Gris à 18%

Anne Tenino · Chapitre 18 sur 25

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Chapitre XVII

 

MATT SOURIT. James cligna des yeux. Mignon comme tout.

James, rapidement rhabillé, fit entrer Pearl qui reçut un accueil chaleureux. Du moins, son plateau repas, y compris des sandwichs pour plus tard, reçut un accueil chaleureux.

James ne sortit pas de la journée. Il aurait pu, mais non. Matt, lui, ne pouvait pas sortir, puisqu’il était censé être la femme de James.

Mais ils avaient trouvé le moyen de passer le temps. Ils se douchèrent, puis attaquèrent le repas. Ragoût de bœuf, salade, roulé à la confiture. Matt était extatique.

C’était probablement un des meilleurs repas de la vie de Matt. Mais il l’aurait probablement un peu moins apprécié s’il avait su que c’était le dernier. Après manger, ils restèrent un moment étendus sur le lit. James était torse nu, avec un pantalon propre. Matt, toujours nu, était allongé sur le ventre, la tête posée sur la cuisse de James, une main sur son pied.

Il ne s’était jamais rendu compte qu’un pied pouvait être beau. Et pourtant, les orteils de James étaient... eh bien... beaux. Un instant, il songea à passer sa langue entre eux, à les suçoter doucement, en regardant James dans les yeux. Ce dernier venait de prendre une douche, après tout.

Et puis bon, il venait bien de lécher ses fesses, il pouvait sucer ses orteils, non ? Il venait de se pencher quand il sentit James faire courir un doigt le long de son dos. Matt, frissonnant, referma la bouche, attendant une nouvelle caresse.

James recommença. Jusqu’en bas, il fit courir son doigt jusqu’entre les fesses de Matt, suivant un motif invisible, mais qui semblait tendre à l’extrême le corps de Matt. Il sentait la chair de poule se diffuser sur son dos.

— J’aime bien quand tu fais ça, dit James doucement.

— Fait quoi ? répondit Matt.

Il faisait quelque chose, lui ?

— Quand tu as la chair de poule. J’adore ta peau. Ton visage et tes bras sont bronzés, mais le reste de ton corps est tout pâle. Tu es dur, et pourtant tout doux. Avec ta peau délicate. Et tu deviens tout rose quand je te touche.

— Je suis doux et délicat, moi ?

Matt riait un peu, mais il n’était pas sûr d’apprécier la description.

— Tais-toi, dit James plus rudement en appuyant juste au creux des reins de Matt, près de son orifice.

— Ah !

Matt eut peur d’avoir frissonné encore une fois. Et d’avoir un peu écarté les jambes. James rit doucement, puis retira son doigt, faisant tomber Matt, dont le pouls retomba à un rythme normal.

Mais le pied de James disparut bientôt, et Matt sentit son poids sur son propre dos. James n’avait pas mis son tee-shirt, et il pouvait sentir ses poils le caresser, ses tétons durcir au contact de sa peau à lui.

James embrassa Matt dans le cou et Matt sentit son sexe se frotter à ses fesses.

— Tu as le dos tellement sensible, murmura James à son oreille, ce qui le fit encore frissonner. C’est comme une gigantesque zone érogène.

Matt se sentit rougir.

— Ça a toujours été comme ça. Je sais pas pourquoi. Regarder les dos m’excite aussi. Et tu as le dos sexy, dit-il en tournant la tête pour embrasser James.

— J’ai un dos sexy ?

— Oh que oui. Des épaules musclées, des muscles qu’on voit bien, qui descendent jusque dans ton dos, des fossettes... C’est sexy comme tout.

— Tu es sexy, tu sais, murmura James en enfouissant sa bouche dans les cheveux de Matt.

— Prends-moi ! gémit ce dernier en se cambrant.

Mais James ne réagit pas comme prévu. Il rit.

— Pourquoi ris-tu ?

Matt ne savait pas s’il devait être embarrassé, énervé ou amusé.

— Tu me fais rire. Tu crois que tu te laisses aller pendant le sexe, mais tu ne le fais pas complètement.

— Et je ne peux pas te demander de prendre le contrôle si je veux ?

— Si, tu peux demander. Ou supplier. Ça ira très bien.

Matt ignora le petit frisson qui le parcourut.

— Comment ça, je ne me laisse pas aller ?

Il sentit James hausser les épaules.

— Je ne sais pas. C’est juste une impression.

— Tu le lis dans mon esprit ?

— Je suppose, oui. Comme si tu voulais te laisser aller, mais que tu ne peux pas encore. Ce n’est pas bien grave. Tu peux te laisser aller si ça t’excite. Tu le feras plus tard si tu veux.

Matt sentit James respirer sur sa nuque, en attente. Devant son silence, James ne put que demander :

— Ça t’ennuie ?

— Je ne sais pas. Pas vraiment. Je veux dire... Me laisser aller pour que quelqu’un d’autre me fasse réagir, c’est... Bizarre, non ?

— Ce n’est pas bizarre, non. Tu es comme ça, c’est tout. On se fait des choses entre adultes consentants, et il me semble qu’on aime bien tous les deux, alors pourquoi se demander comment on y arrive et se poser plein de problèmes ?

— Pourquoi suis-je comme ça ?

— Comment le saurais-je ?

James commençait à paraître énervé, mais Matt voulait savoir.

— Dis-moi !

— Mais je ne sais pas. J’ai l’impression que tu te concentres trop sur le pourquoi. Peut-être que c’est juste ça être gay, peut-être que c’est dans tes gènes, je n’en sais rien.

Matt renifla.

— Comme si mes parents me l’avaient donné. Mon père, sûr et certain. Je suis sûr que dans la chambre il... Nan ! Je ne veux pas y penser !

James rit à nouveau en voyant le visage de Matt.

— Je trouve ça plutôt drôle.

— Tu ne trouveras pas ça drôle quand tu verras mon père.

Matt était un peu énervé. James déglutit péniblement. Mais, visiblement, Matt ne voulait pas abandonner le sujet tout de suite.

— Je n’ai pas été abusé ou quoi que ce soit. La seule personne qui m’a fait chier à cause de mes préférences sexuelles, c’était toi.

Matt réalisa son erreur tout de suite. Un instant trop tard. James se relevait.

— James, pardon. Je ne voulais pas dire ça comme ça.

— Comme ça comment ? Comme si j’étais le seul mec de Weimer qui t’aie traité comme de la merde parce que tu étais gay. Ça doit être le seul patelin homophobe de toute l’Oregon.

Matt s’inquiéta à l’idée d’avoir blessé James.

— Tu n’étais pas le seul. Mais c’était pire avec toi.

Il pouvait sentir lui aussi la confusion de James se diffuser dans la pièce.

— Je ne me souviens pas que quelqu’un d’autre m’ait traité de pédé. À part toi. Mais peut-être qu’ils l’ont fait, c’est juste que... Je ne me suis pas senti mal après. Tu étais le seul mec qui a été mon ami avant.

Le seul mec pour qui il avait craqué, avec qui il s’était passé quelque chose de plus qu’un coup d’un soir.

— Tu veux dire que...

— Oui, soupira Matt.

— Tu sais que j’étais attiré par toi aussi ?

— Oui, j’ai cru remarquer.

James sembla se calmer un peu. Il reprit sa place sur le lit, regardant Matt à nouveau.

— Quoi ? finit par dire ce dernier.

— À propos de contrôle et de se laisser aller...

— Mais c’est quoi ce mec ? Je t’offre mon cul, et tu préfères parler ?

James sourit, puis rit franchement en voyant la tête de Matt.

— Oui. Tu ne prendras pas de plaisir tant que tu t’inquièteras à propos de la quantité de contrôle que tu me laisses avoir, et si c’est bon, et je ne pourrais pas prendre mon pied tant que je ne serais pas certain que tu vas bien.

Matt roula sur le côté, s’éloignant un peu. Il se sentait triste.

— Génial. Maintenant je ruine même tes parties de jambes en l’air.

Il se leva et commença à s’habiller.

— Tu n’y es pour rien, Matt. Je veux que tu prennes du plaisir. Je me fous que tu sois soumis ou pas. Je te verrais toujours de la même manière.

Matt essaya de fermer complètement son esprit. C’était trop embarrassant. Il se sentait vulnérable. Parce qu’il savait qu’il y avait deux choses qui l’embêtaient, et qu’il ne voulait pas que James le sache. D’abord, comment James le voyait, si la soumission ne changeait rien à ça ? Et puis est-ce que ça voulait dire qu’il n’avait pas complètement confiance en James, s’il ne se soumettait pas complètement ?

Tout allait mal. Si James le voyait comme faible et – petit frisson – efféminé parce qu’il voulait être dominé, pourquoi s’inquiétait-il de ne pas le voir assez soumis ? C’était une question de confiance, sûrement. À propos de James. Ou de lui-même, peut-être.

— James ? J’ai besoin de réfléchir un peu.

Il regarda le lit. James le regardait fixement sans montrer aucune émotion. Comme d’habitude. Matt voulait voir ses émotions, et lui ne faisait rien. Qu’est-ce qu’il avait fait ?

Il revint au lit et fit courir un doigt le long de la mâchoire de James, avant de l’embrasser en murmurant :

— Pardon.

Quand il se releva, il vit quelque chose passer dans les yeux de James. Peut-être de la compréhension. À propos de quoi, il n’en avait aucune idée.

— C’est bon, Matt.

Ha ! Bien sûr, oui.

Cependant, quand Matt s’éloigna pour prendre son rasoir, James le surprit en lui donnant une petite fessée. Il regarda par-dessus son épaule. James souriait et il se lécha la lèvre en le regardant. Peut-être que finalement, c’était vraiment bon. Matt essaya d’y penser en se rasant.

 

PEARL REVINT vers 22h. Une heure avant de partir faire le rapport. Elle revint avec des pansements et des médicaments pour l’épaule de Matt, mais aussi avec des armes, et plus imposant encore, Carmella.

— J’ai besoin de voir ton épaule tout de suite. Je vais te mettre une peau artificielle. Vous allez devoir partir ce soir, dit Pearl à voix basse dès que Carmella eut refermé la porte.

— Que se passe-t-il ? demanda James, sur ses gardes.

— La mère supérieure nous a averties qu’un détachement gouvernemental approchait. L’avant-garde devrait arriver cette nuit pour fouiller le couvent. Le reste arrivera demain. Ils sont apparemment à la recherche de fugitifs du GRI.

— Nous, je suppose ? dit Matt.

Il s’y attendait. Ils avaient même eu plus de répit qu’il pensait en avoir.

James refit rapidement les sacs tandis que Pearl s’occupait de Matt. Une fois sorti d’Idaho, il faudrait enlever la peau artificielle et reprendre la cicatrisation naturelle, mais d’ici là, ça ferait l’affaire.

— Et puis, ajouta Pearl, c’est résistant à beaucoup de choses.

— Y a-t-il un moyen de faire une armure avec ça ? demanda Matt

Carmella éclata de rire, mais Pearl fit une grimace.

— Allez, Pearl ! dit Carmella en lui donnant une grande claque dans le dos. Si tu ne peux pas rire en cas de danger mortel, quand est-ce que tu rigoles ?

James avait fini bien avant Pearl, et Matt se dit qu’il avait l’air de s’ennuyer. Foutu soldat.

Pearl prépara des seringues.

— Je vais te donner une dose supplémentaire de NSAID à retardement. James t’en redonneras demain. Mais plus de nano-méds pour le moment.

Elle lui donna également des anti-bionanos et des barres énergétiques.

Matt soupira. Mais il pouvait déjà sentir le flot d’adrénaline se déverser dans son sang. Il était prêt à l’action. Pas comme dans un combat, mais comme quand il montait la garde dans un lieu dangereux.

C’était dans ces moments-là qu’il se sentait le plus agent secret. Quand il partait au milieu de la nuit – d’accord, d’accord, en début de soirée, mais tout de même – devançant de quelques mètres à peine les ennemis, pour parvenir à l’endroit où des amis le tireraient par la ceinture pour l’amener en sécurité, quelques secondes avant la mort certaine.

Il se sentait prêt à tout, excité, impatient.

— Allez.

Il se leva avant que Pearl ait complètement fini.

— C’est bon, Pearl, ça ira. Merci.

Pour une raison ou une autre, il l’embrassa sur la joue, puis se tourna vers Carmella.

— N’essaie même pas.

Visiblement, elle était sérieuse. Matt leva les mains, essayant de se défendre d’y avoir songé. Il pouvait enfin sortir de cette chambre et rentrer chez lui.

Aller jusqu’à la cuisine fut difficile. James aussi bien que Matt débordaient d’énergie, et adopter le pas lent de promeneurs nocturnes fut laborieux. Dans la cour, ils virent une vieille femme pousser lentement la lourde porte en simili-bois, et trois miliciens entrer sur leurs aéroscooters. Matt sentit James se tendre, mais ils ne modifièrent pas leurs pas.

— Ha, dit doucement Carmella. Ça sera facile de distraire un peu ces gamins, mais Sœur Marie Démence, ça sera autre chose.

— Sœur Marie Démence ?

— La vieille peau de vache qui sert de portière au couvent, répondit James.

Matt lui lança un drôle de regard.

— Oh, ça va, je l’ai juste croisée, c’est tout.

Matt était sûr qu’il y avait quelque chose à raconter sur cet épisode. Il se promit de demander plus tard. Carmella, sans s’arrêter, les entraîna vers la cuisine et les fit entrer dans une grande pièce dont les murs étaient couverts d’étagères de nourriture. Carmella prit un grand bocal de cornichons sur une des étagères du fond, qui pivota silencieusement pour révéler une encoignure sombre.

Benigna attendait dedans. Elle n’avait plus sa tenue, mais un pantalon de camouflage et un tee-shirt tout à fait normal.

— Salut, sourit-elle à Matt et James.

Matt réussit à ne pas grogner. Merde. Il l’avait oubliée. D’un coup, le voyage ne paraissait plus aussi excitant.

— Espèce de macho, murmura Matt tandis que James le laissait seul dans le trou.

— Où il va ? murmura Benigna.

Elle arrivait même à rendre les murmures bruyants.

Et James l’avait laissé seul avec Benigna, bordel ! Est-ce que personne ne songeait à son intégrité morale ?

— Chut, les murmures portent loin ! murmura Matt.

— Alors pourquoi tu murmures ? demanda-t-elle plus bas.

Il allait la tuer.

— Tais-toi.

Elle se tourna vers le mur pour bouder, mais, au moins, elle se tut.

Ce connard de James était parti. Pour les protéger. Est-ce qu’il croyait Matt incapable de se défendre, ou quoi ? Si les miliciens fouillaient la cuisine avec des détecteurs d’infrarouges, ils les trouveraient, même derrière leur bout de faux mur. Et Matt leur casserait la gueule. Son prof d’arts martiaux était un vrai ninja. Enfin, l’équivalent chinois.

Benigna... Peut-être qu’elle pourrait les étonner. Ou les séduire. Elle avait essayé avec Matt et James, avant qu’ils lui disent de se taire.

Matt pensa à James. James qui était parti au motif que c’était le meilleur moyen de tous les protéger. D’accord, peut-être qu’il avait raison, mais ce n’était pas la question. Oui, les miliciens cherchaient les traces de la puce de James. D’accord. James ne pouvait pas éliminer complètement la signature de sa puce. Mais James avait ajouté qu’il pourrait trafiquer leurs senseurs. Et si ça ne marchait pas, il pourrait leur sauter dessus plus facilement s’il n’était pas dans un mur.

— Putain de gros macho !

— Je crois qu’il essaie d’être viril et protecteur.

— C’est bien ce que j’dis ! Et puis protecteur de quoi, d’abord ?

De lui ?

— Du sexe faible. Des demoiselles en détresse.

Matt mit un instant à se rendre compte qu’il n’était pas exactement une demoiselle en détresse, ni du sexe faible. La conclusion s’imposa alors à lui.

— Toi ?

— Ce n’est pas toi qu’il protège ! dit Benigna en boudant.

— S’il te protège, qu’est-ce que moi je fais là ?

Elle le regarda comme s’il était un imbécile.

— Tu me protèges au cas où ils me trouvent quand même. Tu es la deuxième ligne de défense. Est-ce qu’il faut aussi que je te dise comment combattre ?

Au fur et à mesure qu’elle parlait, sa voix devenait de plus en plus forte. Matt la regardait, les yeux écarquillés. Elle prit une grosse inspiration, comme si elle allait crier. Il plaqua sa main sur sa bouche.

— Je crois qu’ils fouillent les étagères.

Il regarda par le petit judas. Ils étaient dans la pièce d’à côté, il les voyait par la porte. Puis il mit la main dessus pour que Benigna ne puisse pas regarder.

James avait raison. Elle avait une mentalité perverse. Quelqu’un lui avait trop lu de contes de fées.

Il entendit un senseur biper, puis une voix dire :

— Sergent, y’a...

Puis un bruit de chair molle. Merde. Matt ouvrit le passage.

— Quoi ? cria Benigna.

Matt soupira. Les cris n’aideraient pas. Il lui lança un regard noir. Sans constater d’effet notable.

— Reste ici en silence, je reviens, ordonna-t-il en essayant d’imiter Lance.

Il s’éloigna, jeta un coup d’œil en arrière. Elle boudait à nouveau, mais en silence. Ça avait marché. Matt laissa son sac avec Benigna et referma le passage, avant de soupirer de soulagement en empoignant son pistolet et de se diriger vers la pièce où on se battait.

LA PIÈCE où James se faisait battre, plutôt. Il faudrait lui fournir un bon entraînement de combat rapproché. Il combattait comme un... Comme un... Comme un soldat. Mal.

Le premier type était tombé directement, mais les autres savaient qu’il était là désormais. Un deuxième l’avait attendu de pied ferme avant de le frapper. Un troisième se cachait, pour une raison inconnue.

James avait réussi un moment à tenir tête au second, mais le cri de Benigna l’avait distrait, et il s’était pris un direct dans le menton. Il avait mal et essayait de se mettre en garde, mais il était inquiet pour Matt et la nonne.

Et pourtant, James avait l’avantage du poids et de la taille sur son adversaire. Qui, lui, avait l’avantage d’être petit et souple, avec des réflexes qui n’avaient rien d’humain. Et pourtant, James vérifia, il avait un cerveau normal. Mais l’instant que ça lui prit permit à son adversaire de lui placer trois coups, et il se sentit tomber à la renverse, se sachant vaincu. Sauf que l’autre se prit un coup de pistolet dans la tête. Un laser, visiblement.

En titubant, James se releva et regarda dans la direction d’où le coup était parti. Matt avançait lentement, pistolet au côté.

— J’ai cru que ça ne finirait pas comme ça, murmura James en se laissant tomber sur l’épaule de Matt.

— J’ai bien cru que c’était fini, dit Matt en regardant James dans les yeux et en le soutenant. Content que tu ne sois pas mort.

— Moi aussi.

Ils s’embrassèrent et Matt se glissa dans ses bras comme s’il avait besoin d’être réconforté. Réconforté ? Parce qu’il avait tué ce type ? Il avait bien dû tuer quelqu’un avant, non ? Peut-être pas d’aussi près, d’accord. Ah, et il avait dû s’occuper du troisième. Le troisième ? James se releva, essayant de le trouver. Quelqu’un, dans la pièce, les regardait.

Cette personne venait d’avaler sa salive, et James, en un instant, se plaça devant Matt, pistolet à la main. Il devait se concentrer pour rester debout, mais il protégeait Matt comme Matt venait de le protéger.

Benigna.

— Tu... Tu l’as embrassé !

Elle pointa un doigt tremblant vers eux, horrifiée.

— Tu crois qu’elle s’entraîne devant un miroir ? murmura Matt avant d’ajouter à voix plus haute : Allez, Benigna, tu sais très bien qu’on est pédés.

Elle referma la bouche, ses yeux lançant des éclairs.

— Je suis une demoiselle en détresse. Moi ! C’est moi la demoiselle, bon sang ! Pas toi ! Ni toi ! Et je vous l’ai dit cent fois, appelez-moi Beni !

Matt ne voyait pas tout à cause de James, et James clignait des yeux devant la colère de Benign... Beni. C’est pour ça que le troisième soldat réussit à l’attraper si facilement et à poser son pistolet contre la tempe de l’ex-nonne.

— Maintenant, c’est une demoiselle en détresse, dit Matt doucement.

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