Gris à 18%

Anne Tenino · Chapitre 16 sur 25

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Gris à 18%

Chapitre XV

 

AVANT DE partir, ce soir-là, ils prirent une douche. James fut presque étonné de voir qu’ils y arrivaient sans que la situation tourne au sexe. Mais bon, vu que Matt avait besoin de garder ses pansements au sec et que James avait besoin d’être réconforté, finalement, rien de bien étonnant.

Mais il découvrit quand même à quel point lécher et mordre le cou de Matt pouvait lui faire perdre ses moyens. Avant que Matt se retourne pour le plaquer contre le mur et l’embrasse.

Matt pouvait embrasser. James n’avait jamais vraiment apprécié, avant. C’était un passage nécessaire avant les bonnes choses. Mais avec Matt, c’était les bonnes choses.

Matt explorait sa bouche, lentement, le touchant à des endroits qu’il n’aurait jamais crus érotiques. Qui aurait cru que sentir la langue d’un homme caresser ses dents aurait été bon ? Mais c’était ses baisers longs, langoureux, humides, qui lui faisaient oublier tout sauf cette bouche chaude qui s’ouvrait pour lui. Il croyait avoir atteint un état second.

Puis Matt passa ses mains le long de son torse, pinçant ses tétons, jouant avec son nombril, sans jamais cesser de l’embrasser. James ne savait pas qu’aller lentement pourrait aussi l’exciter. Et pourtant, il fallait bien regarder la réalité en face.

Les doigts de Matt commencèrent à caresser les poils de James et sa bouche se déplaça vers son oreille, vers la naissance de sa mâchoire. Quand il sentit ses doigts s’aventurer entre ses cuisses, James ne put retenir une inspiration et regarda la main de Matt.

Son avant-bras disparaissait entre ses jambes, il pouvait voir ses veines et ses tendons. Ses doigts tenaient dans leurs creux les bourses de James. Son bras paraissait féminin et masculin en même temps, fort et fragile. Comme si Matt était un instrument de mesure, finement équilibré. Un instrument qui pressait ses bourses doucement, les doigts tournant en cercles autour de son sexe.

Tant pis pour l’état second. Vive le Nirvana.

Jusqu’à ce que l’eau chaude s’épuise. Presque instantanément, la douche tourna au glacial. Matt cria et fit un bond qui le sortit de la douche, laissant James se débrouiller seul avec l’eau.

Mais Matt l’attendait avec une serviette quand il sortit une fois la douche éteinte. Il sécha James lentement, l’embrassant de temps en temps, le détendant, le ramenant à la vie réelle.

— Allez, beau gosse. Il faut que tu t’habilles, murmura Matt dans son oreille.

James se sentait presque aussi détendu que s’il avait joui. À part pour le coup de l’eau froide.

— Hmm, gémit-il. Merci.

Matt l’embrassa à nouveau avant de s’éloigner vers la chambre pendant que James finissait de se sécher. Ils sortirent des vêtements de leurs sacs et s’habillèrent.

Un jean pour Matt.

— Tu es sûr de vouloir venir ? demanda James.

— Oui. Anaïs et Lance se sentiront mieux, crois-moi. Peut-être qu’ils auront un peu confiance en toi.

James devait bien admettre qu’il serait temps.

— Et tu es sûr que tu ne dois pas y aller... en fille ?

Il ne plaisantait qu’à moitié.

— Personne ne croira que tu as emmené ta femme chasser en robe. Tant que je garde la tête couverte, ça ira bien, dit Matt en tapant sur son pantalon.

— Pas avec ton cul.

— Qu’est-ce qu’il a mon cul ?

James était toujours étonné de voir à quel point Matt était sensible au sujet de son corps. Mais pourquoi ? Matt avait un corps sexy et il devait le savoir. Du moins, tous les mecs qui voulaient coucher avec lui avaient dû le lui dire. Ce qui devait faire un bon paquet de mecs.

— Je dis juste que tu as un très joli et très sexy petit cul masculin.

— Parce que les culs de filles sont différents ? dit Matt en essayant de regarder ses fesses par-dessus son épaule.

James le fixa un instant en silence, la bouche ouverte.

— Tu es vraiment vraiment gay, hein ?

Matt le regarda.

— D’accord, je sais que les filles ont des fesses différentes, je l’ai juste oublié. Je ne les regarde pas, c’est tout.

Son sourire disparut.

— Toi si ?

James ne répondit pas tout de suite et enfila son tee-shirt. Jaloux ? Matt avait ‘coupé’ son cerveau en sortant de la salle de bain.

— Oui. Inutile de mentir. Mais je ne veux pas coucher avec les filles, en général. Je l’ai fait au lycée, d’accord, mais même là, ce n’était jamais vraiment terrible. Je n’étais peut-être pas prêt à être gay, pas encore. Maintenant, je regarde encore, mais c’est plutôt... artistique. Pas attractif.

— Ha !

Matt se retourna et continua à s’habiller en lui tournant le dos. James soupira.

— Tu ne devrais pas mettre ton tee-shirt tout de suite. Pearl va vouloir changer tes pansements.

— Avoue plutôt que tu veux mater !

James sourit.

— Oh que oui...

Il fit un pas en avant mais sentit Pearl approcher. Il baissa les mains qu’il avait posées sur les hanches de Matt et s’écarta.

Pearl frappa à la porte puis entra sans attendre de réponse, et sourit en voyant Matt torse nu.

— Bien, tu m’attendais, je vois. C’est James qui t’a dit que j’arrivais ?

— Plus ou moins, oui, dit Matt en souriant.

Allons bon. Il était détendu maintenant ? Pourquoi ? En même temps, pourquoi est-ce que James était, lui aussi, détendu? Peut-être que Matt était un sorcier. Il faudrait consulter un rebouteux à ce sujet.

Pearl allongea Matt sur le lit et lui retira ses pansements usés, en grommelant quelque chose comme savent si bien le faire les médecins.

— Moui...

James approcha, pour regarder. La blessure de Matt était presque refermée et elle n’était plus aussi rouge. On aurait juste cru à une méchante blessure, sans plus. Grâce aux nano-méds, tout semblait guérir plus vite que prévu.

— Moui...

— Ça a l’air plutôt bien, on pourrait partir demain, non ? dit James.

— Moui... Non. Non.

— Il sera guéri quand on arrivera à la rivière.

— Il faudra qu’il soit complètement guéri quand vous partirez. En route, il ne pourra pas guérir aussi vite, parce qu’il va se dépenser et qu’il ne pourra pas prendre de nano-méds.

— Si j’arrive à retrouver Scarlett...

— On pourrait parler de tout ça demain ? intervint Matt.

Il se leva et remit son tee-shirt. Il était trop grand. Du coup, avec un éclairage favorable et pour un observateur un peu myope, il pourrait peut-être éventuellement passer pour une femme qui aurait emprunté les vêtements de son mari. Une femme forte.

James se rendit soudain compte qu’il s’agissait d’un de ses propres tee-shirts, ce qui rendait Matt encore plus sexy.

Matt prit un chapeau, du genre que presque toutes les femmes d’Idaho portent. Un peu mou, avec une visière qui cachait en partie le visage. Ça pourrait aider. S’il les patrouilles n’avaient pas de lampe de poches.

— Pleine lune ? demanda Matt en voyant le regard de Pearl et de James.

— Non. C’est... crédible, je crois, dit James.

— Moui... dit Pearl en essayant de se retenir de rire.

— Allez, viens, ma chérie, dit James en se joignant aux éclats de rire de Pearl.

Matt leur passa devant, majestueux – majestueuse ? – menton relevé.

— Je vous méprise, vermisseaux !

Dans son dos, les rires redoublèrent.

 

MATT SE disait qu’il était peut-être en train de tomber amoureux de James. Peut-être même qu’il l’était déjà. Il ne s’était jamais senti comme ça. Il avait déjà beaucoup apprécié de gens, beaucoup désiré de gens. Mais ça, jamais.

Le bon côté, c’était que tout ça semblait être réciproque. Il s’était préparé à un coup rapide – quand James le voudrait – puis Matt serait allé boire de la tequila et manger des îles flottantes et de la glace, sucer un ou deux mecs dans les toilettes de la caserne d’à côté, et puis il serait allé mieux. Peut-être qu’il serait sorti un peu avec ses cousins.

Il n’était pas préparé à ça. Dans la douche, quand ils s’embrassaient, Matt avait l’impression de ne faire plus qu’un avec lui. Comme si leurs esprits faisaient la communion spirituelle. Par la langue.

Waouh. Ça, c’était poétique. Et... étrange. Cela dit, on mangeait bien l’hostie.

Il décida de ne pas trop y penser. Déjà, ça faisait un peu dulcinée. Voire Bisounours. Et puis, même si James ressentait la même chose, aussi intensément, il ne savait probablement pas non plus ce qui se passait. Et peut-être qu’il ne voulait pas que ça arrive.

La meilleure raison de ne pas y penser, c’était que James percevait tout ce qui s’échappait de son cerveau. Et Matt ne voulait pas laisser James savoir ce qu’il ressentait. Il allait devoir travailler ses barrières mentales. Elles commençaient à s’effriter.

Il laissa quand même James sentir un peu de son bonheur. Ça l’aiderait probablement à surmonter les problèmes qu’il avait dans sa vie pour le moment.

Ils sortirent des bâtiments d’habitations pour se diriger vers les terrains du couvent. Pearl les faisait marcher à un rythme solennel, lent, auquel James semblait particulièrement peu habitué. Elle était en tête, les mains dans les manches. Matt suivait et James fermait la marche, les yeux rivés sur les fesses de Matt. Rien qui attirerait trop l’attention.

Pearl prit un petit chemin le long du mur est, où un ‘jardinier’ attendait, l’air intrigué, l’arrivée du petit groupe. Matt essaya de ne pas remarquer le petit grognement de James et cacha son sourire, agrippant le bras de son ‘mari’.

Pearl salua l’homme et pour ce qu’en virent Matt et James, il était évident qu’elle l’avait converti. Peut-être un agent Bleu. Plus probablement un type soudoyé.

À coup d’argent. Ou de menaces. Ou les deux.

Leurs doutes furent confirmés quand ils virent Pearl donner quelque chose à l’homme juste quand il ouvrait la porte pour les laisser sortir.

— Il nous laisse passer parce qu’il croit que je ne ferais rien de mal. Et pour l’argent, bien sûr. Mais n’ayez pas trop confiance, fit Pearl à voix basse dès qu’ils furent un peu éloignés.

— Qu’est-ce qui serait mal ? demanda Matt.

— Faire sortir deux fugitifs recherchés par le GRI pour qu’ils contactent une ONG Bleue pour sortir de l’État. Ce genre de choses.

D’après le ton de sa voix, elle s’amusait. Après tout, après une carrière dans la recherche et le développement, elle avait bien le droit d’aimer jouer aux espionnes.

Marcher jusqu’à la station essence abandonnée leur prit un peu de temps. Matt commençait à flancher et il fut soulagé quand ils firent halte près du vieux bâtiment décrépi. James le regarda intensément, mais jugea plus sage de ne rien dire.

— Et maintenant, que fait-on ? dit Matt, avant de se taire quand il se rendit compte qu’il soufflait plus qu’il ne parlait.

Pearl montra du doigt un drôle de rectangle qui semblait sortir du sol, près d’un mur du bâtiment.

Il était ouvert d’un côté. Alors qu’ils s’approchaient, Matt remarqua qu’il y avait quelque chose à l’intérieur, et la situation lui apparut dans toute son horreur.

— C’est... C’est un téléphone payant ?

Il en avait vu avant. Dans des musées. Ou... Eh bien... Dans des bâtiments abandonnés, comme celui-ci, justement.

Pearl souriait maintenant tellement que Matt aurait pu jurer voir la lune se refléter sur ses dents.

— Au cas où tu n’aurais pas remarqué, Lance est un homme de ressources.

— J’avais remarqué, oui, dit Matt à travers ses dents.

Trois ans pour le SEH, et il n’avait jamais eu ça ? Au moins, ça expliquait pourquoi le SEH avait la plupart des contrats Bleus.

Pas de vidéo. Mais c’était sûr, parce que la communication ne passait pas par des ondes mais par un vieux câble, enfoui il y a plus de cent ans, et que tout le monde avait oublié. Évidemment, la qualité n’était pas toujours au rendez-vous. Et une ligne pouvait être coupée. Mais bon, en général, ça pouvait marcher.

Matt prit le machin que lui tendait Pearl et le tint devant lui. Avant de le lâcher en hurlant. Il resta là, accroché au bout de son fil, à faire ce bruit bizarre, métallique.

— C’est quoi ce bordel ? !

— Chut. Ça s’appelle la tonalité. C’est le bruit qu’il fait pour te signaler qu’il fonctionne.

— Putain de truc... murmura Matt. Et tu ferais quoi, toi, à ma place, hein ?

Pearl rit doucement.

— À peu près ce que tu as fait. Sauf qu’il s’est mis à l’abri.

— J’ai cru que c’était une alarme, dit James d’un ton boudeur.

— Tu t’amuses avec ça, hein ? dit Matt à Pearl en lui lançant un regard noir.

Raté, c’était la nuit.

Elle haussa les épaules.

— Oui. Carmella me l’a fait quand je suis arrivé. Ça fait des années que j’attendais une victime.

— Moi, j’ai juste dû attendre un jour, dit James, qui devait sourire comme une pastèque.

Matt renifla. Comme le faisait James. Et rattrapa le combiné.

— Ça ne marche pas, finit-il par dire au bout d’une minute.

Il se retourna pour voir Pearl et James le regarder, tout sourire.

— D’accord, d’accord. Je fais quoi ?

— Il faut taper le numéro.

Matt cligna des yeux. Ah. Oui. Les numéros. Mais...

— C’est quoi le numéro ?

Dix chiffres. Pas de lettres, pas de symbole. Un vieux machin tout simple. Il attendit un certain temps, des bruits bizarres sortant du combiné.

— Allô ? cria une voix dans son oreille.

— C’est bon, je t’entends, pas besoin de hurler.

— Matt ? C’est bon de t’entendre, fiston.

Papi Lance. Et il l’appelait fiston. Il allait tomber dans le sentimental d’un instant à l’autre.

— Moi aussi ça me fait plaisir de t’entendre, Papi.

Peut-être que l’appeler Papi le calmerait. En tout cas, quand il reprit, il était de nouveau en mode affaires.

— Tu te soignes ?

— C’est presque bon. D’ici deux jours, la peau devrait être réparée.

— Parfait. Tu ne pourras pas nager si tu as encore une blessure ouverte. Il y aura un Feng Niao pour vous récupérer, mais de l’autre côté, et un peu loin. Dans les trente kilomètres.

— Une grosse journée de marche. Ça devrait le faire.

Matt savait qu’il n’y arriverait peut-être pas, mais il avait foi en James. Il le sortirait de là le cas échéant. Il regarda James, qui le fixait, comme s’il savait ce que Matt pensait.

À moins qu’il croie Matt complètement fou. Marcher trente kilomètres après avoir traversé la Snake River à la nage... Matt se retourna et ferma son cerveau. Tant pis pour James. S’il le fallait, il nagerait et ramperait, mais il sortirait James d’ici.

— Matt, n’exagère pas. J’ai confiance en James pour te garder à l’abri de tout ce qui pourrait te faire mal.

Matt haussa les sourcils. Ils croyaient James. Plus ou moins.

— Pense à ses fesses, Matt. J’ai l’impression que tu veux l’avoir en pleine forme, et Anaïs continue de le menacer s’il t’arrive quoi que ce soit.

Ou alors c’est que Lance essayait de le manipuler. Et il y réussissait, le vieux singe.

— Comment tu sais que je tiens à ses fesses ? siffla-t-il.

— Un homme sent ces choses-là, rigola Lance. Et puis bon, tu le croyais tellement, quand il affirmait contre toutes les apparences, qu’il était bien lui, que...

— Ah.

— James t’a dit comment on évacuerait ?

— Oui.

— D’accord. Ne raccroche pas, Sid veut te parler. Prends soin de toi, fiston.

Papi Sid, maintenant ? Bon Dieu. On le chouchoutait par téléphone.

— Matt ?

— Papi ?

— N’essaie pas de jouer au plus malin.

— Comment ça ? Je t’ai juste appelé Papi.

D’habitude, Papi Sid n’était pas aussi énervé avec lui. D’habitude.

— Tu as de la chance que ce soit moi et pas ta mère. J’ai dû discuter avec elle pendant quarante-cinq minutes pour lui dire de rester à Weimer et t’attendre. Je suppose que tu y iras dès que tu sortiras d’Idaho ?

— Tu ne peux pas lui dire que je suis un adulte et que je travaille ?

— Non. C’est ma fille, abruti. Et ta mère. Elle est encore plus inquiète que nous. La seule chose qui la fasse rester en place c’est de savoir que tu iras la voir avant tout le monde en rentrant. Si tu voulais une autre famille, il fallait y penser avant.

— Je m’en souviendrais quand le contrat sera fini.

— Tu n’as pas de contrat, Matt.

Il paraissait bougon. Matt lui tira la langue.

— Je t’ai entendu, Matt.

Putain.

— Et j’ai eu des grands-parents aussi, tu sais.

Et en plus il avait de l’expérience, le vieux. Matt soupira.

— Papi ? Est-ce que tu voulais me demander quelque chose en particulier ? demanda-t-il en se forçant à être calme.

— Oui. On a regardé les états de service du Lieutenant James Ayala, et on voulait te dire qu’on approuve ton choix.

— Qu’est-ce que vous avez tous ? Comment vous savez ?

Inutile de nier.

— C’est mon petit doigt qui me l’a dit.

Matt renifla.

— Lance a besoin de parler à Ayala, maintenant.

— D’accord.

Matt était heureux de laisser le téléphone.

— Je t’aime, fiston, dit Sid juste quand Matt passait le combiné à James.

Le vieux singe allait le faire pleurer, à force ! James le regardait inquiet, et Matt vérifia. Il était presque sûr que ses barrières mentales fuyaient. Depuis qu’il avait couché avec lui, c’était difficile de contrôler ça.

James lui prit le combiné des mains, frôlant du bout des doigts ses doigts à lui. Matt, en soupirant, posa la tête contre l’épaule de James et écouta sa conversation avec Lance.

— Oui monsieur, dit James, crispé.

Une réponse inintelligible, puis James commença à expliquer la situation. Il parla de leur colis inattendu – Benigna – de l’état des blessures de Matt – est-ce que ce n’était pas déjà fait ? – de son estimation pour le temps qu’ils mettraient à arriver au point de rendez-vous, des problèmes qu’ils pourraient rencontrer, tout ça. Assez vite, Matt n’écouta plus et se laissa aller, jusqu’à ce qu’il se rende compte que James le câlinait contre le mur de la station-service tandis que Pearl parlait sciences avec Anaïs.

James le soutint jusqu’à ce qu’il s’assoie par terre, et hésita. Comme s’il voulait s’assoir, mais ne le faisait pas.

— Assieds-toi, dit Matt.

Avant de réaliser son ton suppliant. Tant pis. Autant qu’il sache qu’il n’y avait pas que le sexe contre un mur, dans la vie. Il y avait aussi ça.

— Je ne peux pas, chéri. Faut que je garde un œil ouvert. On est juste à côté de la vieille autoroute.

Pas faux. Matt voyait l’asphalte à quelques dizaines de mètres, et ces grands poteaux qu’ils avaient placés là il y a des années pour éclairer la chaussée. Heureusement qu’ils ne fonctionnaient plus. Probable que personne ne s’était soucié de les remettre en route après les attentats éco-terroristes. Et puis de toute façon, pourquoi faire ?

Chéri. C’était agréable.

James s’adossa au mur, près de lui. Matt lui attrapa la hanche d’une main et posa la tête contre sa cuisse. Il était si fatigué.

Gentiment, James le repoussa lentement. Pearl avait fini son coup de téléphone, et les deux le regardaient.

— On repart ? demanda Matt

— Oui.

James l’attrapa par le bras et le releva.

De la marche de retour, il n’eut presque pas de souvenir. James gardait un bras dans son dos. Pour l’aider, probablement. En tout cas, c’était chaud et confortable. Il entendait James et Pearl parler tout doucement. À propos de décharges et de papiers médicaux falsifiés et de la cellule de Boulder.

Et ils étaient dans la chambre, toujours avec la main de James dans son dos qui le poussait vers le lit. Est-ce qu’il l’avait porté ? Est-ce qu’il s’était endormi ?

— Chut, chéri, répondit James lorsque Matt lui demanda.

Il aida Matt à se déshabiller. Il se souvint encore vaguement de Pearl qui lui mettait une perfusion pour nourrir les nano-méds. Et puis du brouillard, jusqu’à ce qu’il sente le poids de James près de lui, dans le lit. Il recula jusqu’à buter contre lui et cala ses fesses contre les hanches de James, qui le tint fermement dans ses bras.

— Dors, mon chéri.

Très bien. Il se reposerait un peu. Mais après, il avait des plans pour James.

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