Gris à 18%
Chapitre III
PUISQUE JAMES était traqué de près, Matt l’emmena dans un endroit sûr. Un petit magasin de Boise comme il y en avait partout. Avec une salle de conférence à louer derrière. Matt attendit que la secrétaire ait fini son travail sûrement essentiel à base de vernis et d’ongles avant d’aller vers elle.
— Vous voulez du café ? Autre chose ? demanda-t-elle.
Matt hocha doucement la tête. Il y avait sûrement des micros quelque part.
— Oui, ma tablette ne fonctionne pas.
— Je vais m’en occuper, dit-elle en souriant avant de s’éloigner avec l’engin.
James leva un sourcil interrogateur.
— Elle va couper les micros. On pourra parler. Et changer la puce de la tablette.
— Tu as confiance en elle ?
— Oui.
Matt la connaissait plutôt bien. James, sans se faire prier, attrapa une chaise et s’y assit. Là, il se prit la tête dans les mains et ne bougea plus, grommelant de temps en temps. La fille revint, tablette dans les mains, avant de s’éloigner à nouveau. Matt s’assit plus ou moins en face de James.
La tablette contenait désormais une puce de la Cellule Bleue de Boise. Il envoya au centre toutes les données dont ils avaient besoin puis regarda James. Il avait les poings dans les cheveux, et ses articulations semblaient devenir blanches.
— James, dit Matt doucement.
Il n’aimait peut-être pas ce mec, mais la réaction avait l’air d’être violente.
— James, j’ai fait ça plein de fois. Il n’y a pas de problème.
Inutile de préciser qu’il l’avait fait quasiment à chaque fois avec une équipe et une surveillance réduite.
— Tu as quel âge, Matt ?
— Vingt-trois ans. Presque vingt-quatre.
Immédiatement, il se sentit bête d’avoir ajouté ce presque, mais il n’avait pas pu se retenir. Et James renifla encore.
— Et tu as fait ça combien de fois ?
— J’ai fait dix-sept extractions de chez les Rouges.
Les gens demandaient souvent, alors il comptait. Quand il faut fuir, il faut avoir confiance dans le passeur. Sinon, la punition était brutale.
— Dix-sept... Oui, c’est bien. Écoute. Si on doit s’en sortir ensemble, autant que tu saches quelque chose.
— D’habitude, c’est moi qui dis ça.
— Je n’en doute pas. Bon. Il faut que tu saches... En rééducation, ils ont fait quelque chose à ma tête.
La pause qui suivit fut si longue que Matt crut que c’était tout.
— Ils t’ont rasé ?
Cela dit, ça ne semblait pas dater d’hier. C’était juste assez long pour commencer à boucler. Comme si ses cheveux d’or s’enroulaient autour de ses doigts.
— Non, ce sont les Bleus qui ont fait ça, dit James en faisant des yeux de merlan frit. Enfin, pour être honnête, les Bleus ont aussi fait d’autres choses qui ont conduit à ça. Mais c’est la rééducation qui m’a foutu en l’air et je suis... pas toujours... normal, disons.
Matt lui toucha doucement la main.
— Personne ne peut être toujours maître de soi, tu sais.
— Imbécile.
Enfin un signe d’émotion ! Il avait relevé le coin de ses lèvres !
— Je veux juste dire que ma tête... fonctionne différemment.
— Hein ?
— Ah, merde...
James fixa le sol pendant une interminable minute.
— Bon, je ne crois pas que tu doives le savoir, et je sais même que tu ne devrais pas le savoir, mais je crois qu’il faut que tu saches.
— Génial. J’adore les discussions qui commencent comme ça.
Ou pas.
James lui lança un regard plein d’ennui, puis changea de sujet.
— Comment tu vas me réencoder sans que le traqueur s’en rende compte ?
— J’ai un mannequin. On peut s’en servir à peu près n’importe où, mais c’est mieux si on le fait chez toi, histoire de pas les inquiéter. Ça paraîtra étrange si tu restes dans un café toute la journée, mais ils voudront bien croire que tu dors pendant douze heures.
— Et mes vêtements ?
— Quoi, ils traquent aussi tes vêtements ? C’est normal, ça ?
— Tu sais, le triangle rose, ce n’est pas juste pour le style.
Encore une fois, ses lèvres remontèrent d’un millimètre. C’était mignon. Non, pas mignon. C’était étrange. Unique. Merde.
— Merde, dit Matt tout haut. On s’en occupera aussi, alors. Et ce n’est pas terrible si on reste trop souvent en public ensemble, ni pour toi ni pour moi. S’ils me font une prise de sang, je suis grillé.
— Tu as le gène aussi ?
Houlà. Si James n’était pas gay, après ça... S’il avait le gène ‘gay’, il avait logiquement quatre-vingt-deux pour cent de chances de l’être. Les scientifiques n’avaient pas isolé de gènes en particulier, mais il devait forcément y en avoir un ou deux. Et les États rouges avaient considéré ça suffisant pour introduire l’idée de la rééducation.
Pour attraper les trente-cinq pour cent d’homos qui n’avaient pas le gène, il restait toujours la bonne vieille délation.
— Ils t’ont eu avec ça ?
— Oui. Un des gardes a trouvé que j’étais trop souvent avec un autre prisonnier et il nous a envoyé faire une prise de sang. L’autre n’avait pas le gène, donc il est simplement dans un enfer normal. Pas assez de témoins contre lui.
Ceux qui n’avaient pas le gène avaient ‘besoin’ de trois témoins pour être dénoncés comme homos. Matt essaya de se retenir. Impossible.
— ... Et il l’était ?
— Oui, il l’était. Et oui, je le sais parce que je couchais avec lui.
James le regarda droit dans les yeux. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Est-ce que ça voulait dire quelque chose ? Ou est-ce que c’était pour parler du passé ? Merde.
— Bon. Bref. Ce n’était pas mon plan de départ, mais tant pis. Je pensais qu’on pourrait partir ce soir, donc j’avais pensé venir après la tombée de la nuit, activer le mannequin au même moment qu’on désactivait ta puce, et nous barrer. On aurait eu douze heures pour réencoder ta puce afin de faire croire que tu étais un détenu de niveau deux. On a un agent Bleu au Colorado qui s’introduit régulièrement dans le système de traque par satellite des Rouges. Il crée des fausses identités, des codes, et reprogramme tout ce qu’il peut. Et brouille quand il ne peut pas.
Matt pouvait désactiver sa propre puce pour être indétectable aux yeux des robots Rouges. Mais les puces des Rouges avaient un traceur, même éteintes. Et les gens avec des puces dans les États Rouges étaient des Bleus, des miliciens Rouges, ou des criminels. Style, un homo en fuite avec un agent secret Bleu homo. Histoire de bien combiner.
— Après ça, on se barre de Boise et on devrait arriver en Ontario dans les trois jours.
— Trois jours ? On y va comment, en marchant ? dit James d’un ton sarcastique.
Matt fit un large sourire.
— Bien sûr, oui.
Une des choses bien chez les Rouges, c’est que beaucoup de gens ne pouvaient pas se permettre autre chose que des chaussures. Parfois, un cheval, mais c’était rare. En plus, se cacher à pied était beaucoup plus facile. Le colis et son convoyeur devaient sortir de là en vie, et Matt avait appris par expérience que marcher était le moyen le plus discret.
— Un Feng Niao viendra nous chercher à Baker. Ou à Camp Joseph, si on doit prendre le chemin de secours.
— Je suppose qu’on n’enverra pas les militaires pour moi, hein ?
— Violation de la Déclaration des Coins.
Les forces Bleues auraient pu l’aider tant qu’il était prisonnier, mais plus maintenant qu’il était ‘libre’. Le seul moyen de sortir d’un camp Rouge, c’était de signer des tas de documents jurant loyauté aux Rouges et d’être traqué en temps réel par un satellite. Heureusement, chez les Bleus, on considérait que les papiers n’avaient aucune valeur, parce que signés sous la contrainte. Par contre, si le papier était signé, les militaires ne pouvaient plus aider leurs soldats prisonniers. Ils devaient passer par le SEH ou une autre ONG. Intervenir directement aurait été considéré comme un acte de guerre.
Les engins de traque électroniques étaient difficiles à désactiver. On n’extrayait presque jamais des États rouges un prisonnier de niveau un. Presque tous devaient attendre les deux ans réglementaires pour se retrouver niveau deux. Donc, si on envoyait un agent chercher James, c’est que quelqu’un, quelque part, tenait beaucoup à lui.
— Tu as toujours ton Cervcom ?
Presque tous les officiers avaient un petit engin dans le cerveau permettant de communiquer sans parler. Ce serait plus simple à l’avenir.
— Non. Jamais eu. Chez les Psy-forces, il n’y a que les officiers de com qui en ont.
Bizarre. Même les sous-offs réguliers en avaient.
— Tant pis. Ça ne fera pas beaucoup de différence. La moitié du temps, de toute façon, je n’arrive pas à les reconnecter.
James hocha la tête, se repoussa en arrière, bras sur la poitrine, les yeux dans le vague. Et Matt savait, en voyant sa mâchoire se décrisper, qu’il se détendait.
— Bon. Notre premier chemin, c’est de passer par Payette, traverser sur le pont 52 avec nos faux papiers. Le second chemin, c’est de choper deux trucs qui nous attendent dans une ferme près de Weiser. On les ‘vole’, et on se barre direction la Snake River, puis on remonte le Canyon de l’Enfer, jusqu’au Barrage de l’Enfer.
— C’est loin au nord.
— Mais plus sûr, et c’est tellement idiot qu’ils ne s’y attendront pas. Ils penseront qu’on veut s’enfuir au plus vite, et on prend le chemin le plus long. Histoire qu’ils soient bien confus.
— Tu es préparé, je vois. Tu es déjà passé par là ?
— Je suis déjà sorti d’Idaho avec un plan pareil cinq fois.
Mais jamais par le Canyon de l’Enfer. Pourvu qu’il ne demande pas.
— Par le Canyon de l’Enfer aussi ?
Merde.
— Non. Jamais eu besoin de passer par là. Mais on a un bon réseau de maisons sûres. Qu’on ne peut pas utiliser, parce que tu es suivi en temps réel.
— Et normalement, tu fais quoi ?
— On sort les prisonniers de niveau deux, on éteint leur puce, on laisse un mannequin dans un endroit plausible. Un camping, quelque chose comme ça. Puis on marche en évitant les milices. Parfois on sort aussi ceux qui ne sont pas encore fichés gays. C’est encore plus simple.
James lui lança un long regard froid, indéchiffrable.
— Ça ne sera pas aussi simple avec moi.
— Tu as l’air sûr de toi.
Il y avait sûrement une bonne raison. James n’avait pas l’air d’être le genre de type alarmiste. Et, de ce que se rappelait Matt, James avait toujours été calme. Calculateur, même, en fait.
Quand ils avaient quatorze ans, ils avaient dû éteindre un incendie de prairie. Ils avaient passé la journée à creuser des tranchés et s’étaient retrouvés coincés avec plusieurs autres ados quand le vent avait tourné.
Ils savaient tous quoi faire, mais seul James était suffisamment calme pour imposer sa volonté, donner des ordres, allumer un contre-feu, allonger chacun dans son abri.
Ce jour-là, Matt crevait de chaud, mais il était glacé, plein de terre et de bleus. Son abri doublé d’aluminium le protégeait, et il avait l’impression qu’on entendait son cœur à des kilomètres à la ronde. Il était si terrifié qu’il avait envie de vomir dans son minuscule espace vital. Il s’était relevé à quatre pattes.
Et puis il avait senti une main sur son épaule.
— Couche-toi.
C’était les premiers mots que James lui adressait. Il s’était rallongé, et le feu ne s’était jamais approché, grâce au contre-feu. Matt essaya de revenir au présent.
James se passait la main sur le menton, grattant sa barbe de trois jours. Il n’avait probablement pas de rasoir sonique ici. Il soupira. Pas besoin d’être psychologue pour comprendre ce qui se passait. James ne voulait pas – ou ne savait pas comment – lui dire quelque chose.
— Donc... Tu sais ce que font les Psy-forces, je suppose ?
— De la guerre psychologique ? Style... Attirer l’ennemi dans des situations où on a l’avantage, les déstabiliser, ce genre de trucs ?
— Oui, on fait ça aussi. Moi, je suis plutôt dans la branche qui essaie de prédire les réactions de l’ennemi. Réactions individuelles et de groupe.
Il semblait attendre une réaction, justement. Matt hocha la tête.
— Donc... On se déploie avec d’autres forces quand on nous demande. Un ou deux d’entre nous par bataillon. Et on essaie de deviner où la bataille va se dérouler et comment la finir au plus vite. Et en principe, on combat aussi en même temps. Mais c’est l’armée. Et quelqu’un a fait des recherches, quelque part, et quelqu’un a proposé de changer les soldats en armes nouvelles. C’est novateur, hein ?
James grogna.
— Euh...
— Et donc ils ont expérimenté sur quelques Psy-forces. Je ne sais pas combien. Mais ils n’avaient pas le choix. On leur a implanté quelque chose dans la tête. Et on les a envoyés au combat comme les autres, mais bardés de capteurs, pour faire des expériences.
— Attends, tu veux dire...
— Je veux dire que je suis un des cobayes. Et que les Rouges ont trouvé que c’était étrange, tous ces capteurs sur moi, quand ils m’ont capturé. Ils savent que je suis différent.
— À quel point ? Et ils savent quoi exactement ?
— Ils savent que j’ai des implants, et qu’ils aimeraient les connaître. Je ne sais pas s’ils le gardent pour eux ou s’ils l’ont partagé avec toute la Confédération Rouge, par contre.
— Bordel de merde... Moi qui pensais que ce serait plus simple parce que tu venais des forces spéciales. Je préfèrerais encore ressortir à nouveau ce couple de lesbiennes avec leurs deux gosses de l’Utah !
— Moi aussi, crois-moi.
James sourit. C’était mignon. Il relevait un coin des lèvres et pas l’autre. Et sa barbe de trois jours le rendait sexy aussi. Matt secoua la tête en essayant de se reconcentrer.
— Bon. Tu vas me dire ce qu’il te fait cet implant, maintenant ?
— Comme... Un sixième sens ? C’est comme si j’avais un autre organe sensoriel accroché au cerveau. Je peux déchiffrer les émotions, les intentions. Deviner ce que les gens sentent. Je sais quand quelqu’un me tend un piège, ou me suit. Ou se rappelle que j’étais un gros connard au lycée.
— C’est pas vrai... dit Matt après un silence un peu trop long.
Pas mieux.
— Moi si, par contre. Pardon. D’avoir été comme ça. Par rapport à Steve.
James toussota. Matt, les yeux écarquillés, se taisait. Il devait admettre que James avait un truc dans le cerveau et qu’il s’excusait, tout en même temps ? Autant commencer par le facile.
— Mais tu ne peux quand même pas lire dans les pensées des gens, si ? C’est ce que tu disais. Tu devines juste des intentions ?
L’idée en soi n’était pas neuve. Mamie Anaïs en parlait depuis longtemps. Et puis, si on pouvait communiquer avec des Cervcom...
— C’est ça. Mais en sachant ce que les gens ressentent, je peux en général deviner ce qu’ils pensent.
— Tu t’es endormi sur une table d’opération, et réveillé télépathe ?! Et ta tête, elle va bien ?
— Bof. J’ai failli devenir fou, au début. Il m’a fallu des mois pour m’y habituer. C’est comme avoir un nerf à vif et chaque personne qui saute dessus à pied joint. J’ai fini par réussir à l’ignorer. Comme quand tu es dans une pièce bondée et que tout le monde parle, mais que tu n’entends que si tu fais attention. Il me fallait probablement un temps de... d’adaptation, oui. Quand je passe du temps avec quelqu’un, je sais reconnaître u bout d’un moment sa... ‘signature mentale’, disons. Je les connais, quoi, comme on reconnaît la voix de quelqu’un.... Putain, ça ne veut rien dire, en fait.
— Si, si, je crois que j’ai compris. Si tu croises quelqu’un que tu ne connais pas et que tu es entouré de gens que tu connais, tu peux faire le tri entre les pensées de ceux que tu connais et celui que tu ne connais pas, c’est ça ? Mais quand tu es entouré de nouveaux, tu es perdu.
— C’est à peu près ça. Les ondes cérébrales sont aussi différentes que les voix. Et elles sont directionnelles. Donc, si je sens que quelqu’un se fait chier, je sais aussi d’où ça vient. Et une fois que je me suis habitué à lui, je sais qui se fait chier.
— Et en prison, ça... ?
— Pareil. Je faisais partie d’un peloton de Rangers quand j’ai été capturé, et ils nous ont séparés presque immédiatement. J’ai rencontré mon... euh... ami, dans le camp. Un aviateur.
Soudain, Matt sentit son communicateur vibrer, brisant sa concentration. De toute façon, il ne voulait pas en savoir plus sur l’amant de James.
— On a cinq minutes. Juste, réponds-moi. C’est ça qu’ils ont modifié en prison ? Ton habileté à sentir les émotions et les intentions ?
James hocha la tête.
— À quel point ?
— Je suis plus précis, et je porte plus loin. En extérieur, je peux repérer quelqu’un à deux rues de distance, mais je ne sais pas d’où il vient. C’est probablement une question de ligne de vue. Les bâtiments massifs semblent me gêner.
— Ce n’était pas le cas avant ?
— Si, probablement, mais la portée me gênait plus. Je pouvais voir un type à cinquante mètres, mais pas le sentir. Maintenant, je peux.
— Merde... Et tu veux sortir d’ici, hein ? Je ne suis pas en train d’interférer dans une mission super-secrète ?
C’était peu probable, puisque c’était les Opérations Spéciales qui l’avaient contacté, et le QG de l’armée avait dû signer aussi les ordres de mission. À moins qu’il y ait – encore – eu un problème de communication.
— Je veux sortir, oui. Mais il y a un autre problème : quelqu’un vient me faire signer un papier tous les jours.
— De mieux en mieux... Vers quelle heure ?
— Surprise. Parfois c’est à la porte de l’appart’, parfois un type au bar. Une fois, ils m’ont abordé dans la rue, avec une fausse pétition. On devrait attendre le prochain passage avant de se barrer juste après. Et passer par le Canyon de l’Enfer, et je pense que tu devrais éteindre ma puce en même temps.
— Ça prendra longtemps et ça augmentera les risques. Pour nous et pour nos amis du Colorado.
— Les milices sont un gros risque, ils pourraient avoir ma photo dès que la nouvelle de mon échappée leur sera parvenue. Et le Canyon de l’Enfer est suffisamment escarpé pour bloquer les communications satellites.
C’était vrai, et Matt le savait.
— Tu veux vraiment partir, alors ?
— Ça bouge, Matt, dit James, les yeux perdus à nouveau.
— James ! Qu’est-ce qui bouge, bordel ?
— L’implant. Ça n’a pas seulement changé quand ils m’ont exposé à leurs vidéos de rééducation et de stabilisation. Ça continue de changer. Tu es bon pour être discret, Matt. Je savais que tu me suivais parce que je t’ai senti derrière moi, tout à l’heure.
— Tu disais que c’était normal...
— Ce n’est pas normal que je sache que tu me suivais. Tu pouvais suivre n’importe qui. Et il y a régulièrement des petites nouveautés comme ça qui apparaissent. Je ne sais pas ce qui se passe dans ma tête, ni comment ça va se terminer. Je veux rentrer chez moi, partir d’ici.
— Grr ! D’accord ! On bouge. Rentre chez toi, fais tes affaires, et, dès que tu as signé, fais-moi signe.
Matt atteignait maintenant un tout nouveau niveau de frustration.
— Je vis dans la vieille ville, il y a plein de bâtiments, pas que d’habitation. Au troisième étage, dans la rue derrière chez moi, il y a un entrepôt vide, dans le coin nord-est. Par le toit, tu peux y arriver, je l’ai fait. En grimpant la gouttière au nord, puis en passant par-dessus le mur. Dès que je serais prêt, j’allumerais la lumière de la troisième fenêtre en partant du coin sud-est. C’est chez moi.
— Tu avais prévu ça ?
— À ma place, tu n’aurais pas vérifié toutes les possibilités d’échappatoire ?
— ...Si. D’accord. Vas-y, je serais une trentaine de minutes derrière toi. Il faut que je passe un coup de vid.
— Je suppose que mon adresse était dans le dossier ?
Matt hocha la tête et James se leva.
— Merci, Matt, dit-il en s’éloignant.
Ça va être la merde...
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