La magie de nos différences (French Edition)
Chapitre 9
Alex
Ma nuit a été courte. Malgré la fatigue, j’avais peur que Lucas ne soit perturbé par toutes les péripéties qui se sont déroulées hier. Finalement, lui, a bien rechargé ses batteries. Il s’est levé en pleine forme ce matin.
Papa, Lucas voir Nissa ?
Non chéri, Neïssa travaille aujourd’hui. Tu te souviens ? Elle te l’a
dit hier.
Moi veux Nissa, insiste-t-il.
Je cherche rapidement une parade pour le distraire de l’idée qu’il a déjà en tête et en levant les yeux, le ciel dégagé me donne peut-être la solution.
Et si nous allions au parc ? proposé-je. Tu voulais y aller hier mais
il était trop tard. On pourrait jouer un peu là-bas si tu veux.
Oui ! s’écrit-il en fonçant vers sa chambre.
Je suis habitué à cette réaction. Il est allé chercher un jouet à emporter avec nous. C’est un besoin qu’il a, de toujours emmener un objet de la maison avec lui, ça le rassure probablement. Je prépare un sac avec une bouteille d’eau, deux gobelets et quelques biscuits en cas de faim et nous voilà qui quittons la maison pour nous installer dans la voiture. Je fais le plus vite possible pour attacher Lucas. Je ne pense pas croiser ma voisine à cette heure-ci mais mieux vaut ne pas prendre le risque. Après ce qu’il s’est passé hier, je ne suis pas certain de parvenir à garder mon calme devant une autre de ses remarques désobligeantes. Par contre, je dois reconnaître que la présence de Neïssa hier soir nous a tant distrait que nous n’avons pas entendu le boucan provoqué habituellement par madame Laroube.
Papa, après nous Nissa ? demande Lucas.
On verra, dis-je simplement.
Même si une part de moi a très envie de revoir la jeune femme, je ne me vois pas débarquer sur son lieu de travail sans raison alors que nous n’allons jamais dans cette boulangerie. Après, il faut reconnaître que le fait qu’elle ait dit à Lucas où elle travaillait, qu’elle vendait du pain, chose qu’il adore, ainsi que des gâteaux et viennoiseries, forcément, ça attire. Et ce n’est pas du tout à cause de sa chevelure de feu ou de son regard hypnotisant.
Papa ! m’interpelle Lucas.
Oui ?
Dodo ?
Non, je ne dors pas chéri. Excuse-moi, je réfléchissais.
Féchi parc ?
Heu… Oui, je pensais au parc. Je voulais être sûr de ne rien avoir
oublié, lancé-je en démarrant ma voiture.
Lorsque nous arrivons au parc, rares sont les parents qui ont décidé de passer leur dimanche matin dehors. Seuls deux enfants jouent pendant que leurs parents ont le nez collé à leur téléphone. Je trouve ça dommage et pourtant, c’est une évidence que je remarque chaque fois que je viens ici avec mon fils. Les gens n'amènent pas leurs enfants ici pour les distraire, ni pour qu’ils profitent de l’extérieur ou se socialisent, ils les emmènent pour avoir la paix.
Papa, bogan ?
Oui, tu peux aller faire du toboggan mon chéri. Je m’installe juste
ici, dis-je en désignant un banc libre non loin.
Lucas hoche la tête et part joyeusement en direction du jeu. Après quelques secondes à peine, il sourit déjà en glissant sur les fesses, sa petite voiture prise à la maison quelques instants plus tôt dans sa main. Il joue ainsi, remontant, glissant, riant, pendant de longues minutes, sans jamais s'intéresser aux autres enfants. Même s’il les regarde du coin de l'œil, il ne va pas vers eux. Sa maîtresse dit qu’il a quelques amis à l’école mais je sais que les crises qu’il peut avoir ont déjà surpris plus d’un de ses camarades. Petit à petit, la plupart se sont éloignés de lui, jusqu’à ce qu’il n’en reste que trop peu. Je soupire malgré moi. J’adore mon fils, je suis prêt à décrocher la lune pour lui, à donner ma vie. Pourtant par moment, je dois reconnaître que j’aimerais que ce soit… plus simple. Je suis incapable de savoir si c’est parce que je dois affronter ça tout seul ou bien si c’est le lot de tous les parents d’enfants qui, comme lui, ont des besoins spécifiques, mais je suis épuisé.
Papa ? m’interpelle Lucas.
Oui chéri ?
Lucas tite, dit-il en baissant la tête.
Pourquoi est-ce que tu es triste ? demandé-je en me penchant vers
lui.
Il me tend la petite voiture qu’il avait emportée avec lui et je découvre que celle-ci a perdu un pneu. Je vois mon fils crisper ses petites mains, signe qu’il tente de prendre sur lui. Par pitié, pas de crise ici. Pas aujourd’hui. Je n’ai pas le courage d’affronter le jugement des personnes présentes… Oui, parce qu’un enfant qui crie, tape, se roule par terre, est forcément mal élevé…
Est-ce que ça te dirait qu’on fasse un petit câlin et ensuite, on
cherche la roue de ta voiture ensemble ? proposé-je.
Son regard s’illumine, ses mains se desserrent rapidement et il vient prendre place à mes côtés. Sa tête posée contre mon bras, je caresse doucement sa joue du dos de ma main pour l’apaiser. Après seulement quelques secondes, il se redresse et m’invite à partir avec lui à la recherche du pneu disparu.
Chercher un objet noir d’à peine deux centimètres dans un parc pour enfant, c’est encore pire que de chercher une aiguille dans une botte de foin. Néanmoins, le fait qu’il s’en soit rapidement rendu compte nous permet de savoir qu’il n’y a qu’à proximité du toboggan que nous devons chercher. Pourquoi je ne pars pas en lui disant que ce n’est pas grave ? Imaginez quelques instants que vous ayez votre téléphone portable avec vos écouteurs. Vous perdez ces derniers. Vous allez les chercher ou bien vous dire que ce n’est pas grave et continuer votre chemin ? Nous sommes bien d’accord, vous allez quand même les chercher un moment. Et bien c’est exactement la même chose actuellement.
Papa ! Touvé ! s’écrit Lucas après quelques minutes de recherche.
Tu es vraiment trop fort mon chéri, déclaré-je devant cet exploit
avant de m’emparer du pneu pour le remettre en place.
Papa ?
Oui ? demandé-je.
Nous pati.
Je comprends au ton de sa voix que ce n’est pas une question. L’incident l’a probablement touché plus qu’il ne l’aurait dû et ce moment de détente au parc est terminé. Nous regagnons donc la voiture tous les deux et après avoir bu un verre d’eau et mangé des biscuits, j’annonce à Lucas la suite du programme de la journée.
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