Gris à 18%

Anne Tenino · Chapitre 7 sur 25

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Chapitre VI

 

ILS N’ÉCHANGÈRENT quasiment pas un mot avant d’avoir franchi la banlieue de Boise. Jusqu’à ce que James dise :

— Je suis un connard.

Matt hocha la tête et renifla bruyamment, mais continua de marcher. Ils étaient sur un petit sentier qui longeait une route. Pas beaucoup d’herbe. Beaucoup de poussière et de cailloux. Ils ne se cachaient pas. Ils évitaient d’attirer l’attention, c’est tout.

Matt avait programmé le réencodeur pour allumer le mannequin et éteindre James au même moment. Ils avaient laissé le triangle rose avec le mannequin, chez Lauryl. Elle les mettrait chez James avant 17h30. Et le lendemain matin, ils verraient s’il valait mieux reprogrammer la puce de James ou l’éteindre complètement. S’ils l’éteignaient, il faudrait éviter les miliciens, les réguliers et les chasseurs de primes probables.

Pour l’instant, ils avaient l’air de chasseurs partis pour un week-end. C’était l’automne. Un automne comme il y en avait beaucoup ces années-ci, peu pluvieux. Avec du soleil et des bonnes températures. Les nuits étaient souvent fraîches et humides, pénétrant jusqu’au fond des os, mais la saison pluvieuse n’était pas encore arrivée.

Le GRI débattait encore pour savoir si le réchauffement climatique était dû à l’activité humaine Mais plus personne ne se demandait si le réchauffement climatique était réel ou pas. Des Rocheuses au Mississippi, il ne pleuvait presque plus. Le bassin fertile de l’Amérique était un désert qui s’étendait rapidement. Avec une population de plus en plus pauvre.

L’Idaho avait de la chance. L’Idaho, l’Oregon Est et Washington Est avaient quasiment deux fois plus de pluie que pendant le vingt-et-unième siècle. La population d’Idaho était aussi pauvre, mais pour d’autres raisons. Une politique d’échanges complètement conne, par exemple.

— Tu es un connard.

Matt avait attendu si longtemps pour répondre à James que ça ne parut presque pas une réponse.

— Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu pouvais faire ça ?

James haussa les épaules. Et soutint le regard de Matt. Un moment.

— Je m’en suis rendu compte qu’hier. Et je n’étais pas sûr avant ce matin.

— Pas mal en tout cas. Et maintenant dégage de ma tête.

— D’accord.

Que dire de plus ? Maintenant qu’il pouvait s’occuper de sa puce seul, il pouvait aussi sortir seul, mais il ne voulait pas. Même si Matt boudait.

James était dans la merde. Il ressentait... quelque chose pour Matt. Il l’avait toujours désiré, et sept ans ne changeaient rien à l’affaire.

— Bon, je ne sais pas si je dois me fier à toi, mais bizarrement, c’est le cas. C’est complètement con, en fait. Mais si jamais tu recommences, tu te démerdes seul. Tu peux contrôler ça, au moins ?

Matt s’arrêta pour regarder James droit dans les yeux.

— Je... Je crois. Tant que je ne pense pas qu’à moi.

Il essaya de sourire. Matt grogna quelque chose et reprit sa route.

— Tu sais... Je ne devrais même pas faire ça. Je devrais dire à mon grand-père de donner le boulot à quelqu’un d’autre. Conflit d’intérêt. Je suis un putain d’agent du SEH, dans ce putain d’Idaho, avec la putain d’extraction la plus dangereuse de tous les temps...

C’était une exagération, ça, non ?

— ... Et un putain de connard qui était un putain de coincé qui me traitait de pédé au lycée et a eu la putain de bonne idée de se déclarer homo dans un putain de camp de rééducation Rouge ! Merde !

— J’étais déclaré bien avant.

James avait bien pesé la petite note dans sa voix. Lui aussi pouvait être pimbêche, s’il voulait.

— Ha ! Super ! Et pourquoi ça ? Parce que dans le camp de prisonniers avant la rééduc il n’y avait aucune chatte ?

— Va te faire foutre.

Quitte à bouder, autant être deux. Matt murmura encore quelque chose d’inintelligible et ils continuèrent de marcher plus ou moins en silence. Ça allait être une sacrée longue randonnée.

Matt était suffisamment énervé pour forcer un peu sur sa jambe. Un peu trop, comme il le découvrit au matin. Quand on lui avait donné cette prothèse creuse, il avait cru que c’était une amélioration. La précédente était trop lourde et lui faisait mal au genou. Mais parfois, quand il faisait froid, quand il avait trop marché, il ne savait pas si c’était vraiment une amélioration.

Peut-être que le petit génie qui avait conçu le matériau de cette nouvelle prothèse n’avait pas pensé aux aspects pratiques de la chose. Certes, il avait une jambe neuve et légère. Mais elle faisait toujours mal au genou quand il avait trop marché. L’avantage, c’était qu’il pouvait passer discrètement des objets chez les Rouges. Et les nerfs artificiels en dermacoton lui donnaient presque l’impression d’avoir de nouveau une vraie peau.

Le temps de sortir d’Emmett, il avait l’impression que sa jambe allait le lâcher. Ils allaient passer par le nord-ouest, sur des petites routes, en se dirigeant vers Emmett Valley. C’était une route imbécile, donc improbable, et il y avait moins de trafic qu’en pointant droit sur Snake River.

Ce fut James qui rompit le silence le premier.

— J’ai passé pas mal de temps dans un camp de prisonnier avant la rééducation. Ils n’ont pas particulièrement envie que les prisonniers travaillent. Du coup je ne suis plus trop en forme pour tout ça.

Il sourit tristement à Matt qui ne dit rien et continua sa route.

— Pourquoi on ne s’est pas arrêtés au refuge ?

Il y avait beaucoup de refuges autour d’Idaho, puisque beaucoup de gens ne pouvaient se déplacer qu’à pied. Mais leur qualité variait beaucoup puisqu’ils étaient privés. Et les propriétaires pouvaient faire payer la somme qu’ils voulaient aux voyageurs épuisés.

Matt ne voulait pas y aller parce qu’il voulait éviter les autres voyageurs. Il pouvait y avoir un espion parmi eux, quelqu’un qui voudrait les suivre ensuite. Et puis dans la nature, il pouvait mettre des alarmes autour de son camp. Ça exigeait du matériel cher, mais rien d’illégal. Si quelqu’un déclenchait les alarmes par erreur, il poserait sûrement des questions, mais Matt pourrait lui parler de ses droits personnels et du respect de la vie privée. Ici, c’était vraiment sacré.

James devait le savoir.

— Est-ce que tu essaies juste de relancer la conversation avec moi, ou est-ce que tu es vraiment mort ?

James renifla doucement. Il aimait décidément bien renifler.

— J’essaie de te faire parler.

Matt s’arrêta et posa son sac.

— Alors tais-toi et prépare à bouffer. Je vais poser les alarmes de périmètre.

James soupira mais alla chercher de l’eau à la rivière proche, la passa dans le filtre à UV et passa en revue les rations lyophilisées. Matt le vit lever un sourcil appréciateur en découvrant la variété de plats que ces rations offraient. Il aimait la bouffe, donc. La bonne bouffe ?

— J’ai envie de bœuf Strogonoff, les pastilles marron-violet, dit Matt sèchement avant de s’éloigner poser ses alarmes.

À son retour, Matt avait réhydraté le repas. Cette fois, c’est Matt qui leva un sourcil en voyant le soufflé au saumon que James avait choisi. Ils dînèrent presque sans un mot.

Quand Matt fit son rapport, c’est Papi Sid qu’il eut. Matt se sentait assez proche de lui, depuis toujours. Même si professionnellement, il suivait plutôt les traces de Lance.

— Eh bien, Papi, qu’est-ce que Lance a dû te faire pour te persuader de travailler dans la com ?

— Tu veux vraiment le savoir ?

— Sûrement pas, non ! Oublies ça ! C’était juste histoire de causer.

— Bon, en fait, c’est que tout va mal ici. Tout le monde est sur la brèche.

Pile à ce moment, Anaïs passa derrière Sid et fit signe à Matt. Mais ses lèvres restèrent pincées. Cette femme était une légende des Forces Spéciales, et si elle était là, c’est que tout allait vraiment mal. Elle ne sortait de sa retraite que dans les situations désespérées.

— Mets ton com, lui dit Sid.

Matt jeta un coup d’œil à James qui le lui rendit avant de s’éloigner un peu. Avec le com, Matt pouvait entendre le SEH, et répondre discrètement, sans que James n’entende rien.

— C’est bon.

— Tu connais Ayala ? De vue ?

Mamie Anaïs était sortie de son repaire à cause de James ?

— Ouaip.

— Sûr que c’est lui ? Pas un imposteur ? Ni un droïde ?

Merde.

— D’instinct, je dirais non. Il a parlé de trucs de lycée que personne ne doit connaître.

Un imposteur n’aurait pas connu Steve, si ?

— Et puis un droïde, ça n’a pas d’émotions, non ?

James avait bien montré des émotions. Peu, mais quand même. Plus qu’au lycée. Imposteur ? Nan. Seul face à ses pensées, Matt secoua la tête. Non. Sûrement pas.

— À priori non. Et les Rouges n’ont probablement pas inventé ça. Pas un imposteur, donc ? Envoie-moi quand même un scan rétinien, fiston.

— Bon, soupira Matt. J’ai droit à une explication, au moins ?

— Lance a demandé les papiers originaux aux QG des Forces Spéciales, et apparemment personne d’officiel n’a signé quoi que ce soit, et ils sont tous convaincus qu’il est mort dans une tentative de fuite il y a deux mois.

— Et ils attendent une vérification génétique ?

— Oui. En gros, un type qui s’est apparemment échappé a dit qu’un de ses camarades, le lieutenant James Ayala, était mort dans la tentative. Sans aucune preuve, bien sûr. Mais c’est douteux. Et puis on ne sait pas qui a lancé le contrat pour l’extraction.

Matt hésita.

— Je suis sûr que c’est lui, j’en mettrais ma main à couper. Mais donc je risque ma vie en campant avec un possible connard ?

Sid rit doucement.

— Tu as l’air de douter, Matt. C’est un connard, ou tu paries que c’est lui ?

— N’essaie pas tes trucs sur moi, vieux pédé. Restez connectés, je vous envoie le scan.

— Attends. Encore une chose. Noah Cabrone a été arrêté par les Rouges. La cellule de Boulder avait un agent double qui nous a tous trompés. Donc maintenant il n’y a plus de secours à attendre à propos du satellite.

Merde.

— On a trois extractions qui sont en risque maximal. Pour le moment, tu es seulement en code jaune. Envoies le scan dès que possible et viens refaire ton rapport à 7h30.

— D’accord.

— Bisous, dit Sid avant de se déconnecter.

Vieux fou sentimental. Mais ça réconfortait toujours. Après avoir enlevé son com, Matt retourna vers James.

— Mec, j’ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi.

— Mec ? On est amis, maintenant ? Tu dois vraiment avoir besoin de moi.

Matt se figea.

— Encore en train de bouder ? Je pensais que tu aurais fini, maintenant, dit-il doucement.

— Euh... Oui, pardon, dit James en rougissant.

Matt s’en émerveilla. Encore une fois, il essaya d’imaginer un imposteur. Impossible. Il n’était pas le type calme, pondéré, presque sans émotion qu’il avait connu au lycée, mais déjà à l’époque, il était presque comme ça. Il avait un autre côté. Pas vraiment un côté joyeux, mais tout de même. C’était James, le vrai James. Il en était sûr. À peu près.

Matt sortit un scanner de sa jambe – un scanner de poche dans une jambe, c’était quand même fantastique, non ?

— Tu as besoin de quoi ? demanda James, qui semblait s’être résigné en voyant l’objet.

— Un scan. De ta rétine.

James hocha silencieusement la tête et se pencha en avant. Au moins, ça ne dura qu’un instant. Matt transmit le scan, puis entreprit de refermer sa jambe. James demanda :

— Tu as le droit de me dire pourquoi ?

James avait le visage prudemment inexpressif. Matt finit de replier sa couche dermique sur sa jambe et réfléchit un instant. James l’avait énervé ce matin. On pouvait même dire qu’il l’avait violé mentalement. Mais Matt ne se sentait pas violé. Juste énervé. Il ne s’était pas demandé pourquoi sur le moment, essayant juste de passer outre.

Il releva les yeux dans ceux de James. Et il sut qu’il lui dirait. Le scan avait été envoyé, que pouvait-il faire de plus ? Et puis Matt était armé, entraîné et en meilleure forme que James de toute façon, maintenant qu’il ne le surprendrait pas en tombant d’un échafaudage. Enfin, sûrement. Et James avait un fusil à pompe. Enfin...

— L’armée dit que tu es mort. Le scan, c’est pour vérifier que tu ne l’es pas.

James était passé de inexpressif à choqué en moins d’une seconde. En même temps, apprendre qu’on est mort à son insu, ça devait faire un choc, effectivement.

— Mais...

— J’ai dit que j’étais convaincu que tu étais toi. Pas un droïde, pas un imposteur.

— Mais... Je ne suis pas mort...

Matt gloussa.

— Oui, il me semble bien que tu es vivant, aussi. Mais tu es différent. J’aurais pu croire à la théorie de l’imposteur.

— Pourquoi tu n’y crois pas ?

— Parce que tu ne l’es pas, non ?

— Non, mais tu l’as dit, je suis différent. J’aurais pu te faire croire que je suis le vrai James Jeremiah Ayala de Weimer, Oregon, qui était au lycée avec toi. Et tu crois même cette histoire de la technologie implantée dans mon cerveau.

— Jeremiah ? Joli nom, dit Matt en souriant.

James rougit. C’était mignon, ça aussi.

— Écoute. Je suis toujours énervé à cause de ce matin, mais je crois que tu ne l’as pas fait vraiment exprès. Pas complètement. Et je sais que tu ne fais rien à ma tête pour le moment. Et que tu es toi. Mais si tu continues, je risque de douter. Donc tais-toi si tu ne veux pas que je te ligote avant de t’abandonner ici.

James ne pouvait pas faire autrement que rire doucement. Matt avait rouvert son esprit – qu’il avait masqué toute la journée, d’ailleurs – et il croyait ce qu’il disait.

James riait, de soulagement et de peur. Et parce que Matt le croyait, alors que les éléments contre lui s’accumulaient. Et il aimait savoir que Matt le croyait.

James riait à l’idée que Matt le ligote.

— Pardon pour ce matin, je ne voulais pas te faire sentir comme ça.

— Tu as dit que tu ne m’as rien fait, pas vrai ? Tu as juste poussé un peu mon esprit. Ce n’est pas ça ?

James hocha la tête, regardant le sol. Bizarrement, aujourd’hui, il s’était senti gamin. Matt haussa les épaules, presque trop nonchalamment.

— Donc voilà. Je voulais te sucer. Tu voulais que je te suce. On est des mecs. Le sexe, c’est aussi des sentiments. Et pour une raison ou une autre, je te crois quand tu dis que tu ne feras plus rien à ma tête.

— Putain, non, soupira James.

Il ne s’était jamais senti comme ça. Qu’est-ce que son implant lui faisait ? Son implant ?

Soudain, une alarme retentit dans la nuit noire. Probablement une des leurs. Elle faisait le même son qu’un klaxon de la vieille époque des voitures à moteur.

Matt se leva d’un bond en empoignant son pistolet DEW à rayons concentrés. James s’était levé aussi, le fusil à la main. Tout aussi mortel, à cette distance.

Mais ils avaient laissé le gros calibre un peu trop loin. Matt couvrait le nord-est, James le sud-ouest. Il entendait Matt respirer dans son dos. Puis un cri.

— Nom d’un casoar en rut ! C’est quoi c’bruit ? Qu’est-ce vous avez mis là, les gars ? Un mec peut plus aller dire bonjour à d’autres mecs sans se faire hurler dessus par des machins ? Allez, éteignez ça ! On n’va pas vous faire d’mal.

James entendait et sentait quelqu’un dans les buissons devant Matt.

— On ? demanda Matt. Tout le monde les mains en l’air et bien en vue, sinon je tire sur tout ce qui bouge.

Sa voix était calme, assurée.

— Juste moi et mon fils. Maint’nant pose ce flingue et éteins c’t’alarme.

James put presque voir le sourire de Matt.

— Quand je verrais votre fils je baisserais mon arme.

Le type marmonna un peu dans sa barbe, puis cria :

— Norris, viens, sinon ce mec va me buter !

Les buissons bougèrent devant Matt.

— Personne d’autre ? demanda Matt en éteignant l’alarme avec sa télécommande.

— Nan, répondit Norris.

— C’est qui dans l’arbre, là-bas ? demanda James.

Un long silence.

— Mon autre fils, Nat. Je l’avais oublié.

Comme si on oubliait souvent son fils. James leva les yeux au ciel.

— Descends, Nat, ou je dis à mon cousin ici présent de commencer à découper ton frère en tranches assez fines pour qu’on voie à travers.

Difficile à faire, même avec un pistolet laser comme celui de Matt, mais les types n’avaient pas l’air de s’y connaître en armes plus évoluées que les vieux fusils de chasse.

— Tu veux que j’y aille ? murmura James tandis qu’ils attendaient que Nat descende.

— Il y a des alarmes partout autour, en gros à quatre mètres d’eux. Vérifie juste qu’elles y sont encore.

Dès que Nat eut rejoint sa famille, James commença à faire le tour du périmètre pour vérifier les alarmes tout en écoutant d’une oreille les négociations entre Matt et la petite troupe.

— Qu’est-ce vous foutez à camper dehors avec des alarmes comme ça ? Les gens vont croire que vous n’êtes pas sympas. Ou que vous avez des trucs à cacher. Je pourrais être le propriétaire, et vous tirer dessus avant de poser des questions.

— Vous êtes le propriétaire ?

— Bon, non, mais ça veut rien dire ! J’aurais parfaitement pu !

— Et vous, qui vous dit que je ne suis pas le propriétaire ? Ou mon cousin ?

Un silence.

— Pourquoi vous seriez dehors à camper, alors ?

Clairement, il n’y croyait pas un instant. James devina le haussement d’épaule de Matt.

— On aime camper.

— Faut aimer, ouais, dit un des fils. Vous avez des équipements bien chers, pour des gens qui campent.

Visiblement, eux campaient parce qu’ils n’avaient pas les moyens de faire autrement.

— On aime bien ça. Pourquoi vous ne vous êtes pas arrêtés au refuge à côté d’Emmett pour la nuit ?

— On va vers l’sud-est, on ne pouvait pas y arriver avant la nuit.

— Et le refuge de la Cabane de Tom ? demanda James qui revenait de son tour d’inspection pile dans le dos de la petite famille.

— L’est plein.

Le vieux toussa.

James savait aussi bien que Matt ce qu’étaient ces mecs. Pas besoin de compétences mentales particulières pour ça. Ils étaient armés, ce qui était normal ici, et ils avaient le pantalon de camouflage habituel. Douteux, peut-être, mais pas inhabituel pour des paysans du coin. Sûrement pas les milices du Gouvernement d’Idaho, mais ça pouvait être des mecs d’une petite milice privée sans le sou. Et ils savaient tous les deux ce qui allait se passer. James ne voulait pas avoir ces types autour de lui, mais il ne voulait pas non plus les laisser repartir et ne pas savoir où ils étaient.

Matt ouvrit son esprit et confirma ce que James pensait. Ils auraient des invités ce soir.

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