou bien je t’endors.
— Et après ? Le grand soldat me porte ?
Matt se réveillait un peu. Les excitants d’Anaïs avaient l’air de fonctionner plus vite que ce que James pensait.
— Après, je te jetterais sur mon épaule, avec le sac. Ça ne fera jamais qu’un deuxième sac, patate. Sac de patate, quoi.
MATT LE regardait.
— Qui c’est, maintenant, qui fait des blagues vaseuses ? Et pourquoi maintenant ?
James baissa la tête et s’éclaircit la gorge.
— C’est le stress, pardon.
Matt crut le voir rougir. En plus il devenait mignon ?
— Tu ne vas pas me porter, dit-il.
Même s’il adorait se faire porter. Mais pas quand il était inconscient.
— Je ne te donnerais quand même pas d’anesthésiant, répondit James.
Matt savait que c’était une mauvaise idée. S’il était le médecin et James le patient, il aurait dit la même chose.
— Je sais. P’tit con.
Vu le grognement de James, le ‘p’tit con’ n’était pas passé aussi inaperçu que prévu.
— Tu m’as donné des nano-méds ?
James grogna encore. Je suis trop patient avec toi et je veux que tu le saches.
— Oui, ceux que le Colonel Viteaux m’a demandé de te donner.
Il ajouta quelque chose, trop bas pour que Matt comprenne.
— Quoi ?
— Et un petit stimulant aussi, comme elle a dit.
— Ah. Donc tu m’avais surdosé, la dernière fois.
On dosait d’après le poids. Donc James l’avait cru plus lourd qu’il ne l’était. Attendez un instant...
— Tu es en train de dire que je suis gros ?
James grogna encore. Tu me fais perdre patience. Il regarda Matt, prêt à répliquer, mais ne dit rien, et soudain son expression changea.
— Peut-être qu’il faut te donner des antidouleur, Matt.
James paraissait trop doux.
— Quoi ? Pourquoi ?
Matt était inquiet. Et il n’oublierait pas de sitôt cette histoire de gros.
— Je t’ai sûrement donné trop de stimulant. Tu as les pupilles dilatées.
Un grand sourire s’élargit sur son visage. La joie se lisait dans ses dents découvertes.
— Elle a dû te surdoser elle aussi. Donc elle a mal estimé ton poids… elle aussi.
Il se leva et commença à fouiller dans le sac de Matt.
— Quoi ?
Matt essaya de rouler sur le côté pour regarder James, mais son épaule l’en empêchait. D’un coup, une grande main attrapa son front et recula sa tête sur les genoux son compagnon. Qui lui planta la seringue dans le nez, jusqu’au sinus.
— Argh ! Connard !
Matt essaya de cracher et renifler. En vain.
Une minute plus tard, il se détendait.
DOUCEMENT, JAMES retira ses mains du visage de Matt qui se détendait contre son genou.
— Bon sang, soupira Matt au bout de quelques minutes. Pardon.
Il gardait les yeux fermés.
James essaya de rester silencieux. Quand Matt ouvrit les yeux, James put constater que ses pupilles reprenaient une taille normale. Et ses paupières étaient lourdes. James n’arriverait sûrement jamais à doser correctement un médicament.
— Je devrais peut-être te signaler que je suis sensible aux médicaments.
— J’avais remarqué, oui.
Il n’aurait peut-être pas dû augmenter la dose que le colonel Viteaux lui avait ordonné d’injecter.
Matt ne bougeait pas et James appréciait la chaleur de sa tête contre son genou. Matt s’étira et s’étala un peu plus. Puis il tourna la tête et se blottit contre le ventre de James, ronronnant comme un chat satisfait. James était presque sûr que son ami ne s’en rendait pas compte.
Il essaya de bouger une main pour le repousser doucement, mais maintenant, Matt se frottait contre cette main.
— Hmm, c’est bon, murmura ce dernier en dormant.
D’un extrême à l’autre. James passa sa main dans les cheveux de Matt. Ils étaient juste assez longs pour couler entre ses doigts. Juste assez pour le rendre à moitié dur.
Un petit ronflement le tira de sa rêverie. Encore une overdose. Au lieu de se lever comme il aurait dû le faire, James le regardait. Il était paisible. James ne devait pas le déranger. Le moindre mouvement pourrait le réveiller. Autant rester là encore quelques minutes, puis on verrait.
Matt n’était pas plus petit que James, mais ce dernier le voyait ainsi parce qu’il était plus mince et moins musclé. Même si sa personnalité, elle... Alors que James se considérait comme stoïque et barbant à en mourir, Matt était animé, joyeux. Vivant.
Et sensuel.
James ne savait rien de Matt au lit, mais il se l’imaginait complètement hédoniste. Il avait quant à lui du mal à se laisser aller complètement, mais il connaissait des hommes pour qui c’était tout à fait naturel. Matt était sûrement un type comme ça. Un type qui n’avait pas besoin de tout contrôler.
Sans vraiment y penser, James ouvrit la chemise de Matt. Plus tôt, entre le sang, la fumée et les patchs, il n’avait pas pu regarder. Mais maintenant, il voulait.
Il avait la peau douce, plus claire que sur ses bras. À peine quelques poils blonds qui formaient un sentier partant de sa poitrine jusqu’à son pantalon.
Il avait probablement les tétons les plus sexys que James avait jamais vus. Gros, roses, qui pointaient dans l’air froid sur ses pectoraux. James réussit avec difficulté à se retenir d’en caresser un.
Il regarda plus bas. Pour se distraire. Matt avait de beaux abdos. Même au repos, ils se découpaient parfaitement. Bon Dieu. Il se força à reboutonner la chemise avant d’aller trop loin.
Il était en train de mater un type qu’il avait drogué ! Pile le genre de mec avec qui on ne voudrait pas sortir. Le parfait modèle du salopard.
Mais son sexe lui signala que lui n’avait rien à faire de l’éthique sexuelle. Un instant, il faillit re-déboutonner la chemise de Matt et se caresser jusqu’à jouir sur sa poitrine. Puis il le lècherait, pour le nettoyer. James secoua la tête. Non. Il devait se contrôler. Il ferma les yeux et se représenta le colonel Anaïs Viteaux. Son sexe capitula.
Gentiment, il prit la tête de Matt dans sa main, se leva et la reposa sur un baluchon douillet, avant de s’éloigner, le laissant se reposer.
Deux heures avant la nuit – une heure et quarante-huit minutes après la blessure de Matt – James sentit quelqu’un s’approcher, à leur recherche. Un homme, apparemment. Qui remontait la rivière. Quelqu’un et... quelque chose.
Un chien ? Un animal, en tout cas. Merde. Neutraliser un homme n’était pas un problème, mais tuer un chien, c’était autre chose. Surtout maintenant, alors qu’il sentait leur joie de faire leur devoir et leur dévotion absolue à leur maître. Il avait déjà dû tuer un ou deux chiens avec les shrapnels, mais il ne voulait pas recommencer. Il avait déjà rempli son quota annuel.
Cela dit, la sensation était différente, cette fois. Plutôt une sorte de patience frustrée. Pas un chien. Quoi que ce soit, c’était à moins d’un kilomètre, se dit James. Des herbes hautes et des petits buissons masquaient partiellement l’entrée de la grotte. La rivière était à cinquante mètres. On ne verrait pas la grotte, de la rivière. Mais si le type et l’animal cherchaient dans chacune des grottes, ils les trouveraient. Et ils le feraient certainement. Matt, sur le sol, continuait d’alterner réveils et semi-coma.
— Matt, murmura James.
— Hmm ?
— Je sors voir quelque chose.
Matt ouvrit les yeux, repoussa le sac contre une paroi de la grotte et s’y adossa, puis hocha la tête, sans un mot.
James s’enveloppa dans un filet de camouflage et sortit devant leur refuge. Il y avait un sentier de chèvre qui venait de la rivière. Mais c’était la seule voie d’approche pour quelqu’un qui les chercherait. Il se coucha derrière un rocher qui paraissait trop petit pour cacher un humain. À moins que l’humain en question ne soit allongé sous un filet de camouflage. James voyait, il ne serait pas vu.
Il se concentra pour essayer de calmer l’animal. Il était sûr que l’animal le sentait. Essayer ne coûtait rien et aiderait même James à situer l’homme.
Quand il vit l’éclaireur, il faillit se frapper le front. Un cheval. Bien sûr, un cheval. Et le type était un officier de la Police Montée de l’Idaho Rouge. Avec la multiplication des vagabonds dans les montagnes, ils étaient devenus nécessaires pour assurer l’ordre. Et le cheval passait un peu partout. Et ne demandait pas de carburant.
Le policier n’avait probablement pas de partenaire. Surtout si les miliciens l’avaient envoyé ici en éclaireur.
Le faire tomber de cheval était facile. James les laissa passer puis s’approcha discrètement et attira l’homme à lui, passant un bras autour de son cou.
Avant qu’il ait pu dire un mot, on entendit un craquement sinistre, et son corps se fit mou dans les bras de James. Le cheval n’avait quasiment pas bougé.
James essayait de garder une liaison avec lui alors qu’il rejetait le cadavre de son ex-propriétaire.
Alors que la jument reniflait le cadavre – elle n’avait pas l’air très intéressée – James lui faisait les poches. Deux communicateurs, excellent, des lentilles infra-rouges, bonus, quelques gadgets électroniques pour survivre dans la montagne, bof. Et surtout un fusil semi-automatique DEW. Un fusil de sniper, qui pouvait être très utile. Bien meilleur que le fusil à pompe qu’ils pourraient maintenant jeter.
Sur la jument, il y avait de quoi cuisiner, une tente, de la nourriture, des lentilles infra-rouges pour elle, des outils de survie. Les coyotes et autres charognards se chargeraient bien du cadavre, mais pas assez vite. Il fallait le planquer dans un coin.
James utilisa le réencodeur de Matt pour localiser la puce géo localisatrice de la jument et la désactiver. Puis il enleva tout ce qui pourrait permettre une identification trop facile.
Enfin, il jeta le cadavre derrière des rochers où il serait plus ou moins invisible et le recouvrit de branchages, à une centaine de mètres de la grotte. Il avait laissé ce dont ils n’auraient pas besoin avec le corps. Le temps d’effectuer tout cela et de retourner à la grotte, il faisait presque nuit.
Il allait falloir réveiller Matt et partir d’ici.
MATT ÉTAIT plus ou moins debout quand James revint avec la jument. Suffisamment réveillé en tout cas pour s’être caché à l’entrée et pointer son arme sur James.
— Content de voir que tu es revenu pour moi, dit-il nerveusement en reposant son arme.
— Ta grand-mère me torturerait si je te laissais ici.
Matt se sentit un peu blessé. Il regarda James et leva les yeux au ciel. Putains d’antidouleur qui le transformaient en petite fille. Trop d’émotions.
— Tant que tu ne reviens pas parce que tu m’aimes bien... essaya-t-il de plaisanter.
Pas très convaincant. Mais James avait l’air confus.
— Bien sûr que je t’aime bien. Tu ne t’en rends pas compte ?
Et il rougit instantanément. C’était mignon.
— Enfin, je veux dire... J’ai cru que c’était assez... évident.
Cette fois, c’est Matt qui resta interdit. Est-ce qu’il avait déjà vu ce James-ci avant ?
— James... Je suis un homme, tu es un homme. On est des hommes. Gays, d’accord. Mais les sentiments veulent dire quelque chose quand même. Même si le langage corporel est une langue étrangère et qu’on n’est pas doués. Je veux dire... J’ai cru que tu voulais me sauter, mais...
Il ne poursuivit pas, rougissant à son tour.
— Oh putain, oui, dit James calmement.
Puis il attrapa le poignet de Matt et l’attira à lui. Avant qu’il se rende compte de quoi que ce soit, James l’embrassait. Matt avait toujours la main – et l’arme – coincée entre leurs deux corps. Les lèvres de James étaient dures, rugueuses. Et il les frottait contre celles de Matt, les chatouillant de la manière la plus sensuelle possible. Leurs lèvres se caressaient.
Matt lutta pour essayer de dégager son arme. James recula, pensant qu’il le repoussait, mais, dès que l’arme fut dégagée, Matt lui attrapa la nuque et revint à lui, le frappant de son pistolet dans le dos.
Il colla ses lèvres contre celles de James et se fraya un chemin entre elles. James gémit doucement et Matt se pressa plus fort contre lui, langue contre langue, hanches contre hanches. James gémit à nouveau, puis embrassa Matt presque agressivement, reprenant le contrôle.
Matt voulut passer son bras autour des épaules de James, mais vacilla à cause d’une douleur fulgurante.
— Merde ! siffla-t-il.
— Merde ! cria James en reculant.
—Merde!
— Je t’ai fait mal ? Qu’est-ce que je t’ai fait ? Pardon. Je suis...
— C’est rien, James. Je me suis fait mal tout seul, dit Matt en mettant un doigt sur les lèvres de son compagnon.
James le regarda une minute, puis voulut dire quelque chose.
— Quoi ? dit Matt en retirant sa main.
— Ce n’est peut-être pas le bon moment. Mais j’aimerais bien recommencer. Plus tard.
Il se pencha et embrassa doucement Matt, comme pour rire. Ce dernier essaya de suivre ses lèvres, mais une main l’en empêcha. Il grogna. James sourit. Et grogna aussi. Un petit grognement, tu es mignon, tu sais.
Ah !
Matt soupira et recula.
— Plus tard.
Il regarda James dans les yeux, pour lui montrer à quel point il était sérieux. James sourit un peu plus.
— J’espère bien.
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