Joseph Cambon, 1756-1820 (French Edition)

Clovis Sené · Chapitre 21 sur 26

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Joseph Cambon, 1756-1820 (French Edition)

XVIII - Méditations dans un Grenier

XVIII

 

 

MÉDITATIONS DANS UN GRENIER

 

Cambon, caché dans un grenier, apprit sans surprise le stratagème utilisé par Tallien pour obtenir un décret d’arrestation contre lui (5 avril 1795). On l’accusait d’avoir provoqué l’émeute du 1 er avril 1795, d’avoir été secrètement élu maire de Paris par une municipalité insurrectionnelle qui se proposait de traduire soixante conventionnels devant une haute cour de justice. Bref, il était accusé d’être l’âme d’un complot ourdi pour décimer la Convention thermidorienne.

La majorité de l’Assemblée, satisfaite de tenir un chef d’inculpation valable, avait voté d’enthousiasme l’arrestation de Cambon et l’état de siège dans Paris. Cambacérès n’avait pas pris part au vote, mais n’avait pas non plus élevé la voix pour défendre son compatriote. Pas plus, d’ailleurs, qu’aucun des autres députés de l’Hérault.

Ainsi, le grand maître de la Trésorerie nationale depuis trois ans et six mois, insoupçonnable de malversation, et loué pour sa compétence et son dévouement, était traité comme un adversaire de la République acoquiné avec cette Commune de Paris qu’il n’avait cessé de combattre pour son désordre financier et ses empiétements sur le pouvoir central ! Les historiens qui se sont penchés sur cet épisode de la vie de Cambon ont fait justice de cette accusation.

Une chose est sûre, c’est qu’il avait été bien inspiré de ne plus reparaître ni à la Convention, ni en public, après son exclusion du Comité des finances, car trois de ses collègues, Bourbotte, Romme et Soubrany, accusés un mois et demi plus tard d’avoir été les complices d’une deuxième émeute également attribuée aux éléments extrémistes de la Commune de Paris, n’avaient échappé à la guillotine qu’en se poignardant. Si Cambon avait été en prison, il est plus que probable qu’il eût subi le même sort (insurrection du 20 mai 1795, dite journée du 1 er prairial), d’autant qu’on faisait à nouveau courir le bruit qu’il avait été proclamé maire de Paris.

Caché dans son grenier, il apprit, par une lettre de son père, adressée à un tiers, qu’à Montpellier une partie de la population se réjouissait de ses malheurs. A Paris, les muscadins chantonnaient :

Il est exempt de tout reproche,

Mais, parce qu’il veut notre bien,

On dit qu’il le met dans sa poche ;

D’homme de sang on l’a traité,

Comment tuerait-il, dites-moi,

Quand il a les mains dans nos poches, etc.

Les disciples de Gracchus Babeuf, qui commençaient à faire parler d’eux, traitaient Cambon de voleur de biens nationaux : à Cambon et à ses pareils, les bonnes terres fertiles, aux pauvres, les garrigues et la caillasse.

Dans cette épreuve, il était soutenu par sa jeune femme, admirable de patience. Le 14 avril 1795 (25 germinal an III), à la police qui vint perquisitionner, elle déclara qu’elle ignorait le lieu de la retraite de son mari.

La Convention prit un nouveau décret pour enjoindre Cambon de se constituer prisonnier sous peine de déportation à la Guyane. Sa belle-famille fit courir le bruit qu’il s’était réfugié à Lausanne. Cambon a toujours refusé de s’expliquer sur ce point, sans doute pour ne pas créer d’ennuis aux personnes qui l’hébergèrent au cours des sept mois que dura sa clandestinité.

 

Il avait trente-huit ans et neuf mois quand il avait épousé civilement Marie-Sophie Hottegindre, âgée de vingt-quatre ans et cinq mois. La jeune femme venait de divorcer vingt jours plus tôt. Elle était fille légitime de Guillaume Hottegindre, un commerçant de la rue Saint-Honoré, alors âgé de cinquante-six ans, et de Marie-Catherine Gabrielle Chandellier, dont l’âge ne figure pas à l’acte de mariage. La belle-mère de Cambon, devenue veuve, vivra chez son gendre, près de Montpellier, jusqu’à sa mort (survenue après le départ de ce dernier pour l’exil en 1816). Cette longue cohabitation de plus de vingt ans prouve les liens d’affection qui unissaient la belle-mère et le gendre, même après la mort de la jeune épousée. Marie-Sophie devait mourir en effet un an après son mariage, au domaine du Terral, le 23 avril 1796, après avoir donné le jour à une petite fille qui ne lui survécut pas. Les Hottegindre appartenaient à la classe moyenne pour laquelle l’ordre et l’économie sont, avec le travail, les premières vertus.

A la fin du XVIIIe siècle, les voyages de noces n’étaient pas à la mode. Celui de Joseph et Marie-Sophie se réduisit à des allées et venues furtives et nocturnes entre un grenier et quelque logis ami. Cette existence romanesque fut celle de dizaines de milliers de personnes en France entre 1789 et 1796.

Le printemps était déjà avancé quand Cambon entra dans la clandestinité, et l’hiver n’était pas encore de retour quand, grâce à la loi d’amnistie du 25 octobre 1795, il put reparaître au grand jour. Il n’eut pas à endurer le froid et l’on ne peut parler de souffrances physiques à son sujet.

Il eut le temps de méditer.

 

Ses affaires, et celles de trois de ses frères, étaient en très mauvais état. A Montpellier, la fabrication des toiles, couvertures, mousselines, avait pratiquement cessé : il n’y avait plus de main-d’œuvre ; les hommes jeunes et de condition modeste étaient aux armées, la concurrence des départements de l’Est et du Nord était fatale ainsi que la mévente et la masse de créances sur les colonies devenues irrecouvrables.

En 1795, la société Les frères Cambon était en voie de dissolution. La liquidation se poursuivra pendant une quarantaine d’années et peut-être davantage, c’est-à-dire longtemps après la mort de Joseph Cambon. C’est Jean, l’ex-directeur du comptoir de Bordeaux, qui devait recevoir mandat de ses frères de liquider définitivement les maisons de Montpellier, Bordeaux et Cholet, et c’est le fils de Jean, Casimir Cambon, qui, après la mort de son père survenue en 1828, devait poursuivre le recouvrement des vieilles créances de la société (en 1830, Casimir Cambon assignera en justice un certain Auguste Gélibert, capitaine de navire, débiteur des frères Cambon pour une somme importante, et qui avait reparu à Bordeaux après une très longue absence).

C’est en vain que deux frères de Joseph Cambon, Pierre et Jean, tenteront de relever la fabrique fin 1795, courant 1796 et 1797. Ils n’y parviendront pas et Joseph, au fond de son grenier, considère déjà celle-ci comme vouée à l’échec. D’ailleurs, Pierre lui-même croit-il vraiment pouvoir réussir alors qu’il a envie de se battre ? Volontaire en 1793, sous l’uniforme des Bleus, il a couru vers la Vendée pour délivrer leur frère Auguste, le maire de Cholet, fait prisonnier par les soldats du général royaliste d’Elbée. Avec d’autres volontaires de l’Hérault, il a réussi et, après soixante jours de captivité, Auguste est revenu sain et sauf dans Cholet reprise en octobre 1793 par Kléber. Pierre, fier de son exploit, décidera de reprendre du service dans l’armée quand il sera convaincu qu’il n’y a plus aucun espoir de redonner la vie à la fabrique de toile (officier sous les ordres de Bonaparte, il serait tué en Égypte).

Le comptoir de Bordeaux des frères Cambon est fermé. L’arrêt de toute exportation vers les îles : Saint-Domingue, Haïti, les petites Antilles, et le coup de grâce assené fin 1793 d’ordre de Tallien – saisie de la comptabilité, de la correspondance, destruction ou pillage des derniers rouleaux de toile – ont rendu son existence inutile. Jean est rentré à Montpellier où il s’est marié en mars 1794 avec une jeune fille de Ganges.

La succursale de Cholet a été en grande partie détruite lors de la prise de la ville par les Vendéens en mai 1793 et au cours des combats d’octobre. Auguste, la mort dans l’âme, a lui aussi rejoint le foyer familial à Montpellier.

Dès ce printemps 1795, le processus paraît bien engagé qui fera des Cambon, ex-fabricants de toile, des exploitants agricoles. La Révolution que les cinq frères ont appelée de leurs vœux, au succès de laquelle ils ont contribué à des titres divers, Joseph restant celui des cinq dont la contribution a été la plus importante, la Révolution a bouleversé la vie de cette grande famille et l’aurait même ruinée complètement si elle ne s’était raccrochée à la terre.

 

Joseph sera agriculteur, il s’entendra avec ses frères pour disposer du « château » et d’une partie importante du domaine du Terral dont il fera une exploitation modèle. D’ailleurs, ses trois frères Pierre, Jean et Auguste n’ont-ils pas déjà investi dans des améliorations diverses de la propriété le plus clair des bénéfices de la société depuis trois ans ? Son avenir, l’avenir de toute la famille, paraît être dans la terre. Seule une renaissance imprévisible de leurs affaires commerciales pourrait peut-être changer le cours des choses, comme par exemple le recouvrement en quelques mois de près de 1 million de livres de créances sur les colonies, considérées pour l’heure comme perdues.

Le plus jeune frère, César, vingt-quatre ans en 1795, resté à la charge de ses parents et non intéressé dans la société Les frères Cambon fondée en 1785 alors qu’il n’avait que quatorze ans, considère que l’industrie et le négoce ne lui offrent plus aucun avenir. Comme il ne se sent pas l’âme d’un agriculteur, il a résolu son problème en devenant militaire de carrière. En ce début de l’année 1795, il espère ses galons de lieutenant (il les aura l’année suivante à l’armée d’Italie, et il sera du nombre des soldats, qui, de Montenotte à Rivoli, inscriront une page de gloire dans les annales de la République).

Le 10 juin 1795, Joseph célèbre dans la clandestinité son trente-neuvième anniversaire en compagnie de sa femme, de ses beaux-parents et de quelques amis sûrs.

On lui apporte des journaux. Il les trouve à l’entrée du grenier cachés sur le dessus d’une poutre. Il apprend ainsi ce qui se passe à la Convention, aux armées, dans les départements. Mais, depuis qu’il avait perdu le contact physique avec les lieux où se débattaient les grandes affaires du pays, le Montpelliérain se réveillait en lui et c’est vers sa ville natale que se tournaient le plus souvent ses pensées.

Il reçoit des nouvelles de son père. Le vieil homme (soixante-huit ans) supporte mal les procédés dont on use envers lui, oubliant tout ce qu’il a fait pour sa ville, ses compatriotes, son département. Il a été destitué de ses fonctions d’administrateur du département, le 30 avril 1795, par le conventionnel Girot-Pouzol, envoyé en mission dans le Gard et l’Hérault pour « arrêter les excès de la Terreur ». Comme s’il avait été un pourvoyeur de la guillotine ! La jeunesse dorée le siffle quand il passe dans la rue. Pour éviter les incidents, il ne sort pratiquement plus de sa maison du faubourg Boutonnet dont le portail reste fermé au verrou depuis que, le 8 février, en son absence, la maison a été envahie par une bande surexcitée qui le tenait pour responsable de la cherté du pain car, en sa qualité d’administrateur du département, il était chargé des approvisionnements en grain. La bande, ne le trouvant pas, s’en était prise à sa femme, l’avait menacée, bousculée, parlant de la conduire au Peyrou pour la guillotiner. La pauvre femme avait mis huit jours à se remettre de sa frayeur.

La Révolution est faite, les choses ne redeviendront jamais ce qu’elles étaient avant 1789. Tallien, Bourdon et leurs pareils ne sauraient parvenir à ressusciter le passé.

Comment le faire comprendre à des gens qui ont leurs bras pour tout capital et ne voient pas sans déplaisir certains de leurs semblables posséder maisons et terres ? Comment leur faire comprendre que la Révolution a fait triompher les principes sans lesquels l’espoir d’une meilleure répartition des biens serait aboli ?

Dans la famille Cambon, et mis à part Marie-Adélaïde qui a pris le voile dans l’ordre des filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul, personne n’a fait vœu de pauvreté. Le père, la mère, les cinq frères et l’autre sœur de Joseph, comme lui d’ailleurs, ont toujours eu le souci de posséder suffisamment pour ne pas connaître de privations. Mais aucun d’entre eux n’a rien volé aux pauvres. La fabrique était le fruit du labeur de plusieurs générations et la Révolution l’a détruite. Le domaine du Terral et celui de Launac appartenaient auparavant à l’évêché et à l’ordre des chevaliers de Malte, singuliers propriétaires dont la vocation n’était pas tournée vers l’agriculture et qui ne retiraient presque rien de leurs terres. Depuis qu’elles ont changé de mains, non seulement leur mise en valeur procure du travail à une vingtaine d’hommes, mais le morcellement d’une partie d’entre elles a permis à quantité de Montpelliérains de construire une petite maison.

 

Joseph, en tendant l’oreille vers la grande rumeur qui monte des rues de Paris, fait le bilan de l’œuvre accomplie. Il a négligé ses affaires et son éviction de celles de l’État lui permettra de retourner à Montpellier. Il se replongera dans l’ambiance familiale, et construira un foyer.

Son père lui écrit que les mentalités n’y sont plus les mêmes. Après l’enthousiasme des deux premières années de la Révolution, le scepticisme a gagné beaucoup d’esprits, la crise du fédéralisme a secoué toute la France et fait renaître en Languedoc des surgeons de l’indépendantisme qu’on croyait morts. La République « une et indivisible » s’était trouvée menacée par les partisans du fractionnement de la France en dix ou vingt petites républiques fédératives. Dans une grande partie du Midi, de Toulouse jusqu’à Nice, en passant par Montpellier, Avignon et Marseille, ce démantèlement a eu ses partisans, comme dans le Lyonnais, la Normandie, la Bretagne, l’Anjou et la Vendée. En vérité, et sauf dans ces trois dernières provinces ou régions, le mal n’existait pas en profondeur.

Puis il y a eu cette proposition de réunir à Bourges la future Assemblée qui aurait succédé à la Convention décimée par ses épurations successives.

A Montpellier, personne ne proteste plus contre « la domination de Paris », même pas les contre-révolutionnaires. Dans les rues de la capitale du bas Languedoc, les muscadins plaisantent les gens qui s’abordent en se donnant du « citoyen » ou de la « citoyenne ». Eux disent : « Monsiêure » ou « Madaâme », comme avant la Révolution, mais en accentuant la dernière syllabe. Au Peyrou, place de la Révolution depuis septembre 1793, à l’emplacement de la statue équestre de Louis XIV, dont on a tiré treize canons de campagne, on trouve parfois des fleurs, déposées par des mains anonymes. Il y a un an encore, la municipalité les faisait enlever dans l’heure. Maintenant, elles restent là jusqu’à ce que le vent les emporte. Sur l’esplanade, la colonne de la Liberté est souvent barbouillée de peinture ou couverte de graffitis injurieux pour la République ; on ne la nettoie plus qu’assez mal. Montpellier est fatiguée de la Révolution, bien que l’esprit républicain y demeure vivant.

 

A Paris, la majorité thermidorienne a déclaré : « guerre aux royalistes, guerre aux partisans de la Terreur ». Mais les comités ne font pas la guerre aux royalistes et la font volontiers aux républicains, tous considérés comme des partisans de la Terreur. Ainsi, Joseph, même à Montpellier, passe pour avoir été, à Paris, un pourvoyeur de la guillotine.

Parvenue en fin de mandat, la Convention est en train de mettre au point une nouvelle Constitution, la troisième depuis 1789, la Constitution de l’an III, dont le gouvernement s’appellera le Directoire, et sera aux mains de cinq directeurs, représentant le pouvoir exécutif. C’est la fin des comités. Le législatif appartiendra à deux chambres, le Conseil des Anciens, sorte de sénat, et le Conseil des Cinq-Cents composé de cinq cents représentants élus dans les districts. Joseph se verrait assez bien dans cette dernière assemblée et, y étant, il pourrait peut-être reprendre son œuvre à la Trésorerie nationale. Ce serait pour plus tard, puique les élections sont en cours et qu’il est inéligible et obligé de se cacher.

L’amnistie est votée le 25 octobre 1795 (4 brumaire an IV) la veille du jour où la Convention se sépare après une session ininterrompue de trois ans, un mois et six jours. Les députés ne sont plus, pour la moitié d’entre eux environ, les mêmes que ceux du début. Les décès naturels, les démissions, les proscriptions et les exécutions ont fait des vides qui ont été comblés par les députés suppléants.

Cambon est libre désormais d’aller et de venir avec sa femme. Sa décision est prise, mûrie par des mois et des mois de réflexion : ils se rendront au Terral, commune de Saint-Jean-de-Védas, près Montpellier.

Le voyage en diligence dura six jours, pendant lesquels Joseph trembla pour sa femme, car celle-ci, comme on disait alors, était en état d’espérance. Tous les deux furent accueillis les bras ouverts dans la grande maison familiale du faubourg Boutonnet, d’où ils gagnèrent le Terral quelques jours plus tard. L’un des premiers soucis de Cambon, après avoir mis au point ses affaires personnelles avec ses frères, fut de satisfaire à la loi du 25 septembre 1795 (4 vendémiaire an IV) qui obligeait les conventionnels à rendre compte de l’état de leur fortune depuis le 1 er septembre 1791, pour être soumis à la censure de leurs mandataires, c’est-à-dire de leurs électeurs. Voici ce que Joseph Cambon a écrit à ce sujet le 29 décembre 1795 :

« L’inventaire que j’ai fait avec mes frères, depuis mon retour de la Convention, prouve qu’il ne nous reste que le domaine du Terral dont le quart m’appartenant ne me représente pas le capital de 65 976 livres 3 sols 8 deniers que j’avais le 1er avril 1791, date dudit inventaire signé par feu Roche (associé de la société Les frères Cambon et Cie de 1785 à 1791), trois mois avant ma nomination à la législature. Mon frère Auguste et moi avons remboursé à notre père les 50 000 livres qu’il avait prêtées à chacun de nous sur notre billet ; cette somme qui représente les 100 000 livres qui lui sont nécessaires pour acquitter la portion d’hoirie revenant à mon frère César et à ma sœur Adélaïde est affectée sur les 9/40 d’intérêt qu’il a dans l’acquisition des biens nationaux de Launac et de Saint-Jean-des-Clapasses fait en société avec les citoyens François Tandon, Jean Huc, Bazille et Bérard, tous habitant Montpellier, et sur son jardin qu’il a en propriété, et qui est situé à Boutonnet, faubourg de Montpellier, jardin d’un produit nul, c’est avec ses capitaux qu’il pourvoit à sa nourriture, à son entretien, ainsi qu’à ceux de ma mère, de mon frère César et de ma sœur Adélaïde (Marie-Adélaïde Cambon, fille de la charité de Saint-Vincent-de-Paul). »

G. Saumade, dans son étude consacrée au conventionnel Cambon et sa famille, étude publiée à Nîmes en 1936 par les Cahiers d’histoire et d’archéologie, estime qu’il peut y avoir quelque exagération de la part de Joseph lorsqu’il écrit que son frère César, vingt-trois ans, sous-lieutenant à l’armée d’Italie, et sa sœur Adélaïde, trente-deux ans, sœur de charité, sont à la charge de leur vieux père.

Mais la chose n’est pas impossible, l’armée d’Italie était alors démunie de tout. Ce n’est qu’avec l’arrivée de Bonaparte qu’elle sortira de l’état d’indigence où elle se trouvait. Par ailleurs, les établissements de charité étaient aussi, à cette époque, dans la gêne. Il se peut donc très bien que le père ait aidé César et Adélaïde pendant quelque temps.

La déclaration de Joseph devait d’ailleurs faire l’objet d’une vérification de la part des services de l’assiette des impôts, ainsi que le rappellera l’intéressé lui-même en 1799 lorsqu’il sera de nouveau l’objet d’attaques royalistes.

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