La magie de nos différences (French Edition)
Chapitre 23
Neïssa
Je finis mon récit et n’ose toujours pas lever les yeux vers Alex. Pendant toute la durée de mon monologue, je ne l’ai pas regardé une seule fois, préférant garder les yeux fermés par peur de ses réactions.
Tu… Tu es… un… comment tu as dit ?
Je plante enfin mon regard dans le sien. L’incrédulité et la surprise que j’y lis me bouleversent.
Une métamorphe, murmuré-je.
Donc, tu es… un animal ?
Non ! m’empressé-je de dire. Enfin pas tout à fait, c’est plus
compliqué que ça. Je suis une femme. Mais je peux prendre l’apparence d’un animal.
Comme les loups-garous ?
En entendant parler de loups, je grimace. Je n’y peux rien, c’est plus fort que moi.
Les légendes sur les loups-garous ont une part de vérité mais… et
bien on n’est pas obligé d’attendre la pleine lune.
Tu veux me faire croire que tu peux te transformer en loutre ? Là ?
Maintenant ?
Je ne suis pas sûre que tu apprécierais que ton canapé sente la
loutre, plaisanté-je malgré moi. Mais je pourrais prendre l’apparence de mon animal oui.
Comment ça, ton animal ? Vous pouvez devenir ce que vous
voulez ?
Non, et c’est bien ça le problème, enfin si…
Je ne comprends plus rien, bougonne-t-il.
Les métamorphes, à leur naissance, héritent pour la plupart de
l’apparence de leurs ancêtres. Donc un métamorphe qui a la capacité de devenir un lion, ses enfants le seront aussi. Lorsque deux métamorphes avec des animaux différents se… mélangent, bredouillé-je, l’enfant prend soit de son père, soit de sa mère.
Donc tu es une loutre alors, tu m’as dit avoir pris l’apparence
d’une loutre dans le lac avec… ta sœur, dit-il hésitant. Et elle avait dû hérité de votre autre parent.
Non, en réalité, nos parents avaient tous les deux le même animal.
Mais je suis née avec… un gène différent, murmuré-je.
C’est pour ça que… commence-t-il en cherchant le prénom de ce
fou furieux qui me traque.
Josh, grogné-je presque.
Josh, voulait te retrouver et te… capturer ? demande-t-il.
Oui, je peux prendre différentes apparences, chose que la plupart
des métamorphes ne peuvent pas. Mais j’ai une transformation naturelle quand même. Enfin, je peux prendre l’apparence de plusieurs animaux mais j’en ai un tapi au fond de moi et celui-ci ne change pas puisqu’il est celui de mes ancêtres.
Qu’est-ce que c’est ? s’intéresse-t-il.
Hésitante, je réalise que lorsqu’il saura, les pièces du puzzle s’assembleront. Il comprendra l’intérêt soudain de Lucas. Avant de changer d’avis, je me lève du canapé tandis que son regard suit chacun de mes mouvements. Je me décale du tapis sur lequel je me trouve et laisse ma peau se couvrir de scintillements avant de laisser ma bête prendre le dessus.
Un renard ! s’écrit-il surpris en regardant tour à tour mon
apparence et la peluche qui trône sur le canapé.
Il reste quelques secondes à me regarder avant de se lever brusquement du canapé, ce qui me fait sursauter.
D’accord, donc j’imagine que Lucas t’a vu comme ça et que c’est
pour ça que, d’un coup, il s’est mis à se passionner pour les renards. Et je comprends mieux pourquoi tu l’as autant attiré, tu es différente, comme lui. Il a dû sentir quelque chose chez toi. Soit le fait que tu changes de… forme, ou bien le fait que tu n’es pas comme les autres. Enfin bref, je n’y comprends rien. Et puis, je ne vois pas pourquoi tu ne m’en as pas parlé plus tôt. Enfin si, je comprends mais tu aurais pu me le dire, surtout si mon fils était au courant. J’aurais eu l’air de quoi moi s’il était arrivé en me disant que tu es un renard. Jamais je ne l’aurais cru et j’aurais pris mon fils pour un fou alors qu’il disait la vérité. C’est tellement invraisemblable.
Je reprends mon apparence humaine en comprenant qu’il vient de recevoir un choc et qu’il va probablement avoir besoin de moi dans quelques secondes.
Et puis, quel est le rapport avec le fait que Lucas ait disparu ?
demande-t-il soudain en se tournant vers moi.
Je tente d’avaler ma salive mais une boule se forme dans ma gorge. Comment lui annoncer alors qu’il vient seulement de découvrir mon histoire ?
J’ai trouvé un mot au chalet, lancé-je.
Un mot ? Lucas ne sait pas écrire.
Josh, dis-je simplement en baissant les yeux.
Josh ? Tu veux dire que… commence-t-il avant que sa voix ne se
brise.
Je vais aller chercher Lucas et te le ramener.
Il a enlevé mon fils pour t’atteindre ! crie-t-il.
Je recule, surprise par la dureté du ton qu’il a employé. Ses yeux lancent des éclairs et s’il le pouvait, je serais déjà morte.
Si tu sais qui a enlevé mon fils, il faut le dire à la police, dit-il en
attrapant son téléphone.
Ils ne peuvent rien contre Josh. Il me veut, moi. La plupart des
métamorphes comme moi peuvent prendre l’apparence de deux voir trois animaux différents, dans mon cas c’est… pire. Il me veut, répété-je. Alors je vais lui donner ce qu’il souhaite et te rendre ton fils.
Il te veut ? Tu veux dire que… demande-t-il en comprenant tout à
coup ce que je veux dire.
Je vais aller chercher Lucas, tenté-je de le rassurer.
Je m’approche et tends la main vers lui mais avant que j’ai pu lui toucher la joue, la sienne enserre mon poignet et l’écarte de sa peau. Ses yeux sont rivés au sol, il n’ose même pas me regarder. Je réalise alors que je viens de le perdre. Je suis un monstre. Je ne suis pas comme lui, j’ai abandonné ma propre sœur, j’ai fui, je lui ai menti, et maintenant son fils, la prunelle de ses yeux, celui pour qui il se bat depuis tant d’années, est en danger par ma faute. Je laisse ma main retomber le long de mon corps et détourne les yeux. Ma vision se trouble et je tente de retenir les larmes qui menacent de couler.
Je suis désolée de ne pas t’avoir tout dit dès le départ mais…
commencé-je, j’avais peur. Peur de ce que tu pourrais penser de moi. Finalement, je me suis attachée autant à Lucas qu’à toi et j’avais peur de vous faire souffrir. J’aurais dû rester loin de vous au lieu de penser que je pouvais enfin trouver le bonheur. J’espère que tu me pardonneras.
Je ne dis pas un mot de plus et quitte la maison. Je ne prends pas ma voiture. Josh sait où je suis donc inutile de masquer mon aura plus longtemps. Je m’élance en direction de la forêt et prends une forme animale que je n’avais jamais prise jusqu’à maintenant. Pourtant, à cet instant, j’ai besoin du sentiment de liberté que me procure le fait de voler autant que d’arriver rapidement à ma destination. C’est donc dans le corps d’un aigle que je parcours les kilomètres qui me séparent de Lucas et de mon destin.
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