Joseph Cambon, 1756-1820 (French Edition)
Dédicace
A mon Ami
Claude Chaumet-Riffaud.
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Joseph Cambon, gravure sur cuivre de Daniel Sené
d’après une oeuvre de François COUCHÉ (1835)
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PRÉFACE
CAMBON OU LA TERREUR
MONÉTAIRE
par Jean DUTOURD de l’Académie française
Michelet est fou de Cambon. Pour lui, c’est Colbert sous la Terreur ; avec Carnot, il a fait de la Révolution une chose grande et bienfaisante. M. Gérard Walter, qui est robespierriste, est moins enthousiaste. Il note que Cambon était ambitieux et qu’il avait un accent méridional marqué. Ce détail n’est pas sans intérêt : Cambon est le premier représentant du fameux « Midi rouge » qui a donné à la gauche française (et qui continue à lui donner) une musique si particulière. D’après Saumade, on est « stupéfait » par les « quantités énormes » de biens nationaux achetés par la famille Cambon, qui constituent un « accroissement prodigieux du patrimoine familial ».
L’Assemblée législative et la Convention étaient pleines de sentiments grandioses, de littérature et même d’hommes de génie, mais elles ne comptaient guère de technocrates. Cambon, directeur d’une importante maison de commerce et connaissant la finance, éblouit ses collègues, qui s’en remirent à lui pour ce qui est des chiffres. A chaque apparition de Cambon à la tribune, ils s’en félicitaient. Les discours « solennels et prolixes », les millions qu’il faisait « cascader », son accent de Montpellier les subjuguaient. Ces gens de lettres étaient reconnaissants à cet énarque de s’occuper de l’intendance à leur place.
Dans les périodes révolutionnaires, on n’a pas d’amis, et les gens les plus compétents sont les plus vulnérables. Le verbe « camboniser » signifiant : « porter le désordre dans la comptabilité publique » ne tarda pas à faire son apparition dans le vocabulaire politique. Robespierre n’était pas du tout intimidé par les capacités du grand argentier de la Terreur. Il chargea un ci-devant banquier de l’espionner. Tout cela aboutit à la séance du 8 Thermidor où il accusa nommément Cambon d’être un « fripon ». Le malheur de Robespierre était de s’être allié naguère avec la droite pour épurer la Montagne. Un des paradoxes du 9 Thermidor est que ce fut la gauche, avec Cambon, qui abattit celui qu’on appelait de plus en plus « le Tyran ». Mais d’une certaine façon, Robespierre entraîna Cambon dans sa chute. Les thermidoriens le persécutèrent, il fut décrété d’arrestation, se cacha et attendit l’amnistie dans un grenier de la rue Saint-Honoré. Après quoi, il se retira à Montpellier et sortit de l’histoire.
Cambon n’est pas un personnage de roman comme tant de ses contemporains ; et son destin ne fut même pas tragique. Il reparut un moment pendant les Cent-Jours puis fut exilé en 1816 comme régicide. Cette absence de pittoresque est la raison, sans doute, pour laquelle les historiens et les biographes se sont finalement peu intéressés à lui. Il n’enflamme pas l’imagination. Michelet le compare à un dogue couché sur le coffre-fort de la Révolution et manifestant « par de sourds grondements la faim et la soif du fisc ». En fait on ne peut se défendre de voir en lui une sorte de jumeau de son ennemi Robespierre. En faisant marcher sans trêve la planche à assignats et en créant ainsi une monstrueuse inflation, il a imposé à la France une terreur monétaire analogue à la terreur politique.
Pour parler de Cambon avec équité et autorité, il fallait un homme qui connût les arcanes de la finance. L’ouvrage de M. Clovis Sené nous donne enfin un portrait en pied d’un des hommes les plus mystérieux et, à sa façon, l’un des plus décisifs des temps modernes.
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