Gris à 18%
Chapitre XIX
JAMES RETIRA le bâillon de Johnson mais le laissa menotté par terre quand ils arrivèrent à l’étang. Il fit signe à Matt de continuer à poser les questions.
— Nom, grade et numéro de matricule ?
James le regarda, surpris. Sérieusement ?
— Ne me regarde pas comme ça, j’ai toujours voulu dire ça un jour, c’est tout. Bref. Tu t’appelles comment ?
— Seconde classe Logan Johnson.
— Spécialité ?
— Les armes conventionnelles.
— À propos de quoi tu penses qu’on peut t’aider ? intervint James.
Cette fois, ce fut Matt qui le regarda, surpris.
Johnson se lécha nerveusement les lèvres et pâlit à vue d’œil. James pouvait presque entendre son cœur battre, même à quelques pas. Pourvu qu’aucune sentinelle ne soit aux alentours.
— Vous... Vous êtes pé... homos, non ?
Matt hocha lentement la tête. James aussi, mais d’un air plus entendu. Il commençait à voir où Johnson voulait en venir.
— Comment est-ce que le SEH vient vous chercher ? Comment obtient-on de se faire sortir d’ici ?
— Il nous faut une demande claire, répondit Matt. Il faut un motif valable pour demander une extradition, comme des persécutions si tu es homo, quelque chose comme ça. Alors un tribunal Bleu va se prononcer sur ton cas. Si c’est bon, ils vont proposer des contrats à des ONG, comme le SEH. Si tu aides des agents à s’échapper, tu es à peu près certain de pouvoir sortir bientôt.
Johnson avala sa salive.
— Comment est-ce que... Comment est-ce que mon ami peut demander de l’aide ?
Matt sourit.
— S’il était dans le coin, il pourrait me demander, et j’enregistrerais sa demande. Je l’enregistrerais, pour avoir une empreinte vocale à soumettre aux Bleus, mais ça mettrait en danger ton ami si je suis capturé. Ou il pourrait être plus officiel – et c’est plus dangereux – et téléphoner directement chez les Bleus. Ça fait une bonne preuve pour les tribunaux. Sinon, s’il était là, il pourrait m’envoyer un message, et personne n’en saurait rien, même en cas de capture.
Johnson déglutit encore nerveusement. Il était terrifié, mais James sentait aussi à quel point il avait envie de sortir de là. Il intervint.
— Tu as quel âge, Logan ?
— Trente-et-un ans.
— Pas de famille ni de... partenaire ?
Johnson renifla.
— Partenaire ? Genre un petit copain ? Vous avez vu à qui vous parlez ?
Maintenant qu’il se détendait un peu, Matt et James entendaient un léger accent dans sa voix. Le type rural. Et ça devait être dur, d’être homo dans l’Idaho rural. S’il l’était bien.
— Je ne vais pas me mettre en danger en sortant avec un mec. Le mieux qui puisse m’arriver, si je fais ça, c’est la rééducation. Le pire... Et en plus, je me suis dit que rejoindre les milices allait m’aider. Putain !
James le regarda attentivement. Trouver un copain, ou même un coup d’un soir ne serait pas difficile pour Logan. Même dans l’Idaho. Il était grand, musclé, avec des bons bras et des belles épaules. Cheveux courts, mais qui commençaient à friser sur les temps. Roux, apparemment, même si c’était difficile à dire dans la nuit. Beaucoup des gars que James avait rencontrés avaient un faible pour les roux. À trente-et-un ans, chez les Bleus, Logan aurait su qu’il pouvait trouver quelqu’un sans problème, aurait de l’expérience, serait sûr de lui. Il était plutôt sexy, en définitive.
Mais James ne captait de lui que de la peur et du doute. Et étrangement, il sentait que Johnson se savait peu sûr de lui. Mais qu’il ne faisait rien. James releva la tête vers Matt, qui regardait Johnson à son tour. Il essaya de ne pas sourire. Ni être jaloux. Après tout, il venait de faire pareil.
Mais il fallait bien admettre que voir Johnson attaché les bras dans le dos, assis par terre, avec Matt et James au-dessus de lui, c’était chaud. Autant en finir avec ça. James s’agenouilla et lui enleva les menottes, mais resta agenouillé. Matt l’imita.
— Ça ne te posera pas de problèmes de quitter ta famille ?
— Non. Ma mère est morte. Les autres peuvent aller se faire voir. Sauf un, mais il est assez vieux pour se débrouiller seul, maintenant.
James sentit que Logan serait triste de quitter cette personne, qui que ce soit.
— Tu sais qu’on ne peut pas t’emmener ? dit doucement Matt.
— Oui. De toute façon, j’ai quelques trucs à faire avant.
— Tu veux m’envoyer un...
— Je vais y réfléchir.
Maintenant que les dés étaient jetés, il était terrifié, et James ne savait pas comment le rassurer. Il changea de sujet et demanda des détails sur la traque dont ils faisaient l’objet.
La rencontre au couvent avait été une coïncidence. Personne ne s’attendait à les trouver là. Kandy Melore avait été expédiée avec le détachement régulier parce que c’était un bon moyen de ne pas l’avoir dans les pattes pour les officiers.
Toutes les routes vers la Snake River et le Canada étaient surveillés, électroniquement et humainement. Sans mentionner le Barrage de Brownlee ; James apprit qu’il était aussi surveillé.
Johnson leur avait dit tout ce qu’il savait. C’était un peu triste de devoir le laisser, et James sentait que Johnson était terrifié à la seule idée de les avoir crus. Presque autant qu’à l’idée de rester dans l’Idaho toute sa vie. Presque.
— Hé, James. Tu ne crois pas qu’on aurait le temps de faire des trucs à trois avec lui ? Il est plutôt sexy.
James regarda Matt durement. Hormis le fait que Matt ne coucherait plus avec qui que ce soit d’autre que lui, pourquoi est-ce qu’il emmerdait Johnson ? James s’approcha et lui donna une petite tape sur la tête, tandis que Matt souriait.
— Laisse-le, grogna James. Il est vier... sans expérience.
Et il ne te toucherait pas.
— Comment tu sais ça ?
James renifla et lui lança un regard sardonique. Il ne s’attendait pas à ce que ça fonctionne vraiment. Matt était en train de s’amuser.
Mais James voyait que Johnson rougissait. De plus en plus. Et il percevait quelque chose qu’il ne reconnut pas tout de suite.
De l’excitation. James se força à ne pas regarder le pantalon du type. Il préféra regarder Matt. Qui regardait le pantalon du type. Évidemment.
Matt se tourna vers James, souriant toujours, et agita les sourcils. James savait qu’il plaisantait, mais pas Johnson. Et, mêlée à l’excitation, il sentit la peur.
— La ferme, Matt, dit James.
Mais, cette fois, il se lécha la lèvre. Les yeux de Matt brillaient dans le noir.
Il plaisantait, il n’était pas vraiment intéressé par Johnson, mais James voulait se rassurer. Il attrapa Matt par la nuque et l’attira vers lui.
— Sois sage, grommela-t-il en l’embrassant doucement.
C’était à peine un baiser, plus une caresse qu’autre chose, mais c’était suffisant. Et explicite. Il ouvrit les lèvres de Matt de sa langue et l’embrassa à nouveau.
Peut-être même qu’il gémit. C’était l’adrénaline. Et la situation. Et peut-être le public.
Matt se pencha encore un peu plus sur lui, répondant à son baiser, mais soudain, James put se voir tel que Johnson les voyait, eux. Il tenait Matt par le cou, prenait sa bouche. Assis, forçant Matt à s’agenouiller. Matt se penchait et posait les mains par terre pour s’équilibrer.
S’arrêter aurait été une bonne idée, maintenant. Il commença à reculer, mais Matt le poursuivit de sa bouche. Il répondit à ce nouveau baiser, conscient d’avoir mis Matt dans un état d’excitation maximal, quand il voulait céder tout contrôle. Et le public rendait Matt encore plus excité.
James se dégagea, se redressa un peu. Matt, abasourdi, comme sonné, se reprenait, et James lui murmura quelques mots de réconforts en caressant de nouveau ses lèvres.
Il sentit que Matt réalisait ce qui s’était passé. Qu’il s’était livré, exposé, à quelqu’un d’autre. Matt détourna le regard, loin de James ou de Johnson.
Merde, merde, merde. James s’éloigna à nouveau, se demandant comment limiter les dégâts.
— C’était... sexy, coassa Johnson, les tirant de leurs rêveries.
Deux paires d’yeux firent la mise au point sur lui. Il était maintenant encore plus rouge. Et transpirait.
— Je vais me caresser en pensant à vous chaque nuit...
Sa voix, à peine audible, tremblait. Est-ce qu’il réalisait au moins ce qu’il disait ? Il avait encore une main sur son entrejambe.
Mais apparemment, le spectacle avait rassuré Johnson plus que n’importe quelles paroles. Il sortit un vid et demanda à quel numéro envoyer sa demande.
Matt lui répondit doucement, puis sourit et se racla la gorge.
— Bon, je crois qu’on va te laisser avec ta main, alors.
JAMES SENTAIT qu’il devait s’excuser. Ils n’étaient plus en danger, du moins pour le moment. Ils se dirigeaient vers le sud, et bifurqueraient plus tard vers le nord-ouest. Il ne sentait aucune présence humaine.
Mais il ne pouvait pas s’occuper à la fois des états d’humeur de Matt, marcher et garder l’esprit ouvert pour détecter toute menace. Parfois, il ‘regardait’ quand même l’esprit de Matt, mais à chaque fois, même réponse. Matt s’était à nouveau complètement fermé.
James ralentit, et derrière lui, Matt ralentit aussi. Il regardait James.
Et au lieu de paraître énervé, il paraissait réfléchir. James sentit la boule qu’il avait dans le ventre disparaître progressivement.
Dieu merci.
Matt s’arrêta, et même s’il n’aurait probablement pas dû, James s’arrêta aussi. Matt s’approcha de lui, lui prit les mains. Il ne pouvait pas ne pas avancer vers lui à son tour.
— Tout va bien, James. Je réfléchis encore, mais... ce qui s’est passé, ce n’était pas... mal.
Ce n’était pas le bon endroit pour ça. Vraiment pas. Mais James ne put s’empêcher d’avancer encore, de caresser la mâchoire de Matt, de lui toucher doucement la nuque.
— Matt... Ici, c’est toi qui contrôle. J’ai besoin de toi. Je suis à toi. Quoi qu’il se passe au lit. Je veux juste te donner ce dont tu as besoin, quoi que ce soit.
Il sourit lentement.
— C’est juste un heureux hasard si tu aimes m’avoir en toi. Mais, si... Si c’était l’inverse, je te le donnerais aussi.
James avala sa salive. Nerveusement. Pour la première fois de sa vie, il en avait peut-être trop dit. Il ne s’était jamais senti aussi bête. Ni vulnérable. Ni plein d’espoir.
Matt l’attira contre lui, plaquant le bassin contre le sien, les lèvres contre les siennes, et James sentit son érection s’aligner contre celle de Matt.
Il posa une main sur les fesses de son amant qui fit de même, mais se laissa entraîner contre un arbre. James fit courir deux doigts sur la rainure de son pantalon.
Matt l’embrassa, et avant que James s’en rende compte, déboutonna leurs deux pantalons. James retint son souffle quand il sentit la main de Matt prendre leurs deux sexes, ses longs doigts enroulés autour d’eux. James fit glisser sa main le long du corps de son compagnon jusqu’à rencontrer celle de Matt et leur sexe, et ensemble, ils se caressèrent.
Matt gémit. Ce filet de voix l’excitait tellement ! James commença à caresser ses fesses, ses doigts glissant le long de sa raie, sans jamais cesser de l’embrasser, lèvres contre lèvres, langue sur la langue.
Matt, d’un mouvement de hanche, fit tomber son pantalon, offrant son corps pâle à James, qui pressa deux doigts en lui, lui arrachant un cri qu’il étouffa dans la bouche de son amant.
James y était presque, il ne pouvait plus tenir. Il voulait plus, toujours plus. Il suça, lécha, mordit le cou de Matt, sa peau salée – tant pis pour la boue – gémit dans son cou.
— Jaaaaames...
James sentit l’arbre bouger et menacer de s’effondrer à chaque instant et la main de Matt l’agripper dans le dos, ses grognements à chaque mouvement, ses doigts sur son gland.
— Matt, je vais...
— Viens, haleta Matt en le caressant plus encore.
— Ha !
Il avait les dents serrées, la mâchoire contractée, mais c’était presque un cri. Il explosa sur leur estomac, leur tee-shirt, leurs mains, et quand il ne put plus supporter les caresses, James se laissa tomber à genoux devant Matt. Qui gémissait encore. James embrassa tout ce qu’il pouvait, pantelant, et murmura :
— Donne-moi une minute.
Mais Matt ne l’entendait pas. Par contre, n’importe qui dans un rayon de cent mètres avait dû les entendre.
Il trouva la force de relever la tête en s’accrochant aux hanches de Matt, qui visiblement, essayait de s’empêcher de les bouger d’avant en arrière, et avala son sexe. Ce qui fit crier Matt.
— Matt ! Il faut être silencieux, chéri.
Matt le regarda un instant, interdit, puis hocha la tête. Mais James n’était pas convaincu.
— Mets trois doigts dans ta bouche, ordonna James.
Matt obéit. Il ne l’avait fait que pour être silencieux, mais... Ça avait aussi un intérêt au point de vue sexuel.
Sans cesser de regarder Matt, James le reprit dans sa bouche, arrachant un nouveau gémissement à chaque coup de langue. Puis il accéléra, jusqu’à ce qu’il sente son amant près de jouir. Il s’arrêta, regarda Matt, qui lui fit un signe de tête.
James reprit alors sa fellation, regardant Matt qui mordait ses doigts parce que James le lui avait ordonné. Il sentit ses muscles tendus, le sentit se redresser sur les orteils, et avala autour de lui, chacun des jets qu’il reçut, tandis que Matt poussait son sexe vers le fond de sa gorge.
James le suça encore jusqu’à ce que Matt soit mou, jusqu’à ce qu’il retombe par terre en remettant en place son pantalon et son caleçon. Ses yeux étaient clos, sa peau marquée par les dents de James. Qui l’embrassa.
Il sourit en les relevant tous les deux, et dit à l’oreille de Matt :
— Allez, chéri, je sais que tu es vidé, mais il faut qu’on y aille.
Matt hocha la tête. Et s’effondra contre l’arbre.
James soupira, s’agenouilla, passa un bras derrière les jambes de Matt et, en s’aidant de l’arbre, se releva.
Même si ses jambes n’étaient pas beaucoup plus solides que celles de Matt. Une fois, il lui donna une claque sur les fesses, n’obtenant aucune réponse. Jusqu’à ce qu’il entende une voix.
— Mais qu’est-ce que tu fous ? On est censés courir pour survivre, et tu me portes ? Fais-moi descendre !
James rit doucement en voyant la tête de Matt. Oui, ils couraient pour sauver leurs vies, mais tant que Matt n’était pas en danger de mort immédiat, c’était presque drôle.
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