Gris à 18%
Chapitre V
LE MATIN, Matt fut de nouveau accueilli par Andry sur son visio, mais il insista pour parler à Lance. Andry alla le chercher, mais resta derrière, à faire des grimaces.
— Tu vas faire un de ces agents... dit Matt.
Andry essaya de se mettre au garde-à-vous, impassible. La plupart du temps, on avait l’impression qu’il avait huit ans, pas dix-huit.
— Salut Matt. Quoi de neuf ? lança Lance depuis son assiette.
— James faisait partie des Psy-forces.
— Ayala a dit quoi que ce soit au sujet de rester ?
— Il dit que ce n’est pas une opération secrète, et qu’il est prêt à partir. Mais il y a une complication. Pas le temps de détailler, mais voilà.
Même si techniquement, il ne savait pas comment faire.
— Tu es où, là ?
— À Boise. On part vers 09h45, si tout se passe bien. Je vous rappelle à 19h30. Ayala veut passer par la route 2.
— Compris.
Lance raccrocha, et Matt attendit.
James s’avança. Il était entré comme si la porte avait été déverrouillée. Il était 10h07. Matt vit James sourire devant son expression surprise, et il se rappela qu’il devait masquer ses pensées. Mais il avait fermé la porte.
— Je ne comprends pas comment tu fais ça, dit James doucement.
— Fais quoi ? demanda Matt en regardant la porte. Comment tu as fait ça, toi ?
— Je fais partie des Forces Spéciales, tu sais. Comment tu éteins ton cerveau comme ça ?
— Je te dis comment si tu me montres comment faire ça avec la serrure.
— D’accord. Mais pas maintenant. Il faut partir, tout de suite.
Matt releva les yeux en entendant la note pressée dans la voix de James.
— D’accord. Allons faire du camping.
Il garda ses questions pour le moment où ils seraient dans un endroit plus sûr. Le magasin du rez-de-chaussée était ouvert, maintenant. Ils sortirent ensemble. Et ce fut James qui craqua le premier.
— Donc ? Comment tu fais ?
— Je ne sais pas. J’y pense, c’est tout. Je pense ‘arrête d’émettre à James’, et ça s’arrête. Et pareil pour le rallumer. Ou si je ne suis pas à côté de toi pendant un moment, ça s’arrête tout seul. Tu peux me dire si tu me captes à nouveau. Tu as quoi pour camper ?
— Le matériel normal de chasse que tout le monde a dans le coin. J’ai acheté ça dès qu’ils m’ont laissé sortir.
— Pas d’arme, je suppose ?
Sûrement pas.
— Bien sûr que si. On est chez les Rouges, tu sais. Je n’ai pas pu acheter beaucoup de nourriture, mais j’ai un bon vieux fusil à pompe.
— Quoi ? !
— Bienvenu chez les gens qui ne rigolent pas avec leur droit de porter une arme.
— Mais... Mais ils sont cons !
James haussa les épaules.
— Et j’ai du camouflage, filet et maquillage, plus quelques autres trucs. Pas beaucoup de bouffe, comme je t’ai dit, et pas de tente. Juste un sac de couchage.
— Le filet peut nous sauver la vie. Mais comment tu as eu tout ça ?
— Même avec un triangle rose, l’argent réussit à se faire entendre. Et puis ça aide de savoir à quel point le mec que tu as en face de toi veut te vendre son truc.
Matt hocha la tête et sortit. James ne dit rien, et le suivit à distance discrète, jusqu’à un vieux bâtiment en ruine. Matt s’avança en faisant signe à James de rester où il était. Il s’assit sur un banc.
JAMES VIT Matt s’approcher du bâtiment et frapper à la porte d’un petit kiosque presque invisible sans son ouverture coulissante. Le genre d’endroits où on achète les nouvelles d’il y a un mois. Une jeune femme ouvrit, sortit et suivit Matt qui revenait vers James.
— Bonjour James. Je m’appelle Lauryl, dit-elle gentiment.
Il lisait en elle comme dans un livre ouvert. Une Bleue jusqu’au fond du cœur.
— C’est la boutique de mon amie Alyss. Vous ne voulez pas rentrer ?
Matt hocha gravement la tête et entra. James, intrigué, le suivit.
— Tu es bien silencieux, James, dit Lauryl en souriant.
Matt sourit.
— Il n’a pas besoin d’être rassuré, ne t’en fais pas.
Il commença à farfouiller dans son sac. James se rendit compte qu’il n’était pas dans son état normal. Suivre une inconnue comme ça ? Il pouvait le faire, et son implant l’avertirait – probablement – en cas de danger. Jusqu’ici il ne s’était pas trompé. Haussant mentalement les épaules, il sourit à Lauryl.
Matt s’accroupit et tendit sa jambe droite devant lui. James, incrédule, le regarda ouvrir son pantalon par le côté. Il avait les yeux comme des soucoupes. Matt appuya sur son quadriceps, et la jambe s’ouvrit en glissant silencieusement. Si James écarquillait encore un peu les yeux, ils allaient se déloger de leurs orbites.
— Que... ?
Matt lui fit un sourire ironique.
— Jamais vu ça avant ?
Il enleva différentes choses de sa jambes creuse. Une fausse jambe, creuse, avec une texture convaincante de peau.
— Qu’est-ce... Comment ?
Le problème n’était pas la fausse jambe. C’était que Matt ait une fausse jambe.
— Une vieille mine antipersonnel, au Nouveau-Mexique, il y a quatre ans. Maintenant j’ai cette superbe prothèse d’agent secret, au design complètement novateur, etc. Moi j’appelle ça de la technologie pantalonnière.
James restait silencieux. Quatre ans. Donc Matt avait... dix-neuf ans ? Beaucoup trop jeune pour perdre une jambe. C’était arrivé, il le savait. Mais il ne voulait pas que ça arrive à quelqu’un qu’il connaisse. Ou à Matt.
Il toussota et essaya de trouver quoi dire.
— Je suppose que... ça aurait pu être pire. Ça... Ça aurait pu être une mine atomisante.
Quelle belle phrase ! Il avait envie de se mettre des baffes. Peut-être qu’il pourrait emprunter la jambe de Matt pour se taper dessus avec.
— C’est ce que je me dis chaque matin en me réveillant après avoir dormi à la belle étoile.
— Je suppose que c’est moi qui te le dirais, cette fois-ci, murmura James.
Mais quel con !
— Allez, c’est parti.
Matt tendit une pochette et un réencodeur à Lauryl. James avait oublié sa présence. Elle était presque invisible, physiquement et mentalement. Elle hocha la tête et attendit que Matt se soit remonté.
— Quand est-ce que tu dois de faire vérifier ? demanda-t-elle à James.
— Hein ? Heu, je crois que c’est bon jusqu’à demain matin. Mais il faut qu’on parle, avant.
Matt se releva, remit sa chaussure.
— De quoi ?
— La réunion de ce matin. Mon inspectrice a dit que ma puce ne fonctionnait plus. Et je dois aller m’en faire poser une nouvelle à huit heures demain matin.
— La connasse.
Il prit le réencodeur des mains de Lauryl et lut la puce de James.
— Merde !
— Quoi ?
— Elle te traque. Ou bien ils te mentent, ou bien ils veulent mettre autre chose. Ou alors c’est en panne juste de temps en temps.
James eut alors un déclic.
— Euh, Lauryl... Est-ce que tu peux attendre dehors un instant, s’il te plaît ?
Elle hocha la tête et s’éloigna, sans poser de questions. Invisible.
James se concentra un instant. Puis il dit à Matt :
— Réessaie maintenant.
Matt s’agenouilla pour lire la puce dans le tibia de James.
— Putain, maintenant c’est complètement brouillé. C’est toi, hein ? Tu es en train de le brouiller ?
James hocha la tête, rendu muet par la position de Matt. Il était à genoux devant lui, sa tête au niveau de son entrejambe, ses yeux bleus qui le regardaient droit dans les yeux. Meeeeeeeeerde. Instantanément dur.
Matt regarda à nouveau son réencodeur.
— C’est bizarre James. Il est en train d’indiquer que tu es en train de faire du sport. Genre que tu couches avec quelqu’un, dit-il en plaisantant et en relevant les yeux.
Et il vit la bosse dans le pantalon de James. Ça devait valoir une explication.
Matt sourit malicieusement.
— Tiens, tu as changé d’avis, depuis le lycée ?
Il regarda James. À travers ses longs cils. C’était un regard de séducteur, longtemps perfectionné. Et ça marchait.
James se sentit détourner le regard et, sans y penser, il se lécha les lèvres. Les barrières mentales de Matt commençaient à glisser. Lui aussi se sentait différent du lycéen qu’il avait été. James n’essayait même pas de se cacher. Il s’offrait à la vue de Matt. Et James voyait la pomme d’Adam de Matt jouer au yoyo. Il baissa les yeux et vit la bosse dans le pantalon de Matt.
Merde. James savait qu’il n’aurait pas dû rester là. Il aurait dû reculer. Il ne le faisait pas. James savait que Matt aurait dû se lever. Mais il ne le faisait pas. Il ne voulait pas vraiment le faire. Il s’agenouilla, les yeux grands ouverts, la bouche entrouverte. Matt voulait poser sa bouche sur James, il le sentait. James lui donna ce petit coup mental qu’il avait découvert hier soir. Il ne réfléchissait plus.
Matt se pencha, les lèvres s’ouvrant de plus en plus. Que c’était bon de le voir à genoux, prêt à sucer James, de sentir son souffle à travers le pantalon. James grogna de plaisir. Et Matt cligna des yeux, et regarda ceux de James à nouveau.
Oh.
Merde.
James ferma les yeux et avala sa salive, pâlissant à vue d’œil. Il était un salaud fini.
— Désolé, je... Je ne voulais pas...
— Est-ce que tu m’as fait faire ça ?
— Euh... Plus ou moins ?
— Plus, ou moins ? Plus ou moins quoi ? Tu m’as fait ressentir plus ou moins... ça ?
— Euh... Je ne peux rien te faire si tu n’y pense pas déjà.
Je crois.
— Mais je peux voir la pensée principale, et... euh... te pousser un peu.
Matt se releva.
— Tu es un putain d’enculé, James Ayala. Et tu me fais flipper. Tu m’attends ici, et je viens te chercher quand je serais prêt à supporter à nouveau ta compagnie.
Matt claque la porte du kiosque.
Merde, merde, merde, merde, merde ! James se laissa glisser contre le mur. Il se sentait malade. Et dur. Il était un vrai salaud.
OceanofPDF.com