La magie de nos différences (French Edition)

Chapitre 8

Neïssa

 

Je passe la porte de mon chalet, épuisée comme si je venais d'enchaîner trois jours de travail non stop. Lucas est adorable mais il est aussi épuisant. J’ai déjà discuté de ses enfants avec l’une de mes anciennes collègues avec qui je m’entends bien mais jamais je n’aurais pensé que la fatigue était si intense. Lucas m’a montré sa chambre puis a voulu jouer. Seulement, il a fallu qu’il me montre tous les jouets de la pièce sans exception. Certes nous avons utilisé plus longuement certains que d’autres mais il n’empêche que je suis sur les rotules. Je ne sais pas comment fait Alex pour tenir ce rythme tous les jours. Son fils a tenu jusqu’à tomber d’épuisement, s’endormant à même le tapis sur lequel je lui lisais son histoire, refusant d’aller dormir. Son père n’a pas insisté, prétextant qu’il avait eu une dure journée et qu’il voulait le laisser profiter. Seulement, j’ai remarqué que Lucas a commencé à trembler lorsque son père lui a dit qu’il devait aller se reposer. Tout comme dans les bois, son petit corps s’est crispé, ses poings se sont serrés, ses yeux se sont fermés si forts que j’ai compris qu’il luttait contre lui-même pour ne pas exploser.

Un coup d'œil à la pendule me fait réaliser que je suis restée bien plus longtemps que je ne l’aurais pensé. Mais je dois reconnaître que j’ai apprécié cette soirée. Outre le fait que Lucas soit très mignon, j’étais détendue et sereine auprès d’eux, comme je ne l’avais pas été avec quelqu’un depuis un moment, hormis Lise.

Je sors de la salle de bain quelques minutes plus tard, douchée, vêtue de mon pyjama et je me glisse sous les draps. Je ferme les yeux en repensant à la soirée que je viens de passer mais la fatigue a raison de moi et le sommeil m’emporte rapidement sans que je ne m’en rende compte.

Je cours au milieu des arbres, mes poumons me brûlent, ma gorge est sèche, mes jambes sont douloureuses. Mais je ne m’arrête pas, je ne peux pas. Je continue, courant le plus vite possible. Voyant qu’aucune branche n’est visible avant plusieurs mètres au niveau de mon visage, je risque un coup d'œil en arrière. Mes trois poursuivants sont toujours là, eux non plus n’abandonnent pas. J’essaye d'accélérer la cadence mais je suis déjà au maximum de mes capacités. Je vais bientôt atteindre la route, la fin de ces bois au milieu desquels je me trouve. Mon salut se trouve peut-être là-bas.

Tu ne peux pas t’enfuir ! Arrête-toi ! me crie l’un des hommes.

Jamais ! Jamais je ne m’arrêterais, plutôt mourir. J’entends leurs pas se rapprocher et la fatigue grandit en moi. Je sens mon corps lâcher et la panique commence à m’envahir. Je ne dois pas les laisser m’avoir, sinon je suis fichue. J’essaye de puiser dans mes dernières réserves et d’ordonner à mon corps de tenir quand je sens une main m'agripper le bras. Ils me tiennent, c’est fini.

Je t’avais dit que je t’aurais, me lance l’homme au regard sombre

qui me fait maintenant face, la main enserrant fermement mon bras.

Jamais ! crié-je si fort que ma gorge me brûle.

La peur s’infiltre en moi devant son regard noir tandis que ses doigts me serrent de plus en plus fort, marquants ma peau qui bleuira certainement.

Viens, sinon tu sais ce qu’il se passera.

Une larme perle sur ma joue, ma peau se met à scintiller. Je ne réalise pas de suite et me retrouve sous ma forme de renarde. Mon agresseur m’a lâché, surpris par ma transformation. Je suis de nouveau libre, ne disposant que d’une seule et unique chance de fuir. Que dois-je faire ? Je sais ce qu’il adviendra si je pars, mais je sais aussi ce qui se passera si je reste… Mon instinct prend le dessus, ou plutôt l’animal. Il préfère la survie à la réflexion, la liberté.

Je m’élance vers la lumière qui filtre au travers des arbres, sachant que la route qui s’y trouve sera mon salut. Des grognements s’élèvent dans mon dos, signe qu’ils ont, eux aussi, choisi la métamorphose. Je ne me retourne pas, ne perds pas des yeux l’objectif qui se dessine devant moi. Et lorsque je vois la route goudronnée face à moi, une larme glisse sur mon pelage. J’ai réussi…

Je me réveille en sursaut et des gouttes de sueur coulent le long de mon visage et de mon cou. Un cauchemar, ce n’était qu’un cauchemar… Mais qui m’a fait revivre l’un des moments les plus sombres de ma vie…

 

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