La magie de nos différences (French Edition)

Chapitre 4

Alex

 

La journée a été, comme je m'y attendais, longue, éprouvante, difficile. Je jette un coup d’œil dans le rétroviseur et regarde Lucas. Il est épuisé, agité, tout ce chamboulement ne lui a pas plu du tout et je le comprends. Même moi j'ai trouvé le temps long. Ces fichus tests commencent à me taper sur les nerfs mais c'est un passage obligatoire pour confirmer leur «diagnostic». Je passe une main lasse sur mon visage et tente de me concentrer sur la route. Il ne manquerait plus que nous ayons un accident et la journée serait désastreuse au possible.

Papa, m'interpelle mon fils.

Oui chéri.

Moi aime pas dame, dit-il en limitant ses mots au strict nécessaire.

Je sais, moi non plus je ne l'aime pas trop. Mais tu t'en es très bien

sorti, assuré-je.

Il ne sourit même pas à mes encouragements, tournant la tête pour regarder le paysage défiler par la fenêtre.

Qu'est-ce que tu aimerais manger ce soir ? Demandé-je en espérant

le détendre.

Pas faim, dit-il simplement.

Mes mains se crispent par automatisme sur le volant, je sais d'avance comment va se terminer la journée. Ça a été trop, trop d'émotions, trop de changements, trop de sollicitations. Lucas ne le supporte pas et les conditions dans lesquelles cette spécialiste a réalisé l'examen n'étaient, à mon sens, pas du tout adaptées à la situation. Je réfléchis même à chercher un autre médecin, quitte à repousser les tests de quelques mois.

Veux parc, lance Lucas.

On ne peut pas aller au parc mon chéri, la nuit arrive, regarde, dis-

je en désignant le ciel qui s'assombrit.

Veux parc, insiste-t-il.

Nous irons demain si tu veux, proposé-je.

Veux parc ! S'énerve-t-il.

Nous en discuterons à la maison.

Veux parc !

Bingo ! Il crie, tape dans la portière avec sa main et dans le dossier du siège avec ses chaussures. Il est braqué, bien décidé à aller au parc. Malheureusement, l'heure avancée, la fraîcheur qui s'installe et le fait que nous soyons tous les deux épuisés et à bout de nerfs ne m'aident pas.

Quelques minutes plus tard, je me gare devant chez nous, attrape ma sacoche ainsi que le sac à dos de Lucas avant de descendre de la voiture. J'ouvre la portière de mon fils, le détache et le pose au sol, lui tendant la main pour l'accompagner à la maison, espérant qu'il s'est quelque peu calmé pendant la fin du trajet.

Bonjour Alex, m'interpelle une voix dans mon dos.

Madame Laroube, bonjour, réponds-je en regardant à peine ma

voisine.

Dites-moi, j'ai des invités ce soir et nous risquons de faire un peu

de bruit, annonce-t-elle. J'espère que ça ne posera pas de problème.

Aucun souci Madame Laroube, dis-je sans en penser une miette.

Ma voisine est quelqu'un au demeurant très gentille mais c'est une commère et une femme aussi fausse que sa poitrine proéminente. Chaque week-end, c'est le même rituel. Du monde, des amis, de la famille, il y a toujours quelque chose et le tapage dure jusqu'au petit matin, gênant notre sommeil. Par contre, lorsque le dimanche matin, Lucas joue dans notre jardin et fait un peu de bruit, elle est la première à se plaindre au voisinage du fait qu'il dérange les gens alors que c'est le week-end. Bien entendu, elle n'a jamais eu la franchise de venir me le dire directement mais, je m'entends assez bien avec mes autres voisins et ils sont venus me rapporter ses dires. Je souffle et m'apprête à rentrer.

Je suis désolé mais nous avons eu une journée fatigante, nous

allons nous détendre un peu, annoncé-je en me tournant à demi vers la maison.

Je me doute que ce doit être difficile pour vous d'élever seul un

enfant, assure-t-elle.

Je la sens venir avec son manque de tact, mais si elle croit que je vais détailler ma vie devant elle pour qu'elle en parle à tout le monde, c'est raté. Ils sont tous plus ou moins au courant de la situation, inutile d'attiser les commérages.

Je me débrouille. Bonne soirée Madame Laroube.

Sincèrement, je vous plains mon pauvre Alex, insiste-t-elle. Se

retrouver seul avec un enfan t comme ça, ça ne doit pas être simple tous les jours.

Lucas est un petit garçon formidable, dis-je simplement,

souhaitant couper court à cette discussion en tentant de garder mon calme.

Oui, enfin... commence-t-elle, il n'est pas tout à fait, continue-t-

elle en cherchant visiblement ses mots. Enfin, il n'est pas normal.

Bonne soirée Madame Laroube, répété-je avant de me tourner vers

Lucas, signe que la conversation est, cette fois, terminée.

Mon fils a dû perdre patience car il n'est plus à côté de moi, ni de la voiture. Je m'avance en direction de la maison et passe le portillon qui n'est fermé à clés que lorsque Lucas joue dans le jardin, afin d'éviter qu'il soit tenté de sortir sur la route. Vous vous doutez bien qu'à quatre ans, n'importe quel enfant n'est pas conscient du danger. J'avance dans l'allée mais pas de signe de lui. En général, quand il entre avant moi, il remonte l'allée et s'assoit sur la petite marche de la porte fenêtre. N'importe qui vous dirait qu'il a probablement changé son habitude et qu'il s'est assis ailleurs, seulement je connais mon fils par cœur et je sais à quel point justement, il ne change rien. La panique commence à me gagner tandis que j'essaye de la chasser.

Lucas ! Appelé-je. Lucas ! Viens mon grand.

Aucune réponse, aucun mouvement dans mon champ de vision. Je ferme le portillon à clé pour l'empêcher de quitter le périmètre de sécurité du terrain et fais rapidement le tour du jardin. Aucune trace de lui... Lucas n'est pas là, il a disparu.

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