Gris à 18%
Chapitre XXII
JAMES PLONGEA sur Matt. Il était inconscient et tombait. Sa prothèse s’était ouverte et le titane avait fondu, éclaboussant ses jambes. Il n’arriva à temps que pour rattraper sa tête.
Mais la petite partie de son cerveau qui observait les symptômes cliniques ne le dirigeait plus vraiment. Son cerveau lui hurlait plutôt dessus.
— Matt !
Il est vivant, l’informa la partie détachée de son cerveau. Et James se rendit compte qu’il sentait toujours Matt dans son esprit. Il était vivant, quoiqu’inconscient. James passa un bras autour de lui, le berçant doucement. Il avait oublié Kandy Melore, les méchants du GRI, et tenait Matt. Dyson et Johnson s’occuperaient du reste.
Matt était vivant. Sa jambe était un agglomérat de métal fondu et tordu, il était brûlé et inconscient, mais il était vivant. James frissonna. Il sentait le vent se lever mais ne s’occupait pas de savoir pourquoi. Il entendit quelque chose frapper de la chair. Comme un rayon de particules dans un corps. Et un autre coup. Mais ce n’était ni lui ni Matt, et il ne regarda pas.
James resta là, la tête dans le cou encore chaud de Matt.
QUEL MERDIER. Tout ça. Depuis que les grands-pères l’avaient appelé. Vingt-quatre heures avant.
Laslo s’encadrait dans la porte ouverte de l’amphibie à hélices. Dyson était en train de taper un type, mais le type avait vingt centimètres et dix kilos de plus que lui. Dyson s’était occupé du sien. Matt était à terre, et Laslo se disait que le gars penché sur lui était son nouveau joujou. Ou plutôt, connaissant Matt, que Matt était le nouveau joujou du gars.
Et il y avait une femme hurlante qui dansait en agitant les mains. La nonne ? Sûrement la plus hystérique qu’il ait jamais vu. Est-ce qu’elles ne sont pas censées prier, dans ces situations-là ?
Il aurait bien voulu y réfléchir un peu plus, mais il fallait s’occuper de la situation.
— Neutralise le mec qui est sur Dyson, dit-il à Sabine.
Elle tira si vite qu’il se dit qu’elle devait déjà le viser. À moins qu’elle soit vraiment très rapide.
Elle tira à nouveau. Cette fois, Laslo était en retard. L’autre type du GRI était à terre. Il leva un sourcil et Sabine lui répondit d’un sourire.
Le type à terre n’avait pas besoin de soin. Il n’avait plus toute sa tête, à vrai dire. Et il lui manquait aussi une partie de la poitrine. D’ailleurs c’était une femme. Ça en avait été une, du moins.
Laslo vit Dyson lui faire signe que tout allait bien mais que son aide avait été la bienvenue. La nonne – ? – avait cessé de crier et se précipitait vers Matt.
Il était clair que le com’ de Dyson ne fonctionnait plus. Laslo avait déjà essayé trois fois. Dyson se penchait vers le type qui tenait Matt, et l’amphibie était suffisamment silencieux pour que Laslo puisse entendre presque tout ce qu’il disait.
Dyson avait une main sur le dos du type et parlait gentiment mais en le pressant un peu.
— Il s’appelle comment, déjà ? dit Laslo.
— Tu es nul.
— Parce que je n’arrive pas à retenir un prénom ?
— C’est un de nos colis, et c’est le nouveau petit copain de Matt.
Laslo grimaça. C’était probablement pour ça qu’il avait oublié le nom. Il détestait voir son cousin se laisser aller comme ça à adopter un seul mec alors qu’il y en avait tant de si beaux qui le désiraient.
— Comment il s’appelle ? grommela-t-il de sa voix de commandant.
Sabine lui tira la langue. Toutes les femelles de la famille semblaient avoir le même gène anti-voix de commandant. Il lui fit les gros yeux.
— Lieutenant James Ayala, dit-elle en boudant.
— Si tu n’étais pas ma sœur...
Laslo savait que la menace était idiote. Sabine haussa les épaules.
— On va avoir besoin d’un sarcophage et d’un médecin à terre, dit-il dans son com.
Bollinger, donc. Ils n’avaient pas de méd-bot. Laslo détestait ces trucs et s’était dit que ce serait inutile.
— Je descends, major ? demanda Jude.
— Non, j’y vais, répondit Laslo.
Il l’avait dit parce que Jude avait l’air de vouloir y aller, et qu’une des joies de Laslo était de faire chier Jude.
— Leondri, tu me fais une reconnaissance la zone, Jude tu prends la baie avec Sabine. Le drone de reconnaissance est lié aux cervo-coms. Et faites gaffe à vos miches, tous.
Le drone devait pouvoir repérer des ennemis, mais parfois ça ne marchait pas. Ou parfois on se faisait avoir quand même.
Jude avait chargé le drone avec des bombes qu’ils avaient fait exploser sur le barrage au moment où Van avait donné l’alerte. Résultat, le poste de garde était isolé. Le caporal Jude Barlow-Kell n’était peut-être pas très doué pour tout, mais il était doué pour la démolition.
Au sol, Laslo put voir que Dyson n’avait pas l’air de pouvoir faire bouger le lieutenant Ayala. Bollinger avait du mal à examiner son patient avec James noué autour de lui. Laslo sourit. Un méd-bot aurait pu s’en sortir.
— Lieutenant Ayala ! aboya Laslo.
Ayala leva les yeux, soupira, puis déposa Matt doucement et se releva. Il regarda Bollinger se pencher. Ayala était coupé au front, et un peu plus gravement au bras. Laslo tendit la main et en délogea un éclat de grenade. Ayala regarda son bras, puis à nouveau Matt.
— Il va bien, je sais, mais...
— Vous ne saluez pas ? demanda Laslo, plus curieux qu’agacé.
Les Opérations Spéciales étaient une branche assez peu formelle de l’armée. Et lui-même était un officier particulièrement informel.
— N’êtes-vous pas également le cousin de Matt ? répondit James, étonné.
— Si.
— Alors non.
James avait l’air si préoccupé par la situation de Matt qu’il ne regardait pas Laslo.
— Encore un cousin, dit la nonne d’un ton dégoûté.
Laslo la regarda. Elle tenait la main de Matt et le regardait méchamment.
Mais enfin ? Qu’est-ce qui se passait ? Laslo se tourna vers Dyson, au garde-à-vous.
— Major, le GRI...
— Tu n’es pas dans l’armée.
— Je m’entraîne, major !
— La ferme, Dyson. Détends-toi et dis-moi ce qui se passe.
Dyson avait l’air déçu, mais il s’exécuta. Sauf qu’il resta au garde-à-vous, physiquement parlant.
— Eh bien, ils sont arrivés par derrière. Van est dans un coin.
— Leondri va le trouver alors. Il est mort ?
— James ne croit pas.
— Il ne l’est pas, intervint distraitement James.
Laslo le regarda un moment, mais James s’était de nouveau concentré sur Bollinger qui s’occupait toujours de Matt.
Laslo leva un sourcil en direction de Dyson. Qui en leva deux. Dyson considérait que le type était réglo.
— Continue, soupira Laslo.
Dyson lui raconta tout, dans les détails – ce dont Laslo se foutait – et son chef le laissa faire jusqu’au moment où il parla du grand soldat roux du GRI.
— Il a lancé la grenade ?
— Oui.
Dyson avait l’air aussi interloqué que Laslo.
— Il demandait une extraction, dit James en se penchant pour aider Bollinger à porter la civière. Il est gay. On l’a trouvé près de Cambridge. Et j’ai confiance en lui, ajouta-t-il en regardant Laslo.
— Je suppose que moi aussi, dans ces circonstances. Où est-il ?
James eut l’air interdit. Il se retourna vers Bollinger, qui ramenait la civière vers l’amphibie.
— Il est dans le coin Sud-Est du campement, dit Dyson. L’explosion l’a sonné. Il est inconscient, mais je n’ai pas eu le temps de m’en occuper avant de me faire tabasser par l’autre type.
Ah oui.
— Disrupteur. Disrupteur-fragmenté ?
Dyson hocha la tête.
Ça expliquait les blessures de James. Les shrapnels n’étaient pas un vrai danger, plutôt une nuisance. Le vrai danger de ces machins, c’était pour les armes qui fondaient.
— Et sa jambe ?
— Elle – Kandy Melore – allait tirer sur Matt quand son arme a déconné.
— Déconné, hein ?
Laslo essaya de ne pas sourire en voyant la pâleur de son petit frère. Ça avait dû être assez horrible.
— Et tu as regardé ça ? Pourquoi n’as-tu pas fermé les yeux ?
— Non. Je l’ai vue après.
Dyson avala nerveusement sa salive et Laslo se sentit pris d’un élan de sympathie. Il avait lui-même vomi toutes ses tripes la première fois qu’il avait vu quelqu’un sans tête. Il posa sa main sur l’épaule de Dyson qui le regarda, choqué. Laslo laissa retomber sa main.
— D’accord, je vais voir ce Logan. Va retrouver Leondr...
Leondri parla à ce moment dans son com’, pour dire qu’elle avait retrouvé Van, inconscient. Laslo leur ordonna de remonter dans l’engin.
— Allez, Dyson, fais monter la nonne, puis viens avec moi.
Dyson n’avait pas de blessure visible. Bollinger ne s’était pas inquiété des blessures de James. Van aurait probablement besoin de quelques soins. Donc Bollinger devrait rester dans l’appareil. Autrement dit, Laslo n’avait pas d’autre choix que Dyson. À part Leondri. Mais... Non.
Il avait un mauvais pressentiment.
Si le type du GRI n’avait pas aidé – ou demandé une extraction – il ne s’en serait pas soucié. Mais la famille lui devait quelque chose. En général, Laslo n’était pas ce qu’on pouvait appeler un mec sympa, mais quand il s’agissait de famille, c’était différent.
LOGAN MIT un moment à se rendre compte qu’il n’était pas mort. Déjà, il avait l’impression d’être entouré d’autant de gens qu’au paradis. Il entendait des voix, mais elles ne lui parlaient pas vraiment. Est-ce qu’elles ne le trouvaient pas ? Était-il au mauvais endroit ?
Il entendait les insectes nocturnes bourdonner tout autour de lui. Il y en avait, au paradis ? Ou en enfer ? En enfer, probablement. C’étaient de sales bêtes, ces petits trucs. Lui aussi, s’il était le maître de l’enfer, il y mettrait des insectes. Et des moustiques.
Et il le ferait aussi noir que là. Il cligna des yeux, essayant de fixer quelque chose, mais rien ne changea. Il s’était toujours dit que l’enfer serait monochrome. Mais bientôt il vit comme des lucioles, un peu partout, et des visages s’approcher. Des démons ?
Il se savait en enfer, désormais. C’était dérangeant. Terriblement dérangeant. De savoir qu’on était mort, et que personne ne s’en apercevait. C’était... de la torture.
Va pour l’enfer. Merde. C’était parce qu’il était homo, c’est ça ? Il était homo, et il était allé en enfer. S’il était mort la semaine d’avant, avant de croiser les types d’Oregon, est-ce qu’il serait aussi allé en enfer ? Avant qu’il ait admis son homosexualité ?
Quoiqu’il en soit... Il ne reverrait probablement pas Maman. Logan ferma les yeux et se laissa...
Il sentit quelque chose le toucher. Il ouvrit les yeux et voulut bondir, mais ne vit que de la lumière, partout. Qui semblait couler et glisser sur des objets. Sûrement des trucs surnaturels. Peu à peu, ses yeux virent un nez.
Un ange. Qui eût cru que les anges étaient si sexys ? Merde. Après ça, il ne pouvait pas mieux espérer que l’enfer. Désirer un ange.
En armure. Un ange asiatique habillé en soldat. Avec le crâne rasé. Un moine bouddhiste asiatique dans une armure de combat ? Il sentit ses sourcils se froncer.
— Qui êtes-vous ? Un ange vengeur ?
L’ange dit doucement :
— Non, je suis le major Laslo Gao-Longue, Delta 6, des Forces Spéciales Unifiées des États Bleus d’Amérique.
Hein ?
Logan le regarda longuement et réalisa qu’il y avait un autre... ange... derrière l’ange vengeur. Mais il avait un air un peu familier...
— Je ne suis pas mort ?
L’ange trop sexy sourit. Maintenant, il ressemblait à un démon. Et il avait de très beaux yeux. Bruns clair. Avec des longs cils. Logan passa la main sur la joue de l’ange, fit courir un doigt sur ses lèvres.
— Sympa, haleta-t-il.
— Tu n’es pas mort, dit l’ange.
Mais alors...
— Alors tu n’es pas un ange ?
L’autre ange, celui à la limite de sa vision, semblait rire, et l’ange trop sexy souriait devant lui.
— Non, je ne suis pas un ange.
Il se tourna vers l’autre ‘non-ange’ et dit :
— Passe-moi ta trousse de secours.
JAMES N’ARRIVAIT apparemment pas à revenir à la réalité. Depuis qu’il avait vu Kandy Melore tirer sur Matt – même si c’était dans la jambe – c’était comme s’il avait lui aussi perdu la tête. Mais il sentait encore Matt dans son esprit.
James voulait se laisser faire, et s’occuper de ce qui s’était passé, laissant aux Forces Spéciales le soin de s’occuper de la sécurité. Matt était presque mort. À cause de lui.
Comme dans les romans de gare – il n’en avait jamais lu, bien sûr, mais ça se passait toujours comme ça, non ? – James se demandait si Matt ne serait pas mieux sans lui. Pour le moment, en tout cas, son espérance de vie s’allongerait si James s’éloignait de lui. Et l’espérance de vie était plus importante que la vie de James.
L’amphibie était calme. Le médecin – Bollinger ? – avait fait ce qu’il avait pu pour Matt, puis s’était occupé de l’autre, Van. Van et le médecin parlaient doucement, mais les soldats tout autour restaient aux aguets. James ne voyait pas le pilote de là où il était. Il était assis par terre, contre la trousse à outils, la tête de Matt en travers des genoux. De toute façon, on n’est jamais bien assis dans ces véhicules. C’était juste un espace pour se déplacer. Matt, au moins, avait une civière rien qu’à lui.
Et encore une fois, Matt avait ingéré tellement d’anesthésiants qu’il serait dans le cirage pour un moment. Mais cette fois, au moins, quelqu’un avait réussi à dire au médecin qu’il y était particulièrement sensible.
Il faudrait qu’ils en parlent un jour ou l’autre. James ne pouvait pas continuer à se sentir un danger et un poids pour Matt sans être sûr que ce dernier le voulait. Il pourrait le faire, peut-être, s’il était certain des sentiments de Matt. Mais sans Matt, il ne pourrait rien faire.
Il fallait juste que Matt soit conscient, vivant, puisse parler. C’était tout ce dont il avait besoin.
LE SOLDAT reprit contact avec la réalité. Peut-être. Quel était son nom, déjà ? Logan.
— Logan ?
— Monsieur ?
Laslo leva les yeux au ciel. Coucou, je suis ton ennemi. Enfin, techniquement. Pas vraiment.
— Ça va mieux ?
— Euuuuh... Oui ?
Pas très rassurant.
— Tu voudrais venir en Oregon ?
— Oui.
Sauf qu’ils étaient en territoire hostile, en pleine violation des accords, et que des Rouges allaient s’amener d’une minute à l’autre.
Et tant pis pour les directives de l’Administration Médicale. Il traitait un soldat ennemi parce qu’il s’était fait tirer dessus. Et parce que Laslo aimait bien dire merde à ceux qui établissent les règles. Parfois, ça le faisait monter en grade.
Quoique la dernière promotion avait été pourrie. Attaché à un bureau. Autant dire qu’il le faisait par respect de la vie, alors.
Logan était grand, avec des poils partout où Laslo pouvait en voir, sur le visage, les bras, la poitrine. Laslo n’avait pas encore trouvé d’excuse valable pour lui enlever son pantalon. Le tee-shirt avait volé au motif qu’il fallait utiliser le défibrillateur. Maintenant, le blessé était allongé sur le dos.
Logan avait des cheveux doux, brun clair, pas trop courts. Et ses yeux étaient d’une couleur étrange, un marron sombre que Laslo n’avait jamais vu. Du moins, ça donnait cette impression, avec les lentilles de vision nocturne.
Pas le genre de gars qui attirait Laslo d’habitude. Pourtant, il voulait voir tous ces muscles bouger, voulait voir comme il serait fort en se levant, comme il serait sexy en se couchant sous lui.
Ah, le désir sur un champ de bataille. Ça réchauffe les cœurs et le reste. Quoi de plus sexy qu’un beau gros combattant ennemi à ramener chez soi ? À part peut-être frotter ses fesses contre le membre dudit adversaire en dansant collé contre soi. Ça, ça pourrait être plus sexy.
Laslo songeait à tout ça pour essayer de se distraire, parce qu’il savait que du vilain se préparait. Leur drone les avait avertis qu’une équipe arrivait du poste de Brownlee. À pied, bien sûr.
— Caporal ! prévint Lance par cervo-com. Je coupe la communication avec le drone, tenez-moi au courant.
Ça ne ferait que l’ennuyer et le distraire. Jude pouvait faire le relai. De toute façon, il devait déjà transmettre l’info à tous ceux qui n’avaient pas de cervo-com. Le SEH n’avait pas les moyens d’en équiper tous ses agents.
Laslo vit que Logan regardait Dyson et essaya de s’interposer.
— Est-ce que tu n’étais pas là, avant ? Quand je... euh... bafouilla Logan.
— Quand tu as lancé la grenade disruptive-fragmentée ? demanda Dyson en souriant.
Ce petit con souriait toujours. Et il était toujours mignon, ce con ! Merde ! On était sur un champ de bataille, pas dans un club !
— Oui.
— Si. Que t’est-il arrivé ?
— Je ne sais pas. Une grosse boule de lumière, dans l’air, dans mon dos. Mais ça va. Je ne sens rien.
Laslo s’immobilisa. Merde. Putain de merde. Il jeta un coup d’œil à Dyson. Le gamin n’avait rien compris. Il regardait Logan immobile. Merde.
Neuf-cent mètres, major. Vous avez une dizaine de minutes, dit la voix de Jude dans son esprit.
— Quand Bollinger peut-il arriver ici ?
Trois minutes, major.
— J’ai besoin de lui avec un sarcophage.
Il se tourna vers Dyson.
— Retourne là-bas. Tout de suite !
Il avait utilisé sa voix de grand frère. Bien plus efficace que la voix d’un commandant. Maman le tuerait s’il arrivait quelque chose à son fiston chéri. Ou pire encore, elle en parlerait à Mamie Anaïs. Laslo frissonna.
— Problème ? demanda Logan doucement.
— Tu as tes potes qui arrivent, mec.
Logan parut réfléchir un moment.
— Ce ne sont pas mes amis.
— Logan ? Tu peux bouger un pied, s’il te plaît ?
— Ouais.
Un long silence.
— Tu peux m’aider à les trouver ?
— Ils sont là, mec, dit Laslo en lui tapotant la botte.
— Où ?
Logan essaya de se tortiller pour regarder, mais il n’y arrivait pas.
Laslo tapa plus fort sa botte.
— Ici.
— Je te vois, mais...
— C’est rien. On va s’occuper de toi, mon gars.
Si Logan l’avait connu, il saurait à quel point c’était grave quand Laslo appelait les soldats mon gars.
Lentement, Laslo remonta le long de la jambe de Logan, sans cesser de le tapoter. Rien. Merde.
Bollinger arriva bientôt avec le sarcophage gonflable.
— Mauvais ?
Il parlait toujours peu.
— Oui. La colonne, j’ai l’impression.
Bollinger hocha distraitement la tête et commença à tapoter Logan un peu partout. Laslo se retint de dire qu’il venait de le faire. D’ailleurs le médecin était plus rapide.
— Oui, rien.
Bollinger le regarda, attendant un ordre.
— On l’emmène.
Il hésita.
— Dix minutes, major. Je ne peux pas me tromper, sinon il n’aura plus jamais de colonne.
Merde.
— Que se passe-t-il ? demanda Logan, alarmé.
— Tu as la colonne vertébrale endommagée, dit Bollinger avant que Laslo ait pu dire quoi que ce soit.
Logan pâlit, choqué, et ses yeux semblèrent se remplir. Laslo lança un regard noir au médecin.
Trois minutes, major, fit la voix de Jude quelque part.
— Ils peuvent s’occuper de lui à Boise, major, dit Bollinger en le regardant.
Laslo le regarda un moment. Il fallait dégager.
Merde !
— On dégage.
Bollinger passa à l’action, récupéra le sarcophage, puis s’accroupit pour couvrir son supérieur. Le reste du matériel n’était pas très cher, mais les sarcophages si. D’autant que ça aurait pu paraître suspect aux troupes du GRI qui arriveraient sur place bientôt.
— Logan, on va devoir te laisser, mon gars.
Pour une raison inconnue, Laslo avait envie de vomir.
— Tu as dit que j’allais en Oregon...
Logan avait l’air sur le point de pleurer. Pas énervé, ni rien. Juste abattu. Laslo ressentit un pincement au cœur.
— Tu viendras, je le jure.
Laslo, tout en parlant, essayait de disposer le matériel autour de Logan comme s’il se l’était auto-administré. Ça arrivait, parfois.
— Écoute-moi. Tu es le seul survivant. Tu t’es soigné seul. Et tu t’es administré tes propres médicaments. D’accord ?
Logan ne répondit pas.
— D’accord ?
— D’accord...
— Ils vont te donner une colonne toute neuve à Boise, et dès que tu seras sur pieds, je reviendrais pour toi.
Il le regarda dans les yeux. Logan devait savoir qu’il était sincère.
— Promis, tu viendras ?
— Promis, dit Laslo en se penchant pour embrasser doucement Logan.
— Juré ?
— Juré, Logan. Je reviendrais pour toi.
Même s’il devait le faire seul.
— Et je t’emmènerais danser, je caresserais ton joli petit cul et on fera l’amour comme des bêtes pendant toute la nuit.
Logan avait l’air étonné, mais aussi rassuré. Laslo se releva, le regarda une dernière fois.
— Bollinger, on y va.
La voix de Logan l’arrêta un instant.
— Tu n’as jamais vu mon cul.
Laslo sourit.
— Raison de plus pour revenir.
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